Zuckerberg et Musk veulent des centrales électriques pour leurs IA, et c'est nous qui allons payer

Lors du G20, les deux milliardaires ont plaidé pour une explosion des centres de données. Derrière leur discours sur l'innovation se cache une réalité moins reluisante : une course à l'énergie qui va peser sur les factures et l'environnement. Et personne ne semble prêt à les arrêter.

Publié le 2 septembre 2026 à 12:01
Zuckerberg et Musk veulent des centrales électriques pour leurs IA, et c'est nous qui allons payer

200 milliards de dollars, et toujours plus de serveurs

Imaginez. Vous rentrez chez vous, vous allumez la lumière, et votre ampoule clignote. Pas parce que l’ampoule est morte, mais parce que le réseau est saturé. Parce que, quelque part, un data center de Meta ou de Tesla vient de pomper l’équivalent de la consommation d’une ville moyenne. C’est ça, le scénario que Zuckerberg et Musk nous vendent comme une avancée. Sauf que personne ne vous a demandé votre avis.

Mardi, devant les ministres du G20, les deux hommes ont sorti le même argument : pour que l’IA tienne ses promesses, il faut plus de centres de données. Beaucoup plus. Et pour les alimenter, il faut plus de centrales électriques. Beaucoup plus. Zuckerberg a parlé de "l’infrastructure critique du XXIe siècle". Musk, lui, a comparé les data centers aux "usines de l’ère numérique". Traduction : si vous voulez que vos chatbots répondent plus vite et que vos voitures autonomes roulent sans bug, il va falloir accepter de sacrifier quelques rivières, quelques forêts, et surtout, quelques zéros sur votre facture d’électricité.

Le chiffre qui fait mal ? 200 milliards de dollars. C’est ce que les géants de la tech prévoient d’investir d’ici 2030 dans les infrastructures énergétiques liées à l’IA, selon un rapport de McKinsey. 200 milliards. Pour comparaison, c’est plus que le PIB de la Hongrie. Ou que le budget annuel de la NASA. Et devinez qui va financer une partie de cette folie ? Vous. Via vos impôts, via vos factures d’électricité, via les subventions publiques détournées pour construire des centrales qui ne serviront qu’à faire tourner des algorithmes.

L’énergie, ce détail qui arrange tout le monde

Personne ne parle jamais de l’énergie quand on vous vend l’IA. On vous parle de progrès, de productivité, de ces petits robots qui vont bientôt faire votre café. Mais personne ne vous dit que chaque requête sur ChatGPT consomme autant d’électricité qu’une ampoule allumée pendant une heure. Personne ne vous dit que les data centers de Meta en Suède pompent l’équivalent de 100 000 foyers. Personne ne vous dit que, d’ici 2028, l’IA pourrait représenter 20% de la consommation électrique mondiale, selon l’Agence internationale de l’énergie.

Pourtant, c’est bien ça, le vrai sujet. Pas la magie des algorithmes. Pas les promesses de Musk sur les voitures qui se conduisent toutes seules. Non. Le sujet, c’est : qui va payer pour que ces machines tournent ? Et surtout, à quel prix ?

Prenez l’exemple de l’Irlande. Le pays est devenu le paradis des data centers, avec plus de 70 sites en activité. Résultat ? La demande en électricité a explosé, et les Irlandais paient leur courant 30% plus cher qu’en France. 30%. Pas parce que les centrales sont plus chères à construire. Non. Parce que les data centers, eux, ne paient presque rien. Ils bénéficient de tarifs préférentiels, de subventions, et surtout, d’une opacité totale sur leur consommation réelle. Quand vous entendez Zuckerberg parler d’"infrastructure critique", lisez : "nous avons besoin de votre électricité, et nous la prendrons, que vous soyez d’accord ou non."

Le G20, ce théâtre où tout le monde applaudit

Revenons à cette réunion du G20. Vous imaginez la scène ? Des ministres en costume, assis autour d’une table, hochant la tête pendant que deux des hommes les plus riches du monde leur expliquent que, non, vraiment, ils n’ont pas le choix. Qu’il faut construire plus de centrales, plus de data centers, et que c’est pour leur bien. Que si on ne le fait pas, la Chine ou les États-Unis le feront à leur place, et alors, adieu la souveraineté numérique.

Sauf que personne ne pose la question qui fâche : et si on ralentissait ? Et si, au lieu de courir après une croissance technologique qui ne profite qu’à une poignée de milliardaires, on réfléchissait à ce qu’on veut vraiment ? À ce qu’on est prêts à sacrifier ?

