Pourquoi le Maroc joue sa crédibilité sur un t-shirt et une polémique inutile

Ez Abde, footballeur marocain, a enflammé les réseaux après un t-shirt pro-Ceuta. Son sélectionneur, Walid Regragui, sort les gros canons pour le défendre. Mais derrière ce soutien, c’est toute la stratégie du Maroc qui tremble. Explications.

Publié le 18 septembre 2026 à 06:04
Pourquoi le Maroc joue sa crédibilité sur un t-shirt et une polémique inutile

Le t-shirt qui a tout déclenché

Ez Abde, 23 ans, milieu de terrain du LOSC et de l’équipe nationale du Maroc, a osé. Le 21 avril dernier, sur les réseaux, il partage une photo de lui en t-shirt noir, avec écrit en blanc : « Ceuta est espagnole, mais les Ceutis sont marocains ». En dessous, un drapeau espagnol barré, un drapeau marocain, et le mot « Solidarité ». Rien de très subtil. Sauf que Ceuta, cette ville espagnole enclavée dans le Maroc, est un sujet ultra-sensible. Un terrain miné depuis des décennies, où chaque mot peut déclencher une crise diplomatique.

Pourtant, Ez Abde a franchi le Rubicon. Et maintenant, son sélectionneur, Walid Regragui, doit gérer la merde. Littéralement.

Un soutien qui sent le calcul

Regragui a sorti l’artillerie lourde. « Ez Abde est un joueur, pas un homme politique », a-t-il lâché dans une interview à Maroc Hebdo. « Son geste relève de sa liberté d’expression, et nous le soutenons à 100 %. » Message clair : « On ne touche pas à nos mecs. » Sauf que ça sonne faux. Très faux.

Pourquoi ? Parce que le Maroc, en coulisses, danse depuis des années autour de Ceuta. Officiellement, Rabat dénonce l’« occupation espagnole » de la ville depuis 1969. Officieusement ? Les deux pays collaborent sur la pêche, le tourisme, et même la lutte contre le trafic de drogue. En 2022, le roi Mohammed VI a même reçu des responsables de Ceuta à Rabat, en grande pompe. Un geste diplomatique qui valait bien plus qu’un t-shirt.

Alors oui, Ez Abde a le droit de porter ce qu’il veut. Mais quand son sélectionneur sort le discours « c’est un joueur, pas un politique », ça pue le double jeu. Comme si le Maroc voulait avoir le beurre et l’argent du beurre : critiquer Ceuta pour la galerie, mais garder les portes ouvertes avec Madrid.

Le vrai problème : l’équipe nationale devient un champ de bataille

Ez Abde n’est pas un inconnu. Il est l’un des piliers de la sélection marocaine, celle qui a fait vibrer le pays lors de la CAN 2021 et de la Coupe du Monde 2022. Une équipe qui, ces dernières années, est devenue bien plus qu’un simple groupe de footballeurs : un symbole. Un symbole de fierté nationale, mais aussi un terrain de confrontation politique.

Prenez l’exemple de Hakim Ziyech. En 2021, après la victoire du Maroc en CAN, il a refusé de chanter l’hymne algérien lors d’un match amical contre l’Algérie. Résultat ? Une polémique nationale, des appels au boycott, et une tension diplomatique qui a failli pourrir l’ambiance avant la Coupe du Monde.

Avec Ez Abde, c’est la même logique. Sauf que cette fois, le clivage n’est pas algérien, mais espagnol. Et Madrid, c’est bien plus qu’un voisin géopolitique : c’est un partenaire économique clé pour le Maroc. En 2023, l’Espagne était le 2ᵉ client du Maroc (derrière la France), avec des échanges commerciaux dépassant 10 milliards d’euros (source : Office des Changes du Maroc, rapport annuel 2023).

Alors quand Ez Abde balance son t-shirt, ce n’est pas qu’une question de solidarité avec les Ceutis. C’est un coup de pied dans la fourmilière. Et Walid Regragui, en le défendant, joue un jeu dangereux : celui de l’hypocrisie d’État.

Ce que personne ne dit : le Maroc a besoin de l’Espagne

Oublions les discours sur « l’oppression espagnole ». La réalité, c’est que le Maroc dépend de l’Espagne. Pas seulement économiquement, mais aussi sportivement. La Liga est le vivier où le Maroc puise ses talents : Selassie, Boufal, Amallah… Tous sont passés par l’Espagne avant de porter le maillot national.

Et puis, il y a la question des visas. Les joueurs marocains qui évoluent en Europe ont besoin de passeports européens pour jouer. Beaucoup les obtiennent via l’Espagne. Si Madrid décide de serrer la vis, c’est toute une génération de talents qui pourrait se retrouver bloquée.

Alors oui, Ez Abde a le droit de militer. Mais quand son sélectionneur sort son « on ne touche pas à nos joueurs », c’est pour masquer une vérité simple : le Maroc a trop besoin de l’Espagne pour se permettre des crises inutiles.

La vraie question : et après ?

Ez Abde va-t-il être sanctionné ? Probablement pas. Le LOSC, son club, a déjà lâché un « on respecte ses convictions ». La FIFA, elle, fermera les yeux. Parce qu’un t-shirt, ça se lave. Une crise diplomatique, ça laisse des traces.

Mais le vrai problème, c’est que cette affaire révèle une équipe nationale qui n’est plus un simple groupe de sportifs. Elle est devenue un microcosme politique, où chaque geste est analysé, décortiqué, et utilisé. Par les médias, par les gouvernements, par les fans.

Et Walid Regragui, lui, est coincé entre deux feux : défendre ses joueurs, mais sans froisser Madrid. Parce qu’au final, c’est bien simple : le football marocain a besoin de l’Espagne. Point.

Et ça, personne ne le dit assez fort.

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R Galaxie Rédaction

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