Le dépistage des cancers féminins reste un combat inégal

L’ONASR franchit le seuil des 70 % de dépistage, mais les déserts médicaux et les freins culturels creusent toujours l’écart entre les régions. Derrière les chiffres, une réalité : les femmes ne sont pas toutes égales face à la prévention.

Publié le 8 octobre 2026 à 10:11
Le dépistage des cancers féminins reste un combat inégal

En 2024, l’Office national de la santé de la reproduction (ONASR) l’annonce sans tambour : plus de 70 % des femmes concernées ont enfin passé le test. Sein ou col de l’utérus, peu importe. Le message est clair : la campagne de dépistage avance. Sauf que sur le terrain, ça se joue autrement. À Dakar, dans les cliniques privées du Plateau, les rendez-vous sont pris en ligne, les résultats tombent en 48 heures. À Saint-Louis, à 400 km de là, les centres de santé manquent encore de frottis. Et les femmes, elles, attendent toujours leur tour. Le seuil des 70 %, c’est une moyenne. Pas une victoire uniforme.

L’illusion des chiffres nationaux

Le Dr Seydou Diallo, chef du service mère-enfant à l’ONASR, parle de « progression significative ». Les médias reprennent le chiffre. Les politiques s’en réjouissent. Sauf que personne ne dit où se niche l’échec. Dans les régions comme Matam ou Kolda, le taux de dépistage reste sous les 40 %. Pourquoi ? Parce qu’un centre de santé sur deux n’a pas de cytologue formé. Parce que les transports coûtent plus cher que le test lui-même. Parce que certaines femmes refusent encore de se faire examiner par un homme, même médecin. La santé publique, c’est comme un jeu de quilles : si une seule région rate son coup, tout le bilan est faussé.

Prenez l’exemple de la région de Tambacounda. En 2022, seulement 28 % des femmes éligibles ont été dépistées. L’ONASR a envoyé des équipes mobiles. Résultat ? Une hausse de 12 points en un an. Mais 12 points, c’est encore loin des 70 %. Et pendant ce temps, à Thiès, les cliniques privées affichent complet pour les mammographies. Le marché régule ce que l’État ne couvre pas.

Le vrai problème : la confiance, pas la logistique

On vous parlera des délais, des stocks de kits manquants, des routes défoncées. Mais le vrai blocage, c’est ailleurs. Dans la tête des femmes. Dans les préjugés. Dans cette idée tenace que parler de cancer, c’est attirer le malheur. Une étude de l’OMS en 2023 le confirme : dans les zones rurales, 3 femmes sur 10 évitent le dépistage par peur des rumeurs. « Si je vais à l’hôpital, on va me dire que j’ai quelque chose. » « Les tests, c’est pour les riches. » Les discours traditionnels font plus de dégâts que les pénuries de matériel.

Et puis il y a le côté pratique. Une femme active à Dakar peut prendre son RDV entre deux réunions. Une mère de trois enfants à Ziguinchor doit demander à sa belle-sœur de garder les aînés, puis attendre deux heures dans une salle sans climatisation. Le dépistage, c’est bien. Le dépistage accessible, c’est autre chose.

Ce que l’ONASR ne vous dit pas

Le Dr Diallo évoque les « efforts engagés ». Il cite les « avancées notables ». Mais il élude un détail : depuis 2020, le budget alloué au dépistage a baissé de 15 % en termes réels. Les ONG comblent l’écart. Les associations locales organisent des campagnes de sensibilisation. Pourtant, personne ne force les pouvoirs publics à assumer.

Et puis il y a les délais de prise en charge. Une femme dépistée positive à Dakar peut commencer son traitement en moins de trois semaines. À Kaolack, elle attendra trois mois pour une colposcopie. Le dépistage, c’est l’arbre qui cache la forêt. Sans suivi, à quoi bon le test ?

La vraie question : et après les 70 % ?

Félicitations, vous avez atteint l’objectif. Maintenant, quoi ? L’ONASR parle de « pérenniser les acquis ». Les associations crient au « maintien des moyens ». Mais personne ne propose de vrai plan B.

Parce que le vrai défi, ce n’est pas d’atteindre 70 %. C’est de garder les femmes en vie après le diagnostic. C’est de former assez de personnel pour éviter les files d’attente. C’est de casser les tabous sans tomber dans le moralisme. Et ça, personne n’en parle.

Alors oui, le dépistage progresse. Mais la bataille, elle, ne fait que commencer.

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R Galaxie Rédaction

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