Le 12 mai, le Département de la santé publique de Bengo a annoncé trois cas positifs de variole du singe. Trois de plus sur les huit suspects testés. Pas de mort, pour l’instant. Mais une question qui reste en suspens : pourquoi les autorités mettent-elles autant de temps à agir, alors que le virus se propage déjà ?
À Luanda, les cliniques privées commencent à s’équiper. Les stocks de vaccins contre la variole classique, bien que dépassés, servent de plan B. Problème : ces vaccins ne couvrent pas la souche actuelle. Pourtant, le pays a les moyens de réagir. En 2022, l’OMS avait prévenu : l’Afrique centrale et australe étaient des zones à risque. L’Angola, avec ses frontières poreuses et ses déplacements massifs de populations, était dans le collimateur. Alors pourquoi cette lenteur ?
Les laboratoires saturent, et les tests traînent
Le Bureau provincial de la santé de Bengo a reçu huit échantillons. Trois positifs, cinq en attente. Cinq semaines plus tard, certains résultats n’arrivent toujours pas. À Luanda, le laboratoire national de l’Institut de santé tropicale (INST) est submergé. En 2020, pendant la Covid, les délais de tests dépassaient trois semaines. Aujourd’hui, la variole du singe arrive sans crier gare, et les protocoles ne suivent pas.
Pourtant, les signes étaient là. Dès avril, des cas suspects avaient été signalés dans la province de Uíge, frontalière du Congo. Personne n’a tiré la sonnette d’alarme. Résultat : le virus a le temps de circuler. Et quand les autorités finissent par réagir, c’est trop tard pour isoler les premiers foyers.
Un système de santé à bout de souffle
L’Angola dépense 3,2 % de son PIB en santé, selon la Banque mondiale. C’est mieux que le Nigeria ou le Mozambique, mais loin des standards de l’Afrique du Sud ou du Kenya. Les hôpitaux publics manquent de lits, de personnel formé, et de médicaments de base. La variole du singe, maladie rare mais contagieuse, tombe comme un cheveu sur la soupe.
À Caxito, ville industrielle près de Luanda, les travailleurs des usines se pressent dans les transports en commun. Un seul cas confirmé dans la région, mais personne ne sait combien de personnes ont été exposées. Les campagnes de sensibilisation ? Presque inexistantes. Les affiches dans les marchés ? Rares. Les messages radio ? Inaudibles pour beaucoup.
L’OMS observe, mais ne force pas la main
L’Organisation mondiale de la santé a envoyé des kits de diagnostic et des conseils. Assez pour identifier les cas, mais pas assez pour endiguer l’épidémie. Le problème ? Les pays africains sont souvent laissés pour compte dans les réponses sanitaires globales. En 2022, lors de la flambée de variole du singe en Europe, les vaccins ont été réservés aux pays riches. L’Angola, elle, doit se débrouiller avec ce qu’elle a.
Pourtant, une solution existe. Le vaccin Imvanex, développé contre la variole classique, est efficace à 85 % contre la souche actuelle. Mais il coûte cher, et l’Angola n’a pas les moyens de l’acheter en masse. Les dons internationaux ? Lentement distribués. Les promesses des laboratoires ? Toujours en négociation.
Ce que les autorités ne disent pas
Officiellement, le gouvernement angolais assure que la situation est sous contrôle. Mais sur le terrain, les soignants racontent une autre histoire. À l’hôpital de Bengo, les infirmières manquent de combinaisons jetables. Les patients suspects sont parfois renvoyés chez eux sans diagnostic. Et quand un cas est confirmé, les contacts ne sont pas toujours retracés.
Pourquoi ce manque de transparence ? Peut-être par peur de la panique. Peut-être par manque de moyens. Ou simplement parce que, pour le pouvoir, avouer une crise sanitaire, c’est reconnaître son impuissance.
La variole du singe n’est pas une urgence… jusqu’à ce que ça le devienne
En 2022, l’Europe a paniqué. En Afrique, on s’habitue. Les médias locaux en parlent peu. Les réseaux sociaux bruissent de rumeurs, mais pas d’informations fiables. Résultat : le virus avance, et personne ne semble pressé de l’arrêter.
À Luanda, un médecin infectiologue demande : « Quand est-ce que ça va devenir une priorité ? » La réponse, pour l’instant, n’est pas là. Mais une chose est sûre : si l’Angola ne se réveille pas, la variole du singe va continuer à grignoter son territoire. Et cette fois, il n’y aura peut-être plus de cas positifs… mais des morts.
Et après ? Quand l’épidémie aura-t-elle un nom ?
Aujourd’hui, on parle de « variole du singe ». Demain, si le virus mute ou se répand, ce sera peut-être « variole de Luanda ». Ou « variole des bidonvilles ». Les noms changent, mais le problème reste le même : un pays qui n’est pas prêt, des populations qui ignorent les risques, et des autorités qui tergiversent.
La question n’est plus de savoir si l’Angola va subir une épidémie. Mais quand. Et surtout, comment elle va réagir quand ce « quand » arrivera.
Pas de conclusion pompeuse. Juste un fait : la variole du singe est là. Et si personne n’agit maintenant, elle ne partira pas toute seule.