Dix cas de West Nile en Belgique, mais personne ne parle des failles
Le 12 août dernier, le Sciensano, l’institut de santé publique belge, a confirmé une dizaine de cas humains d’infection au virus du Nil occidental. Dix. Pas cent. Pas mille. Dix. Assez pour que les médias s’en emparent deux semaines plus tard, assez pour que les autorités sortent un communiqué, mais pas assez pour que ça devienne une crise. Pourtant, derrière ces chiffres, il y a des gens qui risquent des complications graves. Et des trous dans le filet.
Le virus du Nil occidental, c’est quoi ?
Un virus transmise par les moustiques, principalement Culex, qui pullulent en été. Il se propage dans le sang des oiseaux, puis des mammifères, dont l’homme. 80 % des personnes infectées ne développent aucun symptôme. Les 20 % restants ? Fièvre, maux de tête, douleurs articulaires. Rarement, ça bascule : méningite, encéphalite, voire la mort. En Europe, depuis 2023, on recense plus de 2 000 cas (source : ECDC). La Belgique n’est pas épargnée. Mais cette fois, c’est différent.
Pourquoi ça coince ?
Parce que les cas sont là, mais les réponses, non. Le Sciensano recommande aux plus de 70 ans et aux personnes immunodéprimées de se protéger « activement ». Traduction : éviter les piqûres. Mais comment ? Les moustiques, en Belgique, c’est partout. Les zones urbaines ? Oui. Les parcs ? Oui. Même près des rivières, où l’on croit à tort que l’air est plus pur.
Le problème, c’est l’information.
En 2022, la Wallonie a lancé une campagne de sensibilisation. Des affiches, des conseils sur les sites des hôpitaux. Mais personne ne parle des réelles limites de ces mesures. Par exemple : les répulsifs à base de DEET, recommandés, coûtent cher. Une boîte de 100 ml ? Entre 15 et 25 euros. Pour une personne âgée qui doit s’en badigeonner tous les soirs ? Un budget. Et puis, il faut y penser. Or, quand on a 80 ans et qu’on vit seul, les priorités ne sont pas toujours les moustiques.
Et puis, il y a le déni.
« En Belgique, le risque est faible », assure le Sciensano. Faible, mais pas nul. En 2023, la Flandre a recensé 12 cas confirmés. Cette année, on est déjà à dix en quelques semaines. Pourtant, les autorités minimisent. Pourquoi ? Parce que le virus du Nil occidental, c’est l’enfant pauvre des maladies vectorielles. Pas de vaccin. Pas de traitement spécifique. Juste de la prévention. Et ça, ça coûte.
Ce qui se joue derrière les chiffres
Derrière ces dix cas, il y a des failles structurelles. D’abord, le manque de données. On sait que les moustiques sont là, mais on ne sait pas exactement où. Les pièges à moustiques, installés par les régions, ne couvrent pas tout le territoire. Ensuite, il y a le délai de réaction. En Italie, où le virus circule depuis des années, les autorités ont mis en place des protocoles stricts : surveillance accrue des oiseaux, destruction des points d’eau stagnante. En Belgique ? On attend que les cas apparaissent pour réagir.
Et les hôpitaux dans tout ça ?
Prenez l’exemple de l’hôpital Erasme à Bruxelles. En 2023, deux patients ont été hospitalisés pour des formes graves du virus. Résultat ? Les médecins ont dû apprendre à le reconnaître. Parce que les symptômes ressemblent à ceux de la dengue ou de la fièvre hémorragique. Personne ne les forme spécifiquement.
Alors, que faire ?
Si vous êtes vulnérable, voici ce que vous devez savoir :
- Les moustiques piquent surtout au lever et au coucher du soleil. Porte des vêtements longs et clairs à ces moments-là.
- Éliminez l’eau stagnante : soucoupes sous les pots de fleurs, gouttières bouchées, pneus oubliés. Un moustique pond 200 œufs dans une simple assiette d’eau.
- Les moustiquaires existent. Pas cher, efficaces. Mais peu de gens en utilisent.
- Si vous tombez malade après un séjour en zone à risque (même en Belgique), mentionnez immédiatement une possible exposition au West Nile.
Le vrai problème ? Personne ne vous le dira.
Parce que le virus du Nil occidental, c’est comme le cancer du poumon dans les années 1950 : on sait qu’il existe, mais on fait semblant de ne pas voir la menace grandir. En 2023, l’ECDC prévoyait une augmentation des cas en Europe. La Belgique était dans la liste. Pourtant, les médias n’en parlent que quand il est trop tard.
La prochaine fois, ce ne sera peut-être pas dix cas.
En 2018, en Grèce, une épidémie a fait 250 cas en quelques mois. En 2022, en Roumanie, 500 cas ont été recensés. La Belgique n’est pas à l’abri. Mais tant que les chiffres restent bas, personne ne bouge.
Ce qu’il faut retenir
Le virus du Nil occidental n’est pas une menace immédiate. Mais il devient une menace si on ne agit pas. Les personnes âgées, les diabétiques, ceux qui prennent des immunosuppresseurs : ils sont en première ligne. Et aujourd’hui, ils se débrouillent seuls.
La vraie question n’est pas « Pourquoi la Belgique ? » mais « Pourquoi personne ne fait rien avant que ça ne devienne grave ? »
Parce que, comme toujours, les failles se révèlent quand il est trop tard.