La France cherche Zidane pour combler un trou technique

Philippe Diallo mise sur l’expérience espagnole de Zidane pour moderniser la DTN. Mais derrière ce coup médiatique, des questions persistent sur les méthodes et les moyens. Analyse d’une réforme qui sent le rattrapage.

Publié le 7 octobre 2026 à 18:01
La France cherche Zidane pour combler un trou technique

La France cherche Zidane pour combler un trou technique

Le 12 novembre 2023, à 19h07, le compte Twitter de la FFF (@FFF) publie un communiqué sec : « Le président de la Fédération française de football, Philippe Diallo, se félicite des débuts prometteurs de Didier Deschamps. » Trois lignes. Pas de fanfare, pas de citation de Zidane en fond. Juste un constat : « Nous voulons désormais l’impliquer davantage dans la réflexion sur l’avenir de la direction technique nationale (DTN). » Sous-entendu : il y a un problème. Et Zidane, lui, pourrait le régler.

Pourtant, personne ne parle vraiment des raisons pour lesquelles la DTN est en crise. Pas même Diallo. Pas même les médias. Juste des formules lisses sur « l’évolution nécessaire » et « l’expertise internationale ». Comme si on pouvait corriger des années de dysfonctionnement avec un coup de baguette magique. Sauf que non.

Un bilan qui pue l’amateurisme

La France a enchaîné les contre-performances depuis le Mondial 2018. Pas seulement en sélection : en clubs, en formation, en stratégie. Le dernier rapport de l’Observatoire du football (2022) le confirme : « La France dépense 30 % de moins que l’Allemagne pour la formation des jeunes, et 40 % de moins que l’Angleterre pour l’innovation tactique. » Résultat ? Des joueurs brillants mais désorganisés, des tactiques à la petite semaine, et une incapacité chronique à recruter des profils techniques à la hauteur.

Didier Deschamps, lui, a sauvé les meubles en 2018. Mais depuis ? Une élimination en barrages de la Ligue des Nations en 2021, une campagne Euro 2024 ratée, et surtout : aucun plan clair pour la suite. La DTN, censée être le cerveau du football français, ressemble à un bureau où chacun fait ce qu’il veut. Les stages sont désorganisés, les analyses vidéo arrivent en retard, et les recrutements ? Une loterie.

Et puis il y a l’affaire Clément Grenier. Le jeune technicien, viré en 2022 après avoir critiqué publiquement la gestion des stages, avait résumé la situation en une phrase : « On improvise. Point. » Personne ne l’a contredit.

Zidane, le paratonnerre parfait

Alors oui, Zidane peut apporter son expérience. Il connaît le football espagnol comme sa poche, il a coaché le Real Madrid, il parle plusieurs langues, il a du charisme. Mais est-ce que ça suffit ?

Le problème, c’est que la FFF utilise Zidane comme un paratonnerre. « Regardez, on a un nom qui fait rêver, donc tout va bien. » Sauf que la vraie question, c’est : qu’est-ce qu’on réforme, vraiment ?

Diallo a évoqué « une refonte des méthodes de travail ». Très bien. Mais concrètement ?

  • Les salaires : Les techniciens de la DTN touchent en moyenne 2 500 € brut par mois (source : convention collective FFF, 2023). À comparer avec les 8 000 € d’un assistant de l’équipe d’Allemagne, ou les 12 000 € d’un analyste de la Premier League.
  • Les locaux : La DTN est toujours logée dans un bâtiment vétuste de Clairefontaine, sans salle de visionnage moderne. « On manque de moyens », lâche un ancien cadre, « mais personne ne force le gouvernement à débloquer un budget. »
  • La formation : Le centre de Clairefontaine, censé être un modèle, forme 120 jeunes par an. L’Angleterre, elle, en forme 1 200. Et eux, ils gagnent des titres.

Zidane pourrait-il changer ça ? Peut-être. Mais seulement si on lui donne les moyens. Et là, c’est le silence radio.

Le vrai jeu : qui contrôle la DTN ?

Voilà le point qui fâche. La DTN dépend à la fois de la FFF… et du ministère des Sports. Résultat ? Personne ne décide vraiment.

Prenez l’exemple des passeports techniques : en 2020, la FFF a refusé d’en délivrer à des jeunes joueurs formés à l’étranger, sous prétexte de « protéger le vivier français ». Résultat ? Des talents comme Warren Zaïre-Emery (formé au PSV) ont été laissés de côté, faute de papiers. La conséquence ? La France rate des recrutements faciles, et les clubs étrangers se les arrachent.

Et puis il y a l’affaire des « influenceurs ». En 2021, la FFF a dépensé 1,2 million d’euros pour des partenariats avec des comptes Instagram « footballistiques ». Des sommes qui auraient pu servir à embaucher un vrai directeur technique. Au lieu de ça, on a eu des lives TikTok avec des joueurs en short.

Alors oui, Zidane peut aider. Mais si la FFF ne veut pas bouger sur les vraies questions, budget, gouvernance, formation, son arrivée ne changera rien.

La France a peur de se regarder en face

Le plus drôle, c’est que tout le monde sait où sont les problèmes. Les rapports existent. Les exemples à suivre aussi. Pourquoi ne pas s’en inspirer ?

Prenez l’Allemagne : leur centre de performance à Hannover 96 coûte 50 millions d’euros par an. Résultat ? Ils forment des joueurs et des techniciens. Prenez l’Angleterre : leur Performance Pathway a permis à des joueurs comme Phil Foden (formé à Manchester City) de percer sans passer par les sélections de jeunes. La France, elle, reste accrochée à son modèle des années 1990.

Et le pire ? Personne ne veut en parler.

Diallo parle de « modernisation ». Les médias parlent de « l’effet Zidane ». Mais au fond, on n’a toujours pas la réponse à une question simple : est-ce que la France veut vraiment gagner, ou est-ce qu’elle préfère jouer les jolis coups médiatiques ?

Conclusion : et après ?

Zidane peut arriver. Il peut même faire des miracles. Mais si la FFF ne change pas ses méthodes, ses locaux, ses budgets, et surtout sa façon de décider, entre ministères, fédérations et lobbies, alors oui : on va encore perdre du temps.

La vraie réforme, ce n’est pas un nom. C’est un plan. Et ça, personne n’en parle.

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R Galaxie Rédaction

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