Les régulateurs, eux, brillent par leur absence. En Europe, la Commission a bien tenté de mettre en place des règles sur la consommation énergétique des data centers. Mais entre les lobbies de la tech et les gouvernements qui veulent attirer les investissements, les textes finissent toujours par être édulcorés. Aux États-Unis, c’est pire : l’État de Virginie, où se trouvent la plupart des data centers d’Amazon, a carrément interdit aux municipalités de taxer leur consommation d’électricité. Parce que, vous comprenez, il ne faudrait pas décourager les investisseurs.

Ce qu’on ne vous dit pas sur les centrales électriques

Zuckerberg et Musk ont raison sur un point : sans électricité, pas d’IA. Le problème, c’est que personne ne vous explique d’où va venir cette électricité. Parce que, spoiler : ce ne sera pas du solaire ou de l’éolien. Pas à cette échelle.

Prenez le cas de Google. En 2023, l’entreprise a annoncé vouloir alimenter tous ses data centers avec de l’énergie renouvelable. Belle promesse. Sauf que, dans les faits, Google achète des crédits carbone pour compenser sa consommation réelle. Traduction : ils continuent à brûler du gaz et du charbon, mais ils paient quelqu’un d’autre pour planter des arbres. Un tour de passe-passe comptable qui permet de garder une image verte tout en faisant exactement l’inverse.

Et puis, il y a le nucléaire. Musk a évoqué la possibilité de construire de nouvelles centrales pour alimenter ses usines Tesla. Sauf que construire une centrale nucléaire, ça prend 10 ans. Et que, entre-temps, il faudra bien trouver de l’électricité quelque part. Alors, on fait comment ? On rouvre des centrales à charbon ? On subventionne le gaz de schiste ?

La réponse, vous la connaissez déjà : on fera ce qui coûte le moins cher. Pas ce qui pollue le moins. Parce que, au fond, personne ne veut vraiment savoir d’où vient l’électricité qui fait tourner les serveurs de Zuckerberg. Tant que votre fil d’actualité défile sans bug, tout va bien.

Pourquoi personne ne les arrête ?

La vraie question, c’est celle-là. Pourquoi est-ce que deux milliardaires peuvent se pointer devant les ministres du G20 et leur dicter leur politique énergétique sans que personne ne bronche ?

La réponse tient en un mot : dépendance. Les États sont devenus accros à la tech. Pas seulement parce que les GAFAM paient des impôts (quand ils en paient), mais parce qu’ils ont réussi à se rendre indispensables. Sans Google, pas de moteur de recherche. Sans Meta, pas de réseau social. Sans Tesla, pas de voitures électriques. Du moins, c’est ce qu’ils veulent vous faire croire.

Et puis, il y a l’argument massue : la compétition internationale. Si on ne construit pas ces data centers, si on ne subventionne pas ces centrales, alors ce sera la Chine qui gagnera la course à l’IA. Et personne ne veut ça. Sauf que, au fond, est-ce que c’est vraiment une course ? Est-ce qu’on ne pourrait pas, pour une fois, dire stop ?

Le problème, c’est que personne n’a envie de freiner. Les gouvernements veulent des emplois, des investissements, des usines. Les actionnaires veulent des profits. Et les consommateurs ? Ils veulent leur dose d’IA. Leur chatbot qui répond en deux secondes, leur voiture qui se gare toute seule, leur fil d’actualité qui leur donne l’illusion de tout savoir. Personne ne veut entendre que, derrière tout ça, il y a des centrales à charbon qui tournent à plein régime.

Le choix qu’on ne vous proposera jamais

Un jour, peut-être, on vous demandera votre avis. Pas sur la couleur de l’interface de votre réseau social préféré. Non. Sur des choses qui comptent vraiment. Sur l’énergie qu’on est prêts à sacrifier pour que des algorithmes tournent en boucle. Sur les rivières qu’on est prêts à assécher pour que Musk puisse vendre ses voitures autonomes. Sur les forêts qu’on est prêts à raser pour que Zuckerberg puisse continuer à vous vendre de la publicité ciblée.

En attendant, on vous propose un marché de dupes. On vous dit : donnez-nous votre électricité, vos impôts, votre silence, et en échange, on vous donnera des chatbots plus rapides et des voitures qui se conduisent toutes seules. Sauf que personne ne vous dit ce que ça va vraiment coûter. Personne ne vous dit que, dans 10 ans, quand votre facture d’électricité aura doublé, quand les coupures de courant seront devenues monnaie courante, ce sera trop tard pour revenir en arrière.

Alors, la prochaine fois que vous entendrez parler de l’IA comme de la solution à tous nos problèmes, souvenez-vous de ça : derrière chaque requête, derrière chaque algorithme, il y a une centrale électrique qui tourne. Et c’est vous qui payez la note.

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R Galaxie Rédaction

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