En 2023, 10 millions de nouveaux cas de tuberculose ont été déclarés. 10 millions. Parmi eux, 1,6 million de morts. Les chiffres de l’OMS ne mentent pas. Pourtant, personne ne s’en émeut vraiment. La tuberculose, c’est l’oublié des maladies infectieuses. Trop longue, trop lente, trop liée aux pays pauvres. Jusqu’à ce que Gavi, l’alliance mondiale pour les vaccins, annonce son plan : d’ici 2030, deux nouveaux vaccins devraient être approuvés et déployés à grande échelle. Ça change tout ? Pas si sûr.
Pourquoi Gavi mise sur ces vaccins, et pourquoi ça reste fragile
Gavi ne joue pas à la loterie. L’organisation a déjà sauvé des millions d’enfants avec le vaccin contre le rotavirus. Cette fois, elle vise la tuberculose, une maladie qui tue plus que le sida et la malaria réunis. Le problème ? Les deux vaccins en développement, MVA85A (déjà testé en Afrique du Sud) et H4:IC31 (en phase III au Kenya et en Afrique du Sud), ne sont pas des miracles. Ils ne guériront pas ceux qui sont déjà malades. Ils ne remplaceront pas les traitements existants. Ils réduiront juste le risque d’infection chez les nourrissons et les enfants.
Pourtant, Gavi parle de « révolution ». Pourquoi ce ton ? Parce que la tuberculose, c’est l’échec des systèmes de santé. Parce que les antibiotiques actuels sont longs, coûteux, et souvent mal pris. Parce que le BCG, le seul vaccin existant, est inefficace contre les formes graves. Alors oui, ces vaccins sont une avancée. Mais une avancée limitée. Et surtout, une avancée qui dépendra de trois facteurs :
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L’argent. Gavi a besoin de 7,4 milliards de dollars d’ici 2025 pour financer ces campagnes. Or, les donateurs se font rares. Les États-Unis, principaux contributeurs, ont réduit leur aide sous Trump. L’Europe traîne. Les pays riches préfèrent payer des vaccins contre le cancer ou le Covid.
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Les laboratoires. Le MVA85A est développé par Oxford Vaccine Group, une structure académique. Le H4:IC31, lui, est porté par Statens Serum Institut (Danemark) et Aeras, une ONG. Aucun géant pharmaceutique n’est derrière. Résultat : pas de pression commerciale, mais pas non plus de moyens industriels. La production reste un casse-tête. En 2022, seulement 100 000 doses de MVA85A ont été fabriquées. Pour couvrir l’Afrique, il en faudrait des millions.
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Les gouvernements. La tuberculose ne tue pas que dans les bidonvilles. Elle frappe aussi les prisons, les camps de réfugiés, les hôpitaux surchargés. Or, les pays où elle est la plus virulente sont ceux qui ont les systèmes de santé les plus faibles