Un tiers des chauffeurs triche, et après ?
Les chiffres sont là, sortis par les autorités luxembourgeoises sans fard : un chauffeur sur trois utilise la voie de covoiturage sans respecter les règles. Pas de passager ? Pas de problème. La vitesse monte, les amendes disparaissent. Le ministère des Transports l’admet : « la surveillance permanente s’avère difficile ». Sous-entendu : on s’en fout. Pourtant, cette voie, c’est une promesse politique. Une réponse à la congestion, aux embouteillages, à l’air pourri. Sauf que ça marche comme un coucou : on fait semblant, et le système se vide de son sens.
Pourquoi ? Parce que les radars, ces petits espions électroniques, sont en PLS depuis des lustres. Deux appareils, installés en 2021, devraient détecter les véhicules non conformes. Résultat ? Ils patinent. « En phase de test », répète le communiqué comme une litanie. Comme si le test durait deux ans, c’était normal. Comme si personne ne remarquait que pendant ce temps, la voie se transforme en autoroute à sens unique pour les égoïstes.
Et puis il y a l’ADEME, l’agence qui surveille la qualité de l’air. Elle a calculé que si tout le monde respectait les règles, les émissions de CO₂ baisseraient de 15 % sur ce tronçon. Sauf que les règles, justement, personne ne les applique. Pas les chauffeurs. Pas les autorités. Juste les covoitureurs sérieux, ceux qui prennent la peine de vérifier les passagers, de noter leurs plaques, de jouer les vigiles bénévoles. Eux, ils se font engueuler par les autres. « Vous bloquez la voie ! », hurle le type dans le 4x4 en les doublant. Bien sûr. Parce que le vrai problème, c’est pas le radar. C’est l’absence totale de sanction. Une amende ? 40 euros. Le prix d’un café. Le coût d’un plein d’essence économisé en roulant à 130 au lieu de 110.
Le Luxembourg joue les sourds
Mais alors, pourquoi personne ne réagit ? Parce que c’est politique. Parce que les ministères se renvoient la balle. Parce que le gouvernement a peur de se mettre à dos les conducteurs, ces électeurs qui votent et qui roulent vite. Parce que les écologistes, eux, ont d’autres priorités : le tram, les pistes cyclables, les zones piétonnes. La voie de covoiturage ? Un détail. Un accessoire. Pas une urgence.
Et puis il y a l’effet pervers : plus la voie est saturée par les tricheurs, plus les vrais covoitureurs hésitent à l’utiliser. « À quoi bon ? Tout le monde fraude. » Résultat ? La voie se remplit encore plus. C’est un cercle vicieux. Et les autorités ? Elles regardent ailleurs. « On travaille sur une solution », disent-elles. Traduction : « On va vous faire attendre encore deux ans. »
Ce que ça signifie pour vous
Vous, le covoitureur honnête, vous perdez votre temps. Vous, le conducteur pressé, vous gagnez du temps en roulant sur la voie dédiée comme si c’était la voie normale. Vous, le contribuable, vous payez pour des radars qui ne servent à rien. Le système est pourri.
Et le pire ? Personne ne veut en parler. Pas les médias, pas les associations, pas les politiques. Parce que c’est trop compliqué. Parce que ça implique de choisir : soit on laisse faire, soit on serre la vis. Soit on accepte que la voie de covoiturage devienne un parking à deux voies, soit on impose des sanctions. Des vraies. Pas 40 balles. 200 euros. Une immobilisation. Un retrait de points. Quelque chose qui fasse mal.
La vraie question n’est pas technique
Le problème, ce n’est pas les radars. Ce n’est pas la technologie. C’est la volonté.
Le Luxembourg a les moyens. Les outils. Les données. Mais pas la détermination. Parce que sanctionner, c’est embêter. Parce que contrôler, c’est admettre que le système ne fonctionne pas. Parce que reconnaître l’échec, c’est avouer que les promesses électorales, là, sur l’A3, c’est du vent.
Alors on attend quoi ?
Qu’un accident se produise ? Qu’un covoitureur se fasse doubler et finisse dans le décor ? Qu’un ministre se réveille un matin en réalisant que sa petite fille respire un air de merde parce que les radars sont en PLS depuis trop longtemps ?
Non. On attend rien. Parce que dans ce pays, quand ça ne va pas, on attend. On tergiverse. On fait semblant.
Et pendant ce temps, sur l’A3, la voie de covoiturage pourrit. Comme tout le reste.