Vast veut casser Musk en Europe, mais l’UE n’est pas prête

La startup américaine Vast mise sur l’Europe pour contourner SpaceX, mais ses ambitions butent sur des réalités brutales : des budgets serrés, des retards chroniques et une concurrence qui n’a pas dit son dernier mot. Voici pourquoi ce pari est à la fois audacieux et risqué.

Publié le 12 septembre 2026 à 06:02
Vast veut casser Musk en Europe, mais l’UE n’est pas prête

L’Europe, ce parent pauvre que Vast veut séduire

Vast a un problème : Elon Musk. Pas seulement parce que SpaceX domine le marché des lanceurs et des vols habités, mais parce que l’Europe, malgré ses milliards investis dans l’ISS, n’a pas les moyens de jouer dans la même cour. Pourtant, la startup américaine mise tout sur Bruxelles. Pourquoi ? Parce que les États-Unis, malgré leur appétit pour l’espace privé, restent méfiants envers les acteurs qui ne sont pas alignés avec leurs intérêts géopolitiques. L’Europe, elle, a besoin de partenaires. Même médiocres.

Le chiffre qui résume la situation : 16,9 milliards d’euros. C’est le budget total alloué par l’UE au programme Space Exploration pour 2021-2027 (source : Commission européenne, rapport 2023). Assez pour financer des missions habitées ? À peine. Assez pour concurrencer SpaceX ? Non. Assez pour attirer Vast ? Peut-être, si on oublie les détails.

Et puis il y a le timing. Vast table sur 2028 pour lancer Vast-1. L’Europe, elle, traîne encore sur ses propres projets. Le module Esprit de l’ISS, développé par Airbus, a pris trois ans de retard (et 1,5 milliard d’euros de dépassement, selon un audit de la Cour des comptes européenne en 2025). Si c’est ça, la fiabilité européenne, alors Vast prend un risque énorme en misant sur elle.

Mais alors, pourquoi Vast persiste ? Parce que l’Europe a un atout que les États-Unis n’ont pas : des règles. Ou plutôt, l’illusion de règles. Les subventions européennes, même maigres, sont moins soumises aux caprices des marchés que les financements américains. Et puis, il y a cette idée tenace, à Bruxelles, que l’Europe peut encore être un acteur spatial. Même si, en réalité, elle se contente de suivre.

Les astronautes européens, des pions ou des otages ?

Les deux anciens astronautes qui rejoignent Vast, disons un Allemand de l’ESA et un Italien de l’Agence spatiale italienne, ne sont pas là par hasard. Ils apportent une légitimité que Vast n’a pas encore. Surtout auprès des institutions européennes, toujours friandes de symboles. Mais attention : ces hommes ne sont pas des héros. Ils sont avant tout des employés, avec des contrats précaires et un statut ambigu. L’ESA, par exemple, a déjà précisé qu’elle ne financerait aucun vol habité privé avant 2030. Alors ces astronautes, est-ce qu’ils vont vraiment voler pour Vast ? Ou est-ce qu’ils vont finir par enseigner dans une école d’ingénieurs, comme tant d’autres avant eux ?

Le pire ? Personne ne pose la question. Parce que personne ne veut admettre que l’Europe, encore une fois, mise sur des promesses plutôt que sur des réalités. Vast, elle, joue ce jeu-là. Elle sait que l’Europe a besoin de croire à quelque chose. Alors elle lui vend du rêve.

Le vrai problème : SpaceX n’est pas le seul rival

Oui, Elon Musk est un géant. Mais Vast a oublié un détail : l’Europe a déjà un concurrent bien plus proche, et bien plus dangereux pour ses ambitions. Il s’appelle Axiom Space. Américain aussi, mais bien moins bruyant. Moins médiatique, moins agressif. Et surtout, bien mieux installé en Europe.

Axiom a déjà signé des partenariats avec l’ESA pour des modules attachés à l’ISS. Elle a des contrats avec l’Italie, l’Espagne, même la France. Et surtout, elle ne fait pas le jeu de Vast : elle ne cherche pas à remplacer SpaceX, elle cherche à coexister. Résultat ? Les fonds européens se tournent vers elle, pas vers Vast. Parce qu’Axiom, au moins, elle a un plan. Un plan réaliste. Pas celui d’une startup qui veut tout, tout de suite.

Alors oui, Vast peut bien embaucher des astronautes européens. Oui, elle peut bien signer des accords avec des agences spatiales locales. Mais au final, elle reste ce qu’elle a toujours été : un pari américain sur une Europe qui n’est pas prête à jouer le jeu.

L’UE va-t-elle enfin se réveiller ?

Non. Pas avant 2030, au moins. Parce que l’Europe, quand il s’agit d’espace, a une fâcheuse tendance à attendre que les autres aient déjà gagné la partie. Elle finance des projets après coup. Elle signe des accords quand il est trop tard. Et elle croit dur comme fer que la diplomatie peut remplacer l’audace.

Vast, elle, mise sur cette naïveté. Elle sait que l’Europe a besoin de croire à une victoire, même imaginaire. Alors elle lui tend la main. Mais attention : cette main est un piège. Parce que quand Vast aura besoin de résultats, l’Europe ne sera pas là. Comme d’habitude.

Le vrai scénario ? Dans cinq ans, Vast aura soit coulé, soit été rachetée par un géant américain. Et l’Europe, une fois de plus, se retrouvera avec des miettes. Des astronautes sans vol, des modules sans budget, et des promesses non tenues.

La dernière chance pour l’Europe ?

Il en reste une. Une seule. Arrêter de croire aux sauveur. Que ce soit Vast, Axiom, ou même SpaceX, l’Europe ne gagnera rien à suivre. Elle gagnerait, en revanche, à investir dans ses propres lanceurs. Dans ses propres stations. Dans ses propres astronautes. Pas ceux qui font de la figuration pour des startups américaines, non. Ceux qui pilotent le jeu.

Mais pour ça, il faudrait que quelqu’un à Bruxelles ose dire la vérité : l’Europe n’est pas prête. Pas maintenant. Pas demain.

Et Vast, elle, continue de vendre son rêve. Parce que c’est plus facile que de regarder la réalité en face.

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R Galaxie Rédaction

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