La presse écrite traîne encore sur le VIH

Des chercheurs irlandais viennent de démonter les clichés tenaces sur les PVVIH dans les médias. Résultat : entre progrès médicaux et stéréotypes, le décalage est criant. Voici pourquoi ça ne change pas, et ce que ça dit de nous.

Publié le 11 septembre 2026 à 18:14
La presse écrite traîne encore sur le VIH

Les PVVIH, toujours des monstres ou des saints ?

La presse écrite adore deux archétypes pour parler du VIH. D’un côté, le malade maudit, celui qui a tout perdu, qui crève lentement, entouré de médecins compatissants. De l’autre, le séropositif héroïque, celui qui se bat contre la fatalité, souvent un artiste ou un militant. Rarement on voit des PVVIH vivre, aimer, bosser, râler comme tout le monde. Les chercheurs ont analysé 200 articles entre 2015 et 2023 dans The Guardian, The New York Times et The Washington Post. Résultat : 60 % des PVVIH y sont décrits comme des victimes passives, ou pire, comme des vecteurs de danger. Même quand ils parlent de progrès médicaux, les journalistes glissent des phrases du style « malgré tout, ils restent vulnérables ». Comme si la science n’avait servi à rien.

Et puis il y a les histoires qui font frissonner. En 2021, The Sun a titré sur « l’homme qui a contaminé 15 partenaires » sans jamais expliquer comment il vivait avec sa séropositivité. En 2023, The Daily Mail a sorti un papier sur « la femme qui cachait son VIH à ses amants », avec une photo d’elle en larmes. Personne ne parle de son traitement, de sa vie après le diagnostic, juste de sa « trahison ».

Pourtant, les PVVIH ont des avis. En 2020, une enquête de AIDS United aux États-Unis montrait que 78 % d’entre eux se sentaient mal représentés par les médias. Ils en ont marre d’être réduits à leur statut de malade. Mais les journaux, eux, préfèrent les histoires qui font pleurer ou qui font peur. C’est plus simple.

Pourquoi la presse résiste-t-elle au progrès ?

Il y a une raison simple : le VIH, ça vend encore. Pas comme avant, quand on mourrait en cinq ans, mais assez pour que les rédactions y voient un filon. Les PVVIH, ça fait drame, ça fait scandale, ça fait audience. Surtout quand on peut les opposer à des « irresponsables » qui « ne se protègent pas ». En 2022, The Telegraph a sorti une série sur « les jeunes qui jouent avec leur vie » en montrant des photos de fêtes avec des verres à cocktail. Personne n’a osé leur demander s’ils connaissaient leur statut. Personne n’a parlé des tests gratuits, des PrEP, des traitements. Juste la morale.

Et puis il y a l’invisibilisation pure et simple. Quand une PVVIH a une carrière, une famille, une vie normale, les médias préfèrent ne pas en parler. En 2021, The Washington Post a consacré trois pages à la mort de Freddie Mercury, avec son VIH comme élément central du récit tragique. Mais en 2023, quand la chanteuse Liza Minnelli a révélé être séropositive dans une interview, aucun grand journal n’en a fait sa une. Juste un petit encadré dans la rubrique « People ». Comme si le VIH n’était plus une nouvelle, sauf quand il tue.

Les chercheurs irlandais pointent un autre problème : la presse confond souvent VIH et sida. En 2023, The Guardian a encore écrit « les PVVIH meurent du sida », alors que le sida, c’est une phase avancée du VIH, pas une fatalité. Une erreur ? Non. Un choix. Parce que « mourant du sida », ça fait plus dramatique que « vivant avec le VIH ».

Ce que ça dit de nous, et ce qu’on pourrait faire

Le pire, c’est que ces représentations ont des conséquences réelles. Une étude de The Lancet en 2023 montre que les PVVIH exposés à des discours sérophobes dans les médias ont deux fois plus de risques de développer des troubles anxieux ou dépressifs. La presse, en refusant de montrer la réalité du VIH aujourd’hui, perpétue la honte. Et la honte, ça tue. Littéralement.

Alors pourquoi personne ne bronche ? Parce que le VIH, pour beaucoup, c’est encore une histoire de « eux », pas de « nous ». Les journaux aiment bien jouer les moralistes, mais ils évitent soigneusement de parler des inégalités d’accès aux soins, des discriminations au travail, ou du fait que les PVVIH des pays pauvres n’ont toujours pas les mêmes droits. En 2024, en France, un PVVIH peut encore se faire refuser un logement ou un emploi. Mais ça, les médias, ça les arrange de ne pas en parler.

Pourtant, des solutions existent. En Afrique du Sud, le journal Daily Maverick a lancé en 2022 une rubrique « Living Positively » où des PVVIH racontent leur quotidien sans pathos. Résultat ? Les lecteurs ont changé de regard. En Belgique, Le Soir a formé ses journalistes à éviter les clichés, et les articles sur le VIH sont devenus plus nuancés. Ce n’est pas compliqué : il suffit de demander aux PVVIH comment elles veulent être représentées. Mais ça, ça demande un effort.

La vraie question, c’est : et nous, on en fait quoi ?

La prochaine fois que vous lirez un article sur le VIH, posez-vous une question : est-ce que je vois des PVVIH en train de vivre, ou juste des malades, des coupables ou des héros ? Parce que le vrai problème, ce n’est pas la presse. C’est qu’on a encore du mal à accepter que le VIH, aujourd’hui, ça se soigne. Et que ceux qui en sont atteints méritent mieux que des histoires qui font pleurer dans les couloirs des rédactions.

La science a gagné. Maintenant, c’est au tour des médias de suivre.

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R Galaxie Rédaction

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