Le VIH progresse chez les moins de 25 ans, la PrEP reste un secret

Entre 2014 et 2023, les découvertes de VIH ont bondi de 41 % chez les 15-24 ans en France. En Occitanie, les professionnels de santé tirent la sonnette d’alarme : manque d’information sur la prévention, la PrEP, et les IST qui explosent. Pourquoi cette génération se fait-elle piéger ?

Publié le 22 septembre 2026 à 06:16
Le VIH progresse chez les moins de 25 ans, la PrEP reste un secret

Le chiffre que les associations refusent d’évoquer

En France, les découvertes de VIH chez les 15-24 ans ont grimpé de 41 % entre 2014 et 2023. En Occitanie, la région la plus touchée après l’Île-de-France, les professionnels de santé observent une tendance encore plus nette : « On voit des garçons de 18 ans avec déjà trois IST différentes, dont le VIH. À 18 ans. » Le Dr Vignau, qui suit ces cas depuis 20 ans, n’a jamais vu ça. « Avant, c’était les 30-40 ans qui prenaient des risques. Là, on a une génération qui banalise tout. »

Pourtant, les outils existent. La PrEP (prophylaxie pré-exposition) réduit le risque de contamination de 99 %. En 2022, 12 000 personnes en bénéficiaient en Occitanie, contre 3 000 en 2018 (source : Santé publique France). Mais seulement 1 % des jeunes de moins de 25 ans en sont couverts. « On nous dit qu’il faut ‘dédramatiser’, mais on ne fait rien pour informer. » Marie, 28 ans, militante associative à Montpellier, balance : « Les réseaux sociaux parlent de tout sauf de ça. Tinder, Grindr, Snapchat… Des applis où on drague sans protection, et personne ne glisse un mot sur la PrEP. »

Le problème ? L’information n’est pas là où les jeunes la cherchent. Les campagnes de prévention ciblent les 25-49 ans. « On parle aux mauvaises personnes. » Le Dr Vignau pointe du doigt les lycées et les universités : « On a des infirmières scolaires qui ne savent même pas expliquer la PrEP. » Résultat : les jeunes apprennent sur Internet, via des forums où les conseils sont souvent faux. « Un mec sur Reddit m’a dit que ‘la PrEP, c’est pour les gays’. J’avais 19 ans. » Un témoignage anonyme glané sur un groupe Facebook dédié aux IST.

Et puis, il y a l’effet ‘jeune’. « On a l’impression que ça n’arrive qu’aux autres. » C’est ce que répète en boucle le Dr Vignau. « Les jeunes pensent que le VIH, c’est le sida des années 90. Ils ne voient pas le danger. » Pourtant, en 2023, 1 500 nouvelles infections ont été diagnostiquées chez les 15-24 ans en France (ONUSIDA). En Occitanie, les hôpitaux notent une hausse des cas sans partenaire connu, signe d’une transmission par des rapports occasionnels, souvent sous l’emprise d’alcool ou de drogues.

Le pire ? Les IST, elles, ne mentent pas. La syphilis a explosé de 300 % chez les moins de 25 ans depuis 2018 (rapport Santé publique France 2023). « Un gars vient me voir avec une syphilis en phase avancée. Il avait des boutons, il savait, mais il a attendu trois mois pour venir. » Le Dr Vignau serre les poings. « On dépiste trop tard. Et quand on les voit, ils sont déjà contaminés. »

Pourquoi les professionnels se tiennent à l’écart

À l’hôpital de Castres, dans le Tarn, le Dr Sophie Martin, chef de service en gynécologie, avoue ne pas avoir le temps. « On est submergés. Les urgences, les grossesses non désirées, les IST… On n’a pas les moyens de faire de la prévention active. » Pourtant, c’est elle qui voit les conséquences : « Des filles de 16 ans avec des lésions génitales à cause de rapports non protégés. Elles ne savent même pas que ça s’appelle une IST. »

Le problème ? Les structures de prévention manquent de moyens. En Occitanie, seulement 12 centres de dépistage anonymes et gratuits (CeGIDD) couvrent une région deux fois plus grande que la Belgique. « On est en sous-effectif. Les infirmières font des permanences de trois heures par semaine. » Un agent du CeGIDD de Nîmes résume : « On ne peut pas faire mieux. »

Et puis, il y a la peur du jugement. « Les jeunes ont honte d’en parler. » Le Dr Vignau l’a vu cent fois : « Un gars vient pour un test VIH, il stresse comme s’il allait se faire griller. Pourtant, c’est anonyme. » Mais la honte est là. « Ils ont peur d’être étiquetés. » Résultat : seulement 30 % des jeunes séropositifs en Occitanie sont suivis en ville (contre 70 % chez les 25-49 ans).

L’autre écueil ? Les médecins généralistes. « Beaucoup ne prescrivent pas la PrEP. » Le Dr Martin l’a constaté : « Ils disent : ‘À votre âge, vous n’avez pas besoin de ça.’ » Pourtant, les recommandations de la Haute Autorité de Santé (HAS) sont claires depuis 2016 : « La PrEP doit être proposée à toute personne à risque, sans limite d’âge. » Mais sur le terrain, les préjugés tiennent bon. « On a encore des médecins qui croient que la PrEP, c’est pour les ‘dégénérés’. » Un propos direct d’un interne en médecine générale à Albi.

Ce que les réseaux sociaux ne vous diront jamais

Sur TikTok, les vidéos sur le VIH sont rares. Les quelques-unes qui existent ? « VIH = mort », « Les séropositifs sont des monstres », « La PrEP, c’est pour les salopes ». « C’est n’importe quoi. » Marie, la militante montpelliéraine, a passé des heures à supprimer des commentaires haineux sous des posts sur la prévention. « Les jeunes croient tout ce qu’ils lisent. »

Pourtant, les applis de rencontre sont le terrain de jeu idéal pour les IST. Grindr, Tinder, Bumble… « Personne ne parle protection sur ces plateformes. » Un utilisateur anonyme, 20 ans, avoue : « J’ai couché avec trois mecs sans capote en deux mois. Personne ne m’a dit de me protéger. » Sur les forums, les conseils sont souvent faux ou dangereux : « Prends de l’ail, ça protège. » *« Le jus de citron tue le VIH. » « La PrEP, ça rend stérile. » Faux. Très faux.

Le pire ? Les influenceurs. Certains, comme @SexEduc (200 000 abonnés), parlent de sexualité, mais jamais du VIH. « Ils ont peur de perdre des followers. » Marie est catégorique : « La prévention, c’est ringard. Alors on ne en parle pas. » Résultat : les jeunes apprennent sur le tas. Ou trop tard.

La solution qui dérange

En 2021, le gouvernement a lancé une campagne nationale sur la PrEP. Zéro impact. « On a mis des affiches dans les gares. Les jeunes ne les voient pas. » Le Dr Vignau propose une solution radicale : *« Obliger les applis de rencontre à afficher des messages de prévention. » Comme Uber met des rappels sur la ceinture de sécurité. « Si Tinder doit rappeler de mettre un casque à moto, pourquoi pas un message sur la PrEP ? »

Autre piste : les écoles. « On parle du préservatif en cours de SVT. Mais on ne parle pas de la PrEP, des IST, des traitements. » Le Dr Martin veut des intervenants extérieurs dans les lycées. « Pas des profs qui ont peur de choquer. Des associations, des médecins. » En 2023, seulement 12 départements français ont intégré la PrEP dans les programmes scolaires. L’Occitanie n’en fait pas partie.

Le vrai problème ? Personne ne veut assumer. Les associations manquent de moyens, les hôpitaux sont saturés, les réseaux sociaux évitent le sujet. « On attend que les jeunes se fassent contaminer pour réagir. » Le Dr Vignau n’y va pas par quatre chemins : « C’est une question de volonté politique. Et là, on n’a pas la volonté. »

Le dernier mot (qui ne sera pas entendu)

En 2024, le VIH chez les jeunes va continuer à monter. Parce que personne ne force les applis à parler de prévention. Parce que les médecins généralistes ignorent encore la PrEP. Parce que les réseaux sociaux préfèrent les likes aux vies sauves.

Le Dr Vignau résume en une phrase : « On va droit dans le mur. Et après, on s’étonnera. »

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R Galaxie Rédaction

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