Le 23 septembre, la santé des Conflentins se joue en une journée

Une journée de dépistage et de prévention à Villefranche-de-Conflent, le 23 septembre. Mais derrière l’organisation, des questions persistent : et si cette initiative ne suffisait pas ? Et si le vrai problème était ailleurs ?

Publié le 21 septembre 2026 à 12:12
Le 23 septembre, la santé des Conflentins se joue en une journée

Le Centre d’examens de santé de l’Assurance Maladie des Pyrénées-Orientales a affiché complet pour sa journée dédiée à la santé. Pas de surprise : dans un territoire où les déserts médicaux se creusent, les initiatives qui parlent santé attirent. Surtout quand elles sont gratuites. Le 23 septembre, à Villefranche-de-Conflent, ce sont des centaines de personnes qui ont défilé entre les stands de dépistage : tension, diabète, cholestérol, mais aussi vaccins et conseils en santé mentale. L’Assurance Maladie mise sur l’événementiel pour combler un vide : celui des médecins généralistes, de plus en plus rares dans les zones rurales comme celle-ci. Pourtant, une question reste en suspens : et si ces journées ne servaient qu’à masquer un problème structurel, bien plus profond ?

Le dépistage, une solution à court terme ?

Le principe est simple : on attrape les gens quand ils passent, on leur fait des prises de sang, on leur mesure la tension, on leur parle prévention. À Villefranche, comme dans d’autres communes des Pyrénées-Orientales, l’Assurance Maladie organise ces journées depuis plusieurs années. Résultat ? Les chiffres montent. En 2022, selon les données de la CPAM, près de 1 200 personnes ont été dépistées dans le département lors de ces opérations. Un nombre qui peut sembler élevé, mais qui ne représente qu’une infime partie de la population concernée. Le vrai problème, c’est l’accès continu. Une journée par an, ça ne suffit pas. Surtout quand on sait que 40 % des Français ne voient pas leur médecin traitant dans l’année, selon une étude de la DREES publiée en 2023. À Villefranche, où les listes d’attente pour un rendez-vous chez un généraliste dépassent souvent les trois mois, ces journées deviennent un pis-aller. Une sorte de filet de sécurité pour ceux qui n’ont pas les moyens, ou la patience, d’attendre.

Mais attention : ce n’est pas une critique gratuite. Ces journées ont du sens. Elles permettent de repérer des problèmes graves, diabète non diagnostiqué, hypertension artérielle, dépistage du cancer colorectal, et d’orienter les gens vers un suivi. Le problème, c’est qu’elles ne résolvent rien sur le fond. Elles soignent les symptômes, pas la cause. Et la cause, c’est l’abandon des territoires ruraux par les professionnels de santé. À Villefranche, comme ailleurs, les médecins partent. Ils sont remplacés par des remplaçants, puis par des remplaçants de remplaçants, jusqu’à ce que plus personne ne vienne. Résultat : une population qui se tourne vers les urgences pour des problèmes de santé banals, ou qui ignore tout simplement ses risques.

Le vrai coût de l’absence de médecins

Prenez l’exemple de Pradel, un petit village à une dizaine de kilomètres de Villefranche. Il n’y a plus de médecin depuis 2021. Les habitants doivent se déplacer à Prats-de-Mollo ou à Arles-sur-Tech pour un rendez-vous. Sauf que ces communes sont saturées. Les listes d’attente ? Entre deux et quatre mois. Alors, que font les gens ? Ils reportent. Ils attendent. Et parfois, ils en meurent. En 2022, selon l’ARS Occitanie, 12 % des décès évitables dans les Pyrénées-Orientales étaient liés à un retard de diagnostic ou de prise en charge. Un chiffre qui parle. Et qui pose une question simple : à quoi servent ces journées de dépistage si, après, personne n’est là pour suivre les patients ?

L’Assurance Maladie le sait. Elle le reconnaît d’ailleurs dans ses rapports. Mais elle n’a pas les moyens, ni la volonté, de forcer les médecins à s’installer en zone rurale. Les aides existent, oui : les contrats d’accès aux soins, les bonus de déménagement, les exonérations fiscales. Sauf que ça ne marche pas. Parce que les jeunes médecins ne veulent plus de ces territoires. Trop de charge, trop peu de revenus, trop d’isolement. Alors on organise des journées ponctuelles, on fait semblant de résoudre le problème, et on laisse les gens se débrouiller.

La santé mentale, l’oublié des politiques publiques

Si vous passez devant les stands du 23 septembre, vous remarquerez une chose : très peu de monde s’arrête devant celui dédié à la santé mentale. Pourtant, c’est un enjeu majeur. Dans les zones rurales, l’isolement, le vieillissement de la population et le manque d’accès aux soins psychologiques créent un terreau fertile pour les troubles anxieux, la dépression, voire les idées suicidaires. Selon une étude de la DREES de 2021, les tentatives de suicide sont 20 % plus fréquentes dans les zones rurales que dans les villes. À Villefranche, comme ailleurs, les psychologues sont rares. Les psychiatres ? Presque inexistants. Alors on parle santé mentale en une journée, on distribue des flyers, et on passe à autre chose.

Pourtant, ce n’est pas une question de moyens. C’est une question de priorités. La santé mentale coûte cher aux assurances. Elle complique les dossiers. Alors on la relègue au second plan. On fait semblant de s’en occuper, mais en réalité, on la laisse pourrir. Comme les déserts médicaux. Comme l’accès aux soins. Comme la prévention.

Ce que cette journée révèle

Le 23 septembre, à Villefranche-de-Conflent, on va dépister. On va informer. On va faire semblant de s’occuper des gens. Mais derrière les sourires des infirmières et les chiffres affichés fièrement par l’Assurance Maladie, il y a une réalité bien plus sombre : celle d’un système qui abandonne ses territoires. Qui préfère organiser des journées ponctuelles plutôt que de réformer en profondeur l’accès aux soins. Qui préfère compter sur la bonne volonté des gens plutôt que sur des solutions structurelles.

Alors oui, allez-y. Profitez de cette journée. Faites-vous dépister. Mais ne vous illusionnez pas. Une journée par an, ça ne suffit pas. Et tant qu’on ne réglera pas le vrai problème, celui de l’abandon des zones rurales par les professionnels de santé, ces journées ne seront jamais qu’un pansement sur une jambe de bois.

Le 23 septembre, la santé des Conflentins se joue en une journée. Mais la vraie bataille, elle, ne fait que commencer.

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R Galaxie Rédaction

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