Le chiffre qui fait taire les critiques… pour l’instant
350 milliards de DH. C’est le montant que le PAM avance pour son programme électoral 2027-2031. Un chiffre rond, bien calibré pour les gros titres. Assez gros pour faire taire les sceptiques, assez vague pour éviter les détails qui fâchent. Parce que quand on y regarde de près, personne ne sait vraiment comment ce montant est réparti. Ni d’où sort l’argent.
Le PAM a présenté ça comme une « révolution économique ». Sauf que dans les faits, c’est un chèque en blanc. 350 milliards, c’est presque 10% du PIB marocain. Pour comparaison, le budget de l’État pour 2024 était de 500 milliards de DH. Vous voyez le problème ? On parle d’un engagement qui représente plus de la moitié du budget annuel du pays. Et personne ne crie au scandale.
Pourtant, les questions s’imposent. Où seront les priorités ? Santé, éducation, infrastructures ? Le PAM parle de tout, mais ne détaille rien. C’est comme commander un menu gastronomique sans savoir si vous allez avoir une entrée, un plat ou un dessert. Ou pire, si le restaurant a les ingrédients pour tout préparer.
L’art de promettre sans s’engager
Le PAM a sorti les grands mots : « modernisation », « justice sociale », « croissance inclusive ». Des termes qui sonnent bien dans un discours, mais qui restent flous une fois traduits en actes. Prenez l’exemple de la santé. Le parti promet des hôpitaux flambant neufs et des soins accessibles à tous. Très bien. Mais comment ? En privatisant une partie du système ? En augmentant les impôts ? En faisant des coupes ailleurs ? Silence radio.
Et c’est là que le bât blesse. Un programme électoral, c’est censé être un contrat. Pas une liste de vœux pieux. Vous n’achèteriez pas une voiture sans savoir si elle a un moteur, alors pourquoi voter pour un programme sans savoir comment il sera financé ?
Le PAM mise sur l’effet d’annonce. 350 milliards, c’est un chiffre qui marque les esprits. Assez pour faire oublier que les promesses électorales, au Maroc comme ailleurs, ont la fâcheuse tendance à s’évaporer une fois les urnes refermées. Rappelez-vous les 100 milliards promis par le gouvernement en 2020 pour relancer l’économie post-Covid. Combien ont réellement été dépensés ? Moins de la moitié, selon la Cour des comptes.
Derrière les chiffres, une stratégie politique
Le PAM joue gros. À trois semaines des élections, ce programme n’est pas qu’un catalogue de mesures. C’est une arme de communication massive. Le parti veut se positionner comme le champion de la modernité, celui qui ose voir grand. Mais derrière cette façade, il y a une réalité moins reluisante : le PAM a besoin de se racheter une crédibilité.
Rappelez-vous 2021. Le parti avait fini troisième, avec seulement 18 sièges. Une claque. Depuis, il a tenté de se reconstruire, mais les vieilles habitudes ont la peau dure. Accusé de clientélisme et de manque de transparence, le PAM traîne une réputation de parti « attrape-tout », sans ligne claire. Ce programme à 350 milliards, c’est sa tentative de se réinventer. Ou du moins, de faire oublier ses échecs passés.
Et ça marche, en partie. Les médias ont mordu à l’hameçon. Les 350 milliards font la une, et c’est exactement ce que voulait le PAM. Mais vous, en tant qu’électeur, vous avez le droit de demander plus. Pas des promesses, mais des garanties. Pas des chiffres, mais des plans concrets.
Ce qui coince vraiment
Le vrai problème, ce n’est pas le montant. C’est l’absence de vision. Un programme électoral, c’est comme une recette de cuisine : si vous ne savez pas quels ingrédients utiliser, ni dans quel ordre les mélanger, vous allez rater le plat. Le PAM a sorti une liste de courses, mais pas la recette.
Prenez l’éducation. Le parti promet une « révolution éducative ». Très bien. Mais comment ? En réformant les programmes ? En augmentant les salaires des enseignants ? En construisant plus d’écoles ? Rien de tout ça n’est précisé. Et c’est là que vous devez vous méfier. Quand un parti parle de « révolution » sans dire comment il va la mener, c’est qu’il n’a pas de plan.
Autre exemple : les infrastructures. Le PAM veut moderniser les routes, les ports, les aéroports. Super. Mais avec quel argent ? En s’endettant davantage ? En attirant des investisseurs étrangers ? En vendant des actifs publics ? Aucune réponse. Juste des promesses en l’air.
Et puis, il y a la question de la dette. Le Maroc est déjà endetté à hauteur de 70% de son PIB. Ajouter 350 milliards de DH de dépenses publiques, c’est prendre le risque de faire exploser cette dette. Les marchés financiers ne sont pas stupides. Si le PAM arrive au pouvoir et tente de tenir ses promesses, les agences de notation vont réagir. Et pas forcément dans le bon sens.
Pourquoi personne ne pose les bonnes questions
Les médias ont repris le chiffre des 350 milliards sans sourciller. Les partis adverses ont critiqué, mais sans entrer dans le détail. Personne ne semble vouloir creuser. Pourquoi ?
Parce que c’est plus facile de parler de chiffres que de politique. 350 milliards, c’est un chiffre qui fait vendre du papier, qui fait cliquer sur les articles. Mais derrière ce chiffre, il n’y a rien. Pas de débat sur les priorités, pas de discussion sur les moyens, pas de réflexion sur les conséquences.
Et c’est là que vous devez être vigilants. Un programme électoral, ce n’est pas une liste de courses. C’est un projet de société. Si le PAM veut vraiment moderniser le Maroc, il doit expliquer comment. Pas juste lancer des chiffres dans le vide.
Le vrai enjeu : la crédibilité
Le PAM a un problème de crédibilité. Et ce programme à 350 milliards, c’est sa tentative de le régler. Mais en réalité, il ne fait que l’aggraver. Parce qu’un parti qui promet tout et n’importe quoi finit par ne plus être pris au sérieux.
Vous voulez un exemple ? Regardez ce qui s’est passé en France avec les Gilets jaunes. Le gouvernement avait promis des mesures sociales, mais sans expliquer comment les financer. Résultat : la colère a explosé. Le Maroc n’est pas la France, mais la logique est la même. Quand vous promettez la lune sans dire comment vous allez l’atteindre, vous prenez le risque de décevoir.
Et le PAM le sait. C’est pour ça qu’il mise sur l’effet d’annonce. 350 milliards, c’est un chiffre qui marque les esprits. Assez pour faire oublier que le parti n’a pas de plan concret. Assez pour faire taire les critiques, au moins jusqu’aux élections.
Ce que vous devez retenir
Le PAM a sorti un programme à 350 milliards de DH. Un chiffre impressionnant, mais vide de sens. Parce que derrière les promesses, il n’y a pas de plan. Pas de priorités claires, pas de moyens identifiés, pas de réflexion sur les conséquences.
Vous avez le droit de demander mieux. Pas des slogans, mais des réponses. Pas des chiffres, mais des garanties. Parce qu’un programme électoral, ce n’est pas une liste de vœux. C’est un contrat. Et si le PAM veut votre vote, il doit le mériter. Pas juste en promettant la lune, mais en expliquant comment il compte y aller.
Alors, la prochaine fois que vous entendrez parler de 350 milliards, posez-vous la question : et après ?