À Marseille, le vélo attend toujours son tour malgré les promesses

Cinquième édition des Rencontres du vélo et des mobilités douces à Marseille. Entre nouveaux élus, budgets serrés et réalités du terrain, les acteurs du secteur espèrent des actes concrets. Mais les retards s’accumulent, et les cyclistes s’impatientent.

Publié le 2 septembre 2026 à 08:03
À Marseille, le vélo attend toujours son tour malgré les promesses

37 kilomètres de pistes cyclables en cinq ans, c’est tout ce que Marseille a réussi à construire depuis 2019. Trente-sept. Pas par an. En tout. Pour une ville de 870 000 habitants, c’est ridicule. Et pourtant, c’est le chiffre officiel, sorti du dernier rapport de la Métropole en 2023. Vous voulez comparer ? Lyon, avec deux fois moins d’habitants, en a construit 150 sur la même période. Paris, 300. Même Bordeaux, souvent citée en exemple, fait trois fois mieux. Alors oui, Marseille organise ses Rencontres du vélo et des mobilités douces cette semaine. Mais entre les discours et la réalité, il y a un gouffre. Et ce gouffre, il a un nom : l’inaction.

Les nouveaux élus ont-ils vraiment changé la donne ?

Les élections municipales de 2020 ont porté une nouvelle équipe à la mairie de Marseille. Avec elle, des promesses : 100 kilomètres de pistes cyclables d’ici 2026, des zones apaisées, un plan vélo ambitieux. Quatre ans plus tard, où en est-on ? Pas très loin. La Métropole avance des chiffres optimistes, 60 kilomètres en projet, 20 en cours de réalisation, mais sur le terrain, les cyclistes voient surtout des marquages au sol effacés, des pistes qui s’arrêtent net, des carrefours dangereux. Et des retards. Toujours des retards.

Pourtant, les élus le savent : le vélo, ce n’est pas un gadget. C’est une solution. Moins de voitures, moins de pollution, moins de bouchons. À Marseille, où l’air est souvent irrespirable et où les embouteillages coûtent des millions chaque année, on pourrait s’attendre à une accélération. Mais non. Les budgets sont là, mais les chantiers traînent. Les associations, comme le Collectif Vélos en Ville, dénoncent un manque de volonté politique. Et elles ont raison.

Le vélo, parent pauvre des mobilités ?

Regardez les chiffres. En 2022, la Métropole a dépensé 12 millions d’euros pour le vélo. Douze. Pour comparaison, le budget alloué aux transports en commun s’élève à 300 millions. Trente fois plus. Bien sûr, les bus et les métros, c’est important. Mais est-ce que le vélo mérite vraiment 2,5 % du budget mobilité ? À Strasbourg, où 15 % des déplacements se font à vélo, la part du budget est de 10 %. À Marseille, on en est loin. Très loin.

Et puis, il y a les détails qui énervent. Les pistes cyclables qui se transforment en parkings improvisés. Les feux rouges qui ne sont pas adaptés aux vélos. Les trottoirs où les piétons et les cyclistes se marchent dessus. Bref, un bricolage permanent, alors qu’il faudrait une vraie stratégie. Une stratégie qui ne se contente pas de poser des bandes blanches au sol, mais qui repense la ville. Qui donne la priorité aux mobilités douces. Qui assume que le vélo, ce n’est pas un loisir, mais un mode de transport à part entière.

Les ateliers des Rencontres : beaucoup de blabla, peu d’actions ?

Cette année, les Rencontres du vélo et des mobilités douces proposent des ateliers sur des thèmes variés : la sécurité des cyclistes, l’intermodalité, les innovations technologiques… Des sujets intéressants, bien sûr. Mais est-ce que ces discussions vont déboucher sur quelque chose ? Les années précédentes, les mêmes ateliers ont eu lieu. Les mêmes constats ont été faits. Les mêmes promesses ont été répétées. Et puis ? Rien. Ou si peu.

Prenez l’exemple de la sécurité. Marseille est l’une des villes les plus dangereuses de France pour les cyclistes. En 2023, 120 accidents impliquant des vélos ont été recensés. Cent vingt. Et pourtant, les mesures pour améliorer la situation se font attendre. Les radars, les aménagements, les campagnes de sensibilisation… Tout prend un temps fou. Trop de temps.

Et puis, il y a la question des mentalités. À Marseille, le vélo est encore perçu comme un truc de bobos, de militants écolos. Comme si c’était un accessoire, pas un vrai moyen de transport. Résultat : les automobilistes râlent, les piétons grognent, et les cyclistes se sentent comme des citoyens de seconde zone. Pourtant, dans d’autres villes, ça marche. Pourquoi pas ici ?

Ce qui se joue vraiment derrière les discours

Derrière les beaux discours sur la transition écologique et les mobilités douces, il y a une réalité : le vélo dérange. Il dérange parce qu’il remet en cause l’hégémonie de la voiture. Parce qu’il oblige à repenser l’espace public. Parce qu’il demande des investissements, de la volonté, et surtout, du courage politique.

À Marseille, on préfère souvent les grands projets tape-à-l’œil, comme le téléphérique urbain ou les nouvelles lignes de métro, aux petites actions qui changent vraiment le quotidien. Pourtant, c’est dans les détails que tout se joue. Une piste cyclable bien conçue, un feu adapté, un stationnement sécurisé… Ce sont ces choses-là qui font qu’un cycliste se sent en sécurité. Et qu’un automobiliste envisage de laisser sa voiture au garage.

Mais pour ça, il faut des élus qui assument. Qui disent clairement que le vélo, c’est une priorité. Qui arrêtent de tergiverser, de reporter, de minimiser. Qui comprennent que chaque jour de retard, c’est un jour de plus où les Marseillais respirent un air pollué, où les bouchons s’allongent, où les accidents se multiplient.

Et maintenant, on fait quoi ?

Les Rencontres du vélo et des mobilités douces, c’est l’occasion de faire le point. De poser les bonnes questions. De demander des comptes. Parce que les cyclistes marseillais, eux, n’ont plus envie d’attendre. Ils veulent des pistes cyclables continues, sécurisées, et en nombre suffisant. Ils veulent des parkings à vélos partout. Ils veulent des feux adaptés. Ils veulent que la ville arrête de les traiter comme des citoyens de seconde zone.

Alors oui, les ateliers et les discussions, c’est bien. Mais ce qu’il faut, c’est de l’action. Des chantiers qui avancent. Des budgets qui suivent. Des élus qui tiennent leurs promesses. Parce que le vélo, à Marseille, il a déjà trop attendu son tour.

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R Galaxie Rédaction

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