Le tribunal de Genève absout presque un prédateur

Deux ans de prison avec sursis pour un homme accusé d’abus sur des mineures de 14 ans. Le tribunal genevois a estimé que la pression psychique n’était pas assez forte. Mais les faits parlent d’eux-mêmes. Analyse d’un verdict qui laisse sans voix.

Publié le 24 septembre 2026 à 08:03
Le tribunal de Genève absout presque un prédateur

Le 12 mars 2024, à Genève, un homme de 38 ans a été condamné à deux ans de prison avec sursis pour des actes sexuels sur des mineures. Pas de viol, pas de contrainte physique. Juste des filles de 14 ans, un homme en position d’autorité, et une justice qui hésite à condamner. Le tribunal a retenu que la pression psychique n’était pas assez intense. Traduction : si la victime n’a pas pleuré assez fort, si elle n’a pas crié assez tôt, si elle n’a pas résisté comme il le fallait, alors c’est presque de sa faute. Ou alors, c’est juste un peu triste, mais pas grave. Deux ans avec sursis pour ça. Pour ça, vous avez lu bien.

L’homme qui vendait du rêve aux ados

Ce prévenu n’était pas un inconnu. Il était connu, respecté, même. Un moniteur dans un club sportif genevois. Un de ces types qui vous serrent la main en disant « On fait du bien ici », avec un sourire qui en dit long. Les filles de 14 ans, elles, le connaissaient. Elles savaient à quoi s’attendre. Pas besoin de menaces, pas besoin de violence. Juste un regard, une phrase en l’air, et hop : la porte se ferme.

Le tribunal a écarté la contrainte sexuelle. Pourquoi ? Parce que les filles n’ont pas dit non assez clairement. Comme si, à 14 ans, une fille devait hurler « NON » en lettres capitales pour que ça compte. Comme si un « Je ne sais pas » ou un « Laisse-moi réfléchir » ne suffisait pas à faire de l’adulte un prédateur. La justice genevoise a préféré croire que ces filles avaient « consenti ». Consenti à quoi, exactement ? À se faire manipuler par un homme de 24 ans leur aîné ? À jouer un rôle qu’elles ne comprenaient pas ? Le mot « consentement » est devenu un bouclier.

La justice qui mesure l’intensité des larmes

Le problème, avec ce genre de verdict, c’est qu’il repose sur une logique absurde : la souffrance doit être dosée. Trop de pression psychique ? Condamnation. Pas assez ? Lâchez les chiens. Comme si la violence sexuelle était une question de volume.

Prenons les chiffres. Selon l’Office des Nations Unies contre la drogue et le crime (UNODC), 1 enfant sur 5 dans le monde est victime d’abus sexuels avant ses 18 ans. Un sur cinq. Et dans 90 % des cas, l’agresseur est quelqu’un que la victime connaît. Un professeur, un coach, un voisin. Pas un inconnu dans une ruelle.

Pourtant, à Genève, le tribunal a décidé que la pression psychique n’était pas assez forte. Qu’est-ce que ça veut dire, au juste ? Que les filles devaient pleurer plus fort ? Crier plus longtemps ? Que la manipulation doit être visible, filmée, avec des sous-titres pour que ça passe en justice ?

Le club sportif qui a fermé les yeux

Le club en question, le Genève Sports & Culture, a-t-il été cité dans le procès ? Non. Aucune mention. Pourtant, c’est là que tout a commencé. Un lieu où des enfants se sentent en sécurité, où ils font confiance aux adultes. Et c’est là que des prédateurs comme celui-ci se cachent.

Pourquoi les clubs sportifs ne forment-ils pas assez leurs employés ? Pourquoi acceptent-ils que des hommes comme celui-là encadrent des ados sans vérification ? Parce que c’est plus simple. Parce que ça rapporte.

En France, une étude de l’Observatoire national de la délinquance et des réponses pénales (ONDRP) montre que 1 enfant sur 10 signalé pour abus l’est dans un cadre sportif ou associatif. Un sur dix. Et pourtant, les clubs continuent de recruter sans contrôle. Parce que la honte, ça se lave à l’eau de Javel.

Ce que le sursis cache vraiment

Deux ans avec sursis. Ça veut dire quoi, concrètement ? Ça veut dire que l’homme condamné peut continuer sa vie comme avant. Reprendre son travail, voir ses amis, peut-être même refaire du sport avec des ados.

La justice genevoise a choisi de croire que ces filles avaient « choisi ». Mais personne ne choisit d’être manipulé. Personne ne choisit de se sentir coupable après. Le vrai crime, ici, c’est que le système protège les prédateurs plus que les victimes.

Et puis, il y a cette question qui tue : combien d’autres cas n’ont pas été signalés ? Combien de filles de 14 ans ont gardé le silence, par peur, par honte, parce qu’elles pensaient que personne ne les croirait ? Le tribunal de Genève vient de leur donner raison.

La prochaine fois, ce sera pire

Ce verdict, il ne concerne pas que Genève. Il concerne tous les tribunaux qui hésitent à condamner. Tous les juges qui douteront de la parole d’une enfant. Tous les prédateurs qui sauront que, tant qu’ils ne serrent pas trop fort, ils sont à l’abri.

La prochaine fois, ce sera un enfant de 12 ans. Ou une fillette de 10. Et le tribunal dira la même chose : « Pas assez de pression psychique. » Comme si la souffrance avait un seuil légal.

La justice doit arrêter de jouer aux devinettes. Si un adulte touche un enfant de moins de 15 ans, c’est un crime. Point. Fin. Pas besoin de mesurer l’intensité des larmes. Pas besoin de chercher des preuves de résistance. Un enfant, c’est un enfant. Et un prédateur, c’est un prédateur.

Le vrai scandale, ce n’est pas le verdict. C’est qu’on en redemandera un autre, un jour.

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R Galaxie Rédaction

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