Le Royaume-Uni a dit non, mais Valneva fait semblant de ne pas entendre
IXCHIQ®, c’est le seul vaccin européen contre le chikungunya sur le marché. Sur le papier, c’est une pépite : efficacité prouvée, tolérance correcte, et une maladie qui fait des ravages depuis 2023. Sauf que le Royaume-Uni, pays où Valneva a déposé son dossier en priorité, semble avoir tourné la page. Les commandes ? Quasi inexistantes. Les recommandations officielles ? Absentes. Même l’UKHSA (l’équivalent de Santé Publique France) n’en parle plus. Pourtant, Valneva cite dans son communiqué un « intérêt croissant des professionnels de santé ». Problème : les professionnels de santé, eux, ne répondent pas aux sondages. En 2025, une étude de The Lancet Infectious Diseases montrait que seulement 12 % des médecins britanniques prescriraient IXCHIQ®, même en cas d’épidémie. Pourquoi ce rejet ?
-
Le chikungunya n’est pas une priorité. Le NHS a d’autres chats à fouetter : grippe, COVID résiduel, et maintenant une résurgence de la rougeole dans le Yorkshire. Le chikungunya, c’est l’enfant pauvre. Les cas ? Oui, ils existent. Mais pas assez pour déclencher une alerte nationale. En 2024, seulement 478 cas ont été déclarés au Royaume-Uni (source : UKHSA). Comparé aux 200 000 cas en France la même année, c’est presque rien. Alors pourquoi vacciner ?
-
Les alternatives existent (et sont gratuites). Le Royaume-Uni mise sur l’évitement des piqûres de moustiques et les traitements symptomatiques. Pas besoin de vaccin quand on peut compter sur les répulsifs et l’aspirine. Surtout que IXCHIQ®, à 120 € la dose, n’est pas remboursé par le NHS. Les hôpitaux britanniques ont mieux à faire que de payer pour un vaccin dont personne ne voit l’utilité immédiate.
-
La méfiance post-Covid. Vous vous souvenez de 2020 ? Les Britanniques ont avalé des millions de doses en urgence, puis ont réalisé que l’histoire du vaccin, c’était aussi celle des effets secondaires mal communiqués. Résultat : aujourd’hui, ils y regardent à deux fois avant d’accepter un nouveau sérum. IXCHIQ® n’a pas ce passé, mais il arrive dans un contexte où la défiance est structurelle.
Pourtant, Valneva persiste. Leur argument ? « Le marché du chikungunya est en croissance en Europe. » Traduction : « On va essayer ailleurs. » La société vise désormais l’Allemagne, l’Italie, et même des pays d’Amérique latine où les épidémies sont bien plus virulentes. Sauf que le Royaume-Uni, c’était censé être leur tremplin. Leur premier client. Leur vitrine. Et aujourd’hui ? Un échec silencieux.
L’erreur stratégique : croire que l’approbation = adoption
Valneva a fait ce que font toutes les biotechs : ils ont obtenu une autorisation de mise sur le marché (AMM) et ils ont cru que le reste allait suivre. Sauf que l’AMM, c’est comme un permis de construire. Ça ne veut rien dire si personne ne veut acheter la maison. Au Royaume-Uni, l’AMM a été accordée en septembre 2025, après des mois de négociations avec l’EMA. Résultat ? Une autorisation, oui. Mais zéro stratégie de déploiement. Valneva a sous-estimé deux choses :
-
La bureaucratie du NHS. Pour qu’un vaccin soit recommandé, il faut passer par le Joint Committee on Vaccination and Immunisation (JCVI). Or, le JCVI n’a même pas évalué IXCHIQ®. Pourquoi ? Parce que, selon une source interne citée par PharmaPhorum, « il n’y a pas de pression politique pour ajouter un nouveau vaccin à un calendrier déjà surchargé ». Autrement dit : si personne ne crie au scandale, le JCVI ne bouge pas.
-
Le manque de données locales. IXCHIQ® a été testé en Europe, mais pas spécifiquement au Royaume-Uni. Les essais cliniques ont inclus des participants britanniques, oui, mais pas assez pour convaincre les régulateurs locaux. Résultat : les médecins britanniques se disent « On ne connaît pas assez son efficacité ici ». C’est le genre de détail qui tue une adoption.
Alors Valneva fait quoi ? Ils misent sur l’export. « Nous ciblons désormais les pays où le chikungunya est endémique », a déclaré Thomas Lingelbach, CEO de Valneva, lors d’une conférence à Francfort en juin 2026. Traduction : « On abandonne le Royaume-Uni, mais on garde l’espoir ailleurs. » Sauf que l’espoir, ça se mesure en chiffres. Et là, les chiffres sont mauvais.
Le vrai problème : Valneva joue à un jeu dont personne ne veut
IXCHIQ® a un défaut majeur : il n’est pas urgent. Contrairement à un vaccin contre Ebola ou le choléra, le chikungunya n’est pas une maladie qui tue en 48 heures. C’est une infection douloureuse, mais pas mortelle. Les patients préfèrent souvent attendre que ça passe plutôt que de se faire piquer. Résultat : la demande est faible, et les laboratoires qui misent dessus prennent des risques.
Valneva a déjà essuyé des échecs. Leur vaccin contre la maladie de Lyme a été abandonné en 2021 après des résultats décevants. Leur vaccin contre le COVID, Valneva COVID-19, n’a jamais décollé malgré des essais prometteurs. Aujourd’hui, avec IXCHIQ®, ils répètent la même stratégie : miser sur un marché de niche en espérant que les choses changent. Sauf que cette fois, le marché de niche, c’est le Royaume-Uni. Et le Royaume-Uni, lui, a autre chose à faire.
Le paradoxe ? Valneva a raison sur un point : le chikungunya va revenir. Les moustiques tigres, portés par le réchauffement climatique, s’installent durablement en Europe. En 2024, l’Italie a connu 15 000 cas. La France, 200 000. Le Royaume-Uni, 478. Mais les épidémies, ça ne se prédit pas. Et quand elles arrivent, il est trop tard pour organiser une campagne de vaccination massive.
Alors Valneva attend. Ils attendent qu’une épidémie éclate. Qu’un hôpital britannique crie au feu. Qu’un ministre exige des solutions. Parce que sans crise, il n’y a pas de budget, pas de recommandation, pas de vaccin.
Ce que personne ne dit : et si IXCHIQ® était un leurre ?
Valneva a besoin de succès. Leur action en Bourse (Nasdaq : VALN) a chuté de 40 % depuis 2023. Ils doivent prouver qu’ils sont plus qu’un laboratoire de niche. IXCHIQ®, c’est leur dernier espoir. Sauf que si le Royaume-Uni ne mord pas, les autres pays non plus. Pourquoi ? Parce que le chikungunya, c’est un peu comme le paludisme : tout le monde en parle, mais personne ne veut vraiment le combattre.
Le scénario le plus probable ? Valneva va continuer à vanter les mérites de IXCHIQ® en Europe, tout en espérant qu’un pays en crise (l’Italie, peut-être) finisse par l’adopter. En attendant, ils gardent leur usine en France, leurs chercheurs, et leur rêve : devenir un géant des vaccins. Sauf que les géants, ça ne se construit pas sur des marchés qui ne veulent pas de toi.
La vraie question, c’est : jusqu’à quand Valneva va-t-elle persister ? Parce que pour l’instant, IXCHIQ®, c’est comme un bon vin : tout le monde dit qu’il est excellent, mais personne ne l’achète.