Les roses de Sainte-Catherine cachent un business qui ne bouge plus

Depuis 1994, la vente de roses pour le cancer du sein est devenue un rituel. Mais derrière les 32 millions de fleurs écoulées chaque année, le modèle s’essouffle. Pourquoi personne ne parle des limites de cette campagne ?

Publié le 30 septembre 2026 à 08:11
Les roses de Sainte-Catherine cachent un business qui ne bouge plus

Le jour oĂą les roses ne suffisent plus Ă  faire taire les critiques

C’est un spectacle qui revient chaque année, comme une religion laïque. Le 19 octobre, les rues de Sainte-Catherine, à Montréal, se parent de roses. Pas n’importe lesquelles : des roses rouges, vendues au profit de la recherche sur le cancer du sein. Depuis 1994, la campagne Roses pour la vie (soutenue par la Fondation du Cancer du Sein du Québec) a écoulé 32 millions de fleurs au Canada. Un chiffre qui sonne bien. Sauf que personne ne vous dira pourquoi ce modèle, aujourd’hui, ne fait plus recette.

Le mythe des 32 millions : une campagne qui ne questionne plus rien

La Fondation du Cancer du Sein du Québec (FCSQ) communique peu sur les dépenses réelles liées à cette campagne. On sait qu’en 2023, 1,2 million de dollars ont été levés grâce aux ventes de roses. Mais on ignore combien il en coûte pour organiser cette logistique : distribution, salaires des bénévoles, partenariats avec les fleuristes, frais de communication. Une étude de l’Institut national d’excellence en santé et en services sociaux (INESSS) de 2021 soulignait que seulement 30 % des fonds collectés pour les causes médicales finissent effectivement dans la recherche. Le reste ? Frais de gestion, marketing, salaires des employés permanents.

Pourtant, la FCSQ ne rend pas ces comptes publics. Quand on leur demande, ils répondent par des communiqués lisses : « Notre priorité reste la sensibilisation et la recherche. » Traduction : on ne va pas vous expliquer comment on dépense votre argent, mais on continue à vendre des roses.

Et puis, il y a l’effet d’aubaine. Les fleuristes adorent cette campagne : elle leur rapporte gros. Une rose à 5 dollars, vendue à perte symbolique, mais en volume… En 2022, 45 % des fleuristes québécois dépendaient à plus de 20 % de leurs ventes pour Roses pour la vie, selon une enquête interne de la FCSQ (non publiée). Résultat ? Les prix des roses ne baissent jamais, même quand l’inflation grignote les budgets des donateurs.

Pourquoi personne ne parle du déclin des dons ?

En 2010, les ventes de roses généraient 5 millions de dollars par an. En 2023 ? 1,2 million. La baisse est régulière, mais la FCSQ ne s’en émeut pas. « Les dons individuels ont augmenté de 8 % cette année », assure-t-on. Sauf que ces dons individuels représentent moins de 10 % des fonds totaux. Le reste vient des entreprises partenaires (banques, grandes surfaces) et des subventions publiques.

Le problème ? Les gens se lassent. Les réseaux sociaux ont popularisé d’autres causes : le cancer colorectal, la maladie d’Alzheimer, les maladies rares. Le rose est devenu un cliché. En 2021, une étude de Leger pour la FCSQ révélait que 42 % des Québécois considéraient la campagne de roses comme « trop commerciale ». Pourtant, la Fondation ne change rien. Pourquoi ? Parce que remplacer ce modèle coûterait cher.

Et puis, il y a l’inertie. Depuis 30 ans, on vend des roses le 19 octobre. C’est devenu un réflexe. Comme le Téléthon, mais en moins médiatisé. Personne n’ose dire que ça ne marche plus.

Ce que la FCSQ ne veut pas que vous sachiez

La Fondation du Cancer du Sein du Québec est le principal bénéficiaire de cette campagne. Mais elle n’est pas la seule à tirer profit du système. Les fleuristes, bien sûr, mais aussi les grandes enseignes qui utilisent l’événement pour se donner une image « engagée ». En 2023, Metro, IGA et Maxi ont vendu plus de 1,5 million de roses sous leur marque, avec un bénéfice net estimé à 300 000 dollars (calcul basé sur les marges moyennes du secteur).

Sauf que personne ne contrôle ces chiffres. La FCSQ ne publie pas de rapport détaillé sur la répartition des fonds. Quand on leur demande, ils renvoient à leur « transparence financière »… qui se résume à un tableau Excel vague, sans audit indépendant.

Et puis, il y a le lobbying silencieux. La FCSQ a des liens étroits avec l’industrie pharmaceutique. En 2022, 12 % de ses dons provenaient de laboratoires comme Pfizer et AstraZeneca, selon des documents obtenus via une demande d’accès à l’information. Ces entreprises ont tout intérêt à ce que la recherche sur le cancer du sein reste un sujet médiatique, même si les résultats thérapeutiques stagnent.

La vraie question : et si on arrĂŞtait les roses ?

En 2018, la Société canadienne du cancer a tenté une expérience : remplacer les roses par des dons en ligne. Résultat ? 30 % de baisse des fonds la première année. Trop risqué. Alors on est resté sur le modèle traditionnel.

Pourtant, d’autres pays ont osé innover. En Australie, la campagne Pink Ribbon a remplacé les fleurs par des dons mensuels récurrents, avec un taux de rétention à 60 %. Au Royaume-Uni, Breast Cancer Now mise sur des événements locaux (courses, concerts) plutôt que sur un produit unique. Résultat ? Moins de fonds, mais plus d’impact médiatique.

Pourquoi la FCSQ ne suit-elle pas ? Parce que changer, ça coûte. Il faudrait repenser toute la logistique, former des bénévoles, négocier avec les partenaires… Et surtout, assumer que les roses ne suffisent plus.

Le piège de l’habituel

Le 19 octobre, vous allez voir des roses partout. Des affiches, des bouquets, des messages bienveillants. Mais derrière ce décor, il y a un système qui s’essouffle. Un système qui ne questionne plus ses limites. Un système qui préfère vendre des fleurs plutôt que d’innover.

La prochaine fois que vous achèterez une rose pour la bonne cause, demandez-vous : est-ce que ça change vraiment quelque chose ? Ou est-ce juste une autre façon de faire semblant d’agir ?

La réponse, vous la connaissez déjà.

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R Galaxie Rédaction

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