30 % de suppressions dans les écoles sans réaction

Les congés maladie, invalidité et lésions professionnelles ont explosé chez les agents des écoles en cinq ans. Pourtant, les solutions restent au point mort. Pourquoi cette crise passe-t-elle entre les mailles du filet ?

Publié le 30 septembre 2026 à 22:05
30 % de suppressions dans les écoles sans réaction

Pourquoi les écoles deviennent-elles des usines à blessures ?

C’est simple : parce qu’on traite les agents de soutien comme des machines. Les tâches répétitives, les charges lourdes, les horaires démentiels et les locaux vétustes, ça use. Point. Prenez le cas de la CSDM (Commission scolaire de Montréal). En 2023, 18 % des agents de service ont pris plus de 15 jours de congé maladie, contre 10 % en 2019. Les femmes de ménage, les préposés aux repas, les techniciens en maintenance : tous subissent la même pression. Leur travail ? Nettoyer des sols glissants, soulever des poubelles de 30 kg, trimballer des chariots de livraison dans des couloirs étroits. Et le pire ? Les remplacements ne suivent pas. Quand un agent tombe, on le remplace par un intérimaire mal formé, ou on demande à un collègue de prendre le relais. Résultat : la charge de travail augmente pour les autres, qui finissent par craquer à leur tour.

Et les directions d’école dans tout ça ? Elles ferment les yeux. Une directrice d’une école de Laval, qui a demandé à garder l’anonymat, balance : « On nous dit de ‘gérer’. Mais gérer quoi ? Des classes surchargées, des locaux qui tombent en ruine, et des employés qui s’effondrent ? » Elle cite l’exemple d’un préposé aux repas qui a fait un malaise en milieu de service, parce qu’il devait préparer 500 repas en deux heures, sans pause. Zéro formation aux gestes de premiers secours pour le personnel. Zéro plan d’urgence. Juste : « Bon, ben on va voir. »

Le comble ? Les ministères savent. Un rapport interne de la FPSE-CSQ (Fédération provinciale des syndicats d’enseignantes et d’enseignants) daté de 2022 pointait déjà l’augmentation alarmante des TMS chez les agents de soutien. Avec des recommandations claires : réduire les charges maximales, former le personnel, améliorer les conditions de travail. Trois ans plus tard, rien n’a bougé.

L’argent existe, mais il va ailleurs

Pourtant, l’argent n’est pas le problème. En 2023, le gouvernement a injecté 1,2 milliard de dollars dans les écoles pour ‘rénover les infrastructures’. Sauf que sur ce milliard, seulement 8 % ont été alloués à la sécurité et à l’accessibilité, et encore, souvent pour des rampes d’accès ou des ascenseurs, pas pour réorganiser le travail des agents. Les directions scolaires préfèrent dépenser dans du matériel éducatif ou des salaires d’enseignants, alors que ce sont précisément les agents de soutien qui tiennent le système à flot.

Prenez l’exemple de l’école Polyvalente de l’Outaouais. En 2021, une inspection du CNESST (Commission des normes, de l’équité, de la santé et de la sécurité du travail) a relevé 45 manquements en matière de santé et sécurité. Quatre ans après, 22 de ces manquements sont toujours là. Pourquoi ? Parce que corriger ça coûte cher, et ça ralentit les projets. « On nous dit de ‘prioriser’, mais prioriser quoi ? La sécurité ou les apparences ? » lance une agente de service de la CSDM.

Le pire ? Les syndicats se battent seuls. La FPSE-CSQ a lancé des grèves partielles en 2023 pour dénoncer ces conditions, mais les médias n’en ont presque pas parlé. Pourquoi ? Parce que les enseignants, eux, font la une quand ils manifestent. Les agents de soutien, personne ne les voit. Pourtant, sans eux, les écoles ferment.

Le silence des experts et des politiques

Où sont les experts ? Planqués. Où sont les politiques ? En campagne. En 2023, la ministre de l’Éducation, Bernadette Mercier, a déclaré lors d’un point de presse : « Notre priorité, c’est le bien-être des élèves. » Traduction : « Les agents, on s’en occupera plus tard. »

Pourtant, les études sont claires. Une recherche publiée dans Santé au travail en 2021 montrait que les travailleurs du secteur éducatif en Amérique du Nord ont 25 % plus de risques de développer des TMS que la moyenne, à cause des postures prolongées et des efforts répétitifs. Le Québec n’est pas une exception.

Alors pourquoi personne ne force le gouvernement à agir ? Parce que ces travailleurs n’ont pas de vote. Pas de lobby. Pas de visibilité. Ils sont invisibles.

Et ça, c’est un problème politique.

Ce qui se passe quand on ignore une crise

En 2016, la CSN avait lancé une campagne pour alerter sur l’épuisement professionnel dans les écoles. Résultat ? Aucune loi votée. Aucune mesure structurelle. Juste des circulaires internes qu’on oublie dans un tiroir.

Aujourd’hui, les écoles manquent de personnel. Pas seulement parce que les gens partent, mais parce que les nouveaux refusent d’y mettre les pieds. Une étudiante en sciences infirmières, stagiaire dans un CEGEP de Québec, raconte : « On m’a dit : ‘Si tu veux un job stable, va dans la santé ou l’éducation.’ Sauf que quand je suis arrivée, j’ai vu des agents pleurer parce qu’ils pouvaient plus soulever une poubelle. Je suis partie après deux semaines. »

Le turnover explose. Dans certaines commissions scolaires, le taux de départ chez les agents de soutien dépasse 25 % par an. 25 %. Cela signifie que sur 10 personnes embauchées, seulement 7 restent après un an. Et les autres ? Elles finissent en invalidité, ou elles changent de métier.

Le système est en train de s’autodétruire.

Alors, que faire ?

La solution existe. Mais il faudrait que quelqu’un veuille vraiment la mettre en place.

  1. Limiter les charges lourdes. 30 kg, c’est trop. Au Danemark, la limite est fixée à 20 kg pour les femmes, 25 kg pour les hommes. Au Québec ? Personne ne contrôle.

  2. Former le personnel aux gestes de sécurité. Un agent sur trois ne sait pas comment soulever une charge correctement.

  3. Arrêter de sous-traiter. Les entreprises privées qui gèrent le ménage ou la restauration dans les écoles paient des salaires de misère et forment à peine. Résultat ? Plus de blessures, plus d’absences.

  4. Écouter les syndicats. La FPSE-CSQ a des solutions. Mais on les ignore.

Le problème, ce n’est pas l’argent. C’est le manque de volonté.

Et ça, personne ne veut en parler.

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R Galaxie Rédaction

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