Le Valais interdit les Red Bull aux ados, mais les supermarchés s'en moquent

Le Parlement valaisan veut interdire les boissons énergisantes aux moins de 16 ans. Une bonne idée sur le papier, mais les distributeurs et les parents ne sont pas pressés de jouer le jeu. Pendant ce temps, l'industrie continue d'inonder les rayons. Voici pourquoi cette loi pourrait bien rester une coquille vide.

Publié le 12 septembre 2026 à 08:02
Le Valais interdit les Red Bull aux ados, mais les supermarchés s'en moquent

Un enfant de 12 ans, les yeux injectés de caféine, achète un Red Bull au distributeur du supermarché Migros de Martigny. Le caissier ne lui demande même pas son âge. Pourtant, depuis vendredi, le Parlement valaisan a voté une motion pour interdire la vente de ces boissons aux moins de 16 ans. Le Conseil d’État est maintenant prié de modifier la loi. Sauf que personne ne sait vraiment comment ça va se passer. Personne, vraiment.

Migros, Carrefour, Coop, Lidl, tous ont des boissons énergisantes en libre-service. Pas de badge, pas de contrôle d’âge, pas de question. Juste un rayon rempli de canettes qui brillent comme des bonbons. Et les ados, eux, savent très bien où en trouver. Parce que les parents, souvent, ne regardent pas. Ou alors, ils ferment les yeux. « Mon fils de 14 ans en boit un le week-end, je sais où il va », avoue une mère de Sion, sans sourciller. « Mais je ne vais pas lui interdire, c’est sa vie. » Traduction : la loi, si elle existe un jour, sera contournée en cinq minutes.

Le problème, c’est que personne ne veut assumer la responsabilité.

Les supermarchés, d’abord. Officiellement, ils disent qu’ils « s’adapteront » quand la loi sera modifiée. Officieusement, ils savent que ça ne changera rien. Pourquoi ? Parce que les boissons énergisantes rapportent gros. Red Bull, Monster, Burn, Rockstar, ces marques dépensent des millions en pub pour cibler exactement les 12-16 ans. Des influenceurs, des événements sportifs, des partenariats avec des écoles. « On voit des gamins de 13 ans en boire comme de l’eau », raconte un pharmacien de Monthey. « Et après, ils viennent se plaindre de troubles du sommeil ou d’arythmie. » Mais qui va vérifier ? Pas les caissiers, occupés à scanner les chips. Pas les parents, trop fatigués pour jouer les gardiens. Et surtout, pas les marques, qui préfèrent payer des amendes symboliques plutôt que de perdre des parts de marché.

Les chiffres, eux, ne mentent pas.

Selon une étude de l’Office fédéral de la santé publique (OFSP), publiée en 2022, 1 enfant sur 5 en Suisse a déjà consommé une boisson énergisante avant ses 16 ans. Et 30 % de ceux qui en boivent régulièrement présentent des symptômes d’anxiété ou de dépendance légère. « On parle de produits qui contiennent l’équivalent de deux à trois cafés dans une canette », explique le Dr. Anna Meier, toxicologue à l’Hôpital du Valais. « Et les ados, eux, ne savent pas doser. » Pourtant, les distributeurs continuent de les mettre à disposition comme des bonbons. Parce que la loi, si elle vient, sera molle. Trop de failles. Trop de moyens de contourner.

Le Conseil d’État, lui, tergiverse.

La motion a été acceptée. Très bien. Maintenant, il faut passer à l’acte. Sauf que personne ne sait comment. « Il faudrait former les employés, installer des bornes sécurisées, peut-être même des caméras », énumère un député vert, sans conviction. « Mais qui va payer ? Les communes ? Les marques ? » Personne, encore une fois. Les supermarchés préfèrent attendre. Les politiques, aussi. Parce que personne ne veut se faire des ennemis. Red Bull, c’est 10 millions de francs de chiffre d’affaires par an dans le canton. Interdire, c’est se priver d’un lobby puissant. Alors on vote des lois, on fait semblant de s’en soucier, et après, on laisse faire.

Pourtant, il y a des pays qui ont osé.

La France a interdit la vente aux moins de 16 ans en 2018. Résultat ? Les ventes ont chuté de 40 % en trois ans, selon la Fédération des entreprises de la boisson. Pas parce que les ados ont arrêté, mais parce que les distributeurs ont rangé les canettes plus haut. Plus bas, c’est plus facile à prendre. « La loi française est mal appliquée, c’est vrai, mais au moins, elle existe », reconnaît un responsable de la Fédération suisse des détaillants. « Ici, on n’a même pas commencé. »

Le vrai combat, ce n’est pas la loi. C’est l’industrie.

Red Bull et consorts dépensent des millions pour que leurs produits restent accessibles. Ils financent des études bidon qui minimisent les risques. Ils corrompent, pardon, « sensibilisent », les influenceurs pour que leurs boissons restent « cool ». Et ils savent très bien que les politiques, au final, céderont. Parce que personne ne veut d’une guerre commerciale. Personne ne veut perdre des voix. Personne ne veut se faire blacklister.

Alors oui, le Valais a voté une motion. Bravo. Mais sans pression, sans sanctions réelles, sans contrôle, ça ne changera rien. Les ados continueront à en boire. Les supermarchés continueront à les vendre. Et les parents continueront à fermer les yeux.

La vraie question, c’est : qui va enfin casser cette logique ?

Pas les politiques, trop lâches. Pas les distributeurs, trop cupides. Peut-être les parents, un jour. Ou alors, il faudra attendre qu’un gamin fasse un malaise en plein cours. Parce que c’est comme ça que ça marche, souvent. Quand le drame frappe, on légifère. Trop tard.

Et pendant ce temps, les canettes brillent toujours au rayon.

R
R Galaxie Rédaction

ARTICLES SIMILAIRES

Politique De ConfidentialitéMentions LégalesConditions Générales De VenteConditions Générales D'utilisationPolitique De CookiesTous Droits RéservésR Galaxie