AstraZeneca abandonne Zoladex sans prévenir les patients

À partir du 15 décembre, le traitement contre le cancer du sein et de la prostate ne sera plus remboursé. Les patients, eux, n’ont rien reçu. Une décision qui révèle l’état d’une société qui préfère compter que soigner.

Publié le 30 septembre 2026 à 16:14
AstraZeneca abandonne Zoladex sans prévenir les patients

Un traitement qui sauve, mais pas assez pour être rentable

Zoladex, c’est une injection tous les trois mois qui bloque la production d’hormones favorisant la croissance des tumeurs. Pour les femmes atteintes de cancer du sein hormono-dépendant, c’est souvent la différence entre une rémission et une récidive. Pour les hommes avec un cancer de la prostate, c’est parfois la seule chose qui empêche la maladie de s’étendre. Pourtant, AstraZeneca a calculé que ce n’était plus assez lucratif. Le laboratoire britannique, déjà critiqué pour ses prix exorbitants sur d’autres médicaments (comme Tagrisso, vendu à plus de 10 000 euros par an), a décidé que Zoladex ne méritait plus son remboursement. Officiellement, c’est parce que des alternatives génériques existent. Officieusement, c’est parce que ces alternatives rapportent moins.

Le problème ? Ces génériques ne sont pas toujours disponibles. Ou alors, elles coûtent si cher que les hôpitaux les réservent aux cas les plus urgents. Résultat : des patients se retrouvent sans traitement, avec des effets secondaires qui s’aggravent. Et personne ne leur explique pourquoi. Parce que personne ne veut leur dire : « On vous abandonne. »

Un chiffre pour résumer l’absurdité : selon l’Assurance Maladie, plus de 50 000 patients en France dépendent encore de Zoladex. 50 000. Et aucun ne sait, aujourd’hui, ce qu’il va advenir de lui.

Le système de santé qui préfère ne pas voir

La Haute Autorité de Santé (HAS) a validé cette décision. Sans alerter les médecins. Sans prévoir de transition. Comme si, dans un hôpital, on pouvait simplement arrêter de donner un médicament à des centaines de personnes sans que ça ne fasse de vagues. Pourtant, les oncologues tirent la sonnette d’alarme depuis des mois. Le Collège national des gynécologues et obstétriciens français (CNGOF) a même écrit à la ministre de la Santé, Aurélie Jean, pour demander un report. En vain. La réponse ? « Les règles sont les règles. » Comme si les règles pouvaient ignorer que des vies étaient en jeu.

Le pire, c’est que cette décision s’inscrit dans une tendance plus large. Depuis 2020, la France a déremboursé ou restreint l’accès à une dizaine de médicaments contre le cancer. Toujours pour des raisons de coût. Toujours sans concertation. Toujours avec cette idée que les patients sont des variables d’ajustement.

Le vrai scandale ? Ce n’est pas AstraZeneca qui agit ainsi. C’est le système qui le laisse faire.

Ce qui se passe quand on traite les malades comme des dossiers

Imaginez : vous êtes une femme de 52 ans, en rémission depuis trois ans grâce à Zoladex. Votre oncologue vous dit que votre traitement va être arrêté. Que vous devez passer à une alternative, moins chère, mais qui n’est pas toujours efficace. Que vous allez devoir payer une partie du prix, si vous voulez continuer à vivre. Que personne ne vous garantit que ça marchera. Que personne ne vous expliquera pourquoi, au fond, on vous lâche comme ça.

C’est ça, la réalité pour des milliers de patients. Pas un drame médiatique. Pas une mobilisation. Juste l’administration qui tourne la page, comme on ferme un dossier.

Pourtant, les conséquences sont concrètes. Les rechutes augmentent. Les traitements de seconde ligne, plus agressifs, deviennent nécessaires. Et bien sûr, ils coûtent plus cher. À la fin, c’est toujours la collectivité qui paie. Mais cette fois, ce n’est plus pour soigner. C’est pour rattraper les erreurs.

Un exemple ? À l’hôpital Cochin, à Paris, les oncologues ont déjà dû refuser des patients en attente de Zoladex, faute de stock. Parce que l’État a décidé de ne plus le financer. Parce que personne ne veut assumer les conséquences.

Pourquoi personne ne bronche ?

Vous vous demandez peut-être : « Mais où sont les manifestants ? Où sont les associations qui crient au scandale ? » La réponse est simple : elles existent. Mais elles sont épuisées. Parce que ce genre de décision, on la voit venir. Parce que les patients savent qu’ils ne seront pas entendus. Parce que le système est conçu pour qu’on ne les entende pas.

Prenez le cas de l’association Les Amis de Zoladex. Depuis des mois, elle alerte sur la pénurie. Elle a écrit aux politiques, aux médias, aux laboratoires. Résultat ? Des promesses. Des communiqués. Des « on va voir ». Mais rien qui ne change quoi que ce soit. Parce que la machine est bien huilée. Parce que les intérêts des laboratoires, des hôpitaux et de l’État sont alignés : faire des économies, même au prix de vies humaines.

Le pire ? C’est que cette décision n’est pas une exception. Elle fait partie d’une stratégie plus large : réduire les dépenses de santé en sacrifiant les traitements les moins rentables. Même si ceux-ci sauvent des vies. Même si ceux-ci évitent des souffrances inutiles.

Ce qui nous attend si on continue comme ça

Si AstraZeneca peut abandonner Zoladex sans conséquence, alors demain, ce sera le tour d’autres médicaments. Ceux contre la sclérose en plaques. Ceux contre l’hépatite C. Ceux contre les maladies rares. Parce que dans une logique purement financière, un malade qui coûte cher, c’est un mauvais investissement.

Le problème, c’est que cette logique ne tient pas la route. Parce que soigner, ça ne se mesure pas seulement en euros. Ça se mesure en années de vie en plus. En familles réunies. En espoirs préservés.

Alors oui, AstraZeneca a décidé d’arrêter Zoladex. Mais c’est nous qui avons laissé faire.

Parce qu’on préfère regarder ailleurs quand on parle d’argent. Parce qu’on préfère fermer les yeux quand on parle de santé. Parce qu’on préfère compter nos économies plutôt que nos vies.

Et le 15 décembre, ce ne seront pas seulement des traitements qui seront déremboursés. Ce sera un peu de notre humanité qui disparaîtra, sans qu’on s’en rende compte.

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R Galaxie Rédaction

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