Vingt-et-un dollars pour oublier Alzheimer, et personne ne pose la bonne question

La campagne 21 $ de Simon Olivier Fecteau sonne comme une bonne idée. Sauf que l’argent ne résout pas le vrai problème : la solitude des patients. Et les 21 $, ça ne paieront pas les heures perdues dans les couloirs des CHSLD. Voici pourquoi cette initiative cache un échec plus large.

Publié le 9 septembre 2026 à 06:02
Vingt-et-un dollars pour oublier Alzheimer, et personne ne pose la bonne question

Simon Olivier Fecteau, ce comédien qui a tout pour plaire, la voix, le timing, l’air de ne pas se prendre au sérieux, lance une campagne pour la Société Alzheimer Centre-du-Québec. Vingt-et-un dollars, c’est le prix d’un café, ou presque. Assez pour « aider à se souvenir », comme le dit le slogan. Sauf que personne ne vous explique vraiment comment. Parce que 21 $, ça ne fait pas des souvenirs. Ça fait des chiffres dans un compte en banque, et des bonnes consciences chez ceux qui ont donné. Le 21 septembre, Journée mondiale d’Alzheimer, tout le monde va partager la photo de leur don sur les réseaux. Mais au fond, ça change quoi, pour ceux qui perdent la mémoire tous les jours ?

Le piège des petits gestes qui ne coûtent rien

Alzheimer, c’est 750 000 Canadiens touchés, selon la Société Alzheimer. 750 000 familles qui voient leurs proches s’effacer, un à un. Et voici qu’on leur propose de donner 21 $. Comme si c’était une solution. Comme si 21 $, c’était une potion magique. Le problème, c’est que personne ne vous dit que ces 21 $, ça ne paiera pas les heures d’attente aux urgences pour un patient désorienté. Ça ne paiera pas les aides-soignantes sous-payées qui passent trois quarts d’heure à calmer un résident en crise. Ça ne paiera même pas un vrai programme de stimulation cognitive, qui coûte bien plus cher.

Pourtant, la campagne marche. Parce que 21 $, c’est facile. C’est un clic, un sourire, une histoire qui fait pleurer. Mais au final, ça ne résout rien. Ou presque. Les dons, ça fait du bien à ceux qui donnent. Pas à ceux qui reçoivent. Et c’est ça, le vrai problème.

Le business des émotions à crédit

Simon Olivier Fecteau, c’est un nom qui claque. Un visage connu, une voix rassurante. Parfait pour une campagne. Mais derrière le sourire, il y a un mécanisme bien huilé : on vous vend l’idée que donner 21 $, c’est déjà faire quelque chose. Comme si l’argent était une solution en soi. Sauf que non. L’argent, ça sert à payer des salaires, à former du personnel, à acheter des médicaments. Pas à remplacer des heures de présence. Pas à combler le vide laissé par un conjoint qui ne reconnaît plus sa femme.

La Société Alzheimer, elle, ne dit pas ça. Elle parle de « soutenir la recherche ». Très bien. Mais la recherche, ça prend des années. Pendant ce temps, les patients, eux, ils vieillissent. Et les familles, elles, elles s’épuisent.

Le vrai coût d’Alzheimer, ce n’est pas 21 $

Un patient Alzheimer en phase avancée coûte en moyenne 68 000 $ par an au système de santé, selon une étude de l’Institut canadien d’information sur la santé (ICIS). 68 000 $. Pas 21 $. Et ce coût, il ne baisse pas. Il monte. Parce qu’on vieillit. Parce qu’on vit plus longtemps. Parce qu’on n’a pas les moyens de prendre soin comme il le faudrait.

Alors oui, donnez vos 21 $. Ça fera une belle photo. Ça fera du bien à votre conscience. Mais ne vous dites pas que vous avez « aidé à se souvenir ». Parce que non. Vous avez juste donné un peu d’argent à une cause qui en a besoin de bien plus.

Ce que personne ne veut admettre

Le pire, c’est que tout le monde sait ça. Les associations, les gouvernements, les familles. On sait que 21 $, c’est une goutte d’eau. Mais on préfère vous parler de gouttes d’eau que de l’océan. Parce que parler de l’océan, ça fait peur. Ça veut dire qu’il faut des choix politiques. Des budgets réalloués. Des réformes. Des sacrifices.

Alors on vous parle de 21 $. Parce que 21 $, c’est facile. C’est propre. Ça ne dérange personne. Sauf que les gens qui comptent vraiment, eux, ils ne voient pas la couleur de ces 21 $.

La vraie question, personne ne la pose

Pourquoi on préfère une campagne de dons à une vraie discussion sur les soins de longue durée ? Pourquoi on préfère les larmes sur les réseaux à des lois qui protègent les aidants naturels ? Pourquoi on préfère les 21 $ à un système qui marche ?

Parce que c’est plus simple. Parce que ça ne fait pas mal. Parce que ça ne change rien à notre quotidien.

Mais pour les familles d’un patient Alzheimer, ça change tout. Et 21 $, ça ne suffira jamais.

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R Galaxie Rédaction

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