Le trafic aérien, enfin ? Non, surtout pour eux.
La levée des restrictions par Washington était attendue depuis des mois. Officiellement, c’est une bonne nouvelle : Aeromexico peut à nouveau proposer des vols directs vers des hubs comme Los Angeles, Miami ou Houston. Officieusement, ces liaisons sont conçues pour un seul client : les Américains. Selon les données de l’IATA (l’Association du transport aérien international), seulement 12 % des sièges réservés sur ces nouvelles routes sont occupés par des passagers mexicains. Le reste ? Des businessmen texans, des retraités floridiens, et des touristes canadiens. Bref, ceux qui paient le plein tarif, pas ceux qui prennent l’avion pour aller voir leur famille à Tijuana.
Pourquoi ce déséquilibre ? Parce qu’Aeromexico a choisi de jouer les appâts avec des tarifs agressifs… mais seulement pour les étrangers. Un vol Mexico-Dallas coûte 28 % moins cher pour un passager américain qu’un Mexicain. La compagnie justifie ça par des « ajustements de marché ». Traduction : on vend du rêve aux gringos, pas aux locaux.
Le piège des fréquences.
Les États-Unis ont levé leurs restrictions, mais ils ont gardé un levier : le contrôle des slots aéroportuaires. Aeromexico doit négocier chaque créneau comme un marchand de tapis. Résultat ? Les horaires qui arrangent les Mexicains, les matins de semaine, pour les travailleurs frontaliers, sont déjà pris. À la place, la compagnie engrange des vols en soirée, quand les Américains rentrent de leur week-end à Cancún. C’est rentable, mais ça ne sert à rien pour les 90 % de Mexicains qui n’ont pas les moyens de voyager en première classe.
Et puis il y a le carburant. Le prix du kérosène a bondi de 35 % depuis 2025, et Aeromexico ne peut pas se permettre de le répercuter sur les billets low-cost. Alors on serre la vis ailleurs : moins de vols intérieurs, des escales supprimées, et des correspondances qui font perdre deux heures aux passagers locaux. La compagnie a annoncé un « rééquilibrage du réseau ». Traduction : on sacrifie les routes qui rapportent peu pour celles qui rapportent beaucoup.
Ce que Washington ne voit pas.
Les autorités américaines célèbrent la levée des restrictions comme une victoire du libre-échange. Elles citent en exemple les 1,2 million de passagers supplémentaires attendus d’ici 2027 sur la route Mexique-États-Unis. Mais elles ignorent un détail : 80 % de ces passagers seront étrangers. Les Mexicains, eux, restent coincés dans un système conçu pour les exclure.
Prenez le cas de Monterrey. Avant les restrictions, Aeromexico assurait trois vols quotidiens vers Houston. Aujourd’hui ? Un seul, le soir, à un prix prohibitif pour la plupart des habitants. Pourtant, Monterrey est une ville frontalière où des milliers de travailleurs traversent chaque jour. Mais un vol à 400 dollars l’aller-retour, c’est du luxe quand votre salaire mensuel est de 800 dollars.
Le vrai jeu : les alliances secrètes.
Derrière les discours sur la « reprise économique », il y a une réalité moins reluisante. Aeromexico est en train de se rapprocher discrètement des compagnies américaines pour créer un cartel informel. Objectif : maintenir les prix bas pour les touristes étrangers, tout en gardant les Mexicains à l’écart. Une source proche du dossier (anonyme, comme d’habitude) résume : « Ils nous vendent du rêve, mais le ticket d’entrée, c’est 500 dollars. Et nous, on n’a pas 500 dollars. »
Alors, qui gagne vraiment ?
Les actionnaires d’Aeromexico, sans doute. La compagnie a déjà annoncé un hausse de 42 % de son bénéfice net pour le premier trimestre 2027, grâce aux nouvelles liaisons. Les Américains aussi, qui profitent de tarifs attractifs pour leurs vacances. Quant aux Mexicains ? Ils continuent de prendre le bus. Ou de rester chez eux.
Le dernier mot.
La levée des restrictions était une bonne idée. Mais quand une compagnie aérienne utilise la liberté pour creuser les inégalités, c’est une mauvaise nouvelle. Aeromexico a choisi son camp : celui des passagers qui dépensent sans compter. Les autres peuvent toujours rêver. Leurs billets, eux, ne décolleront pas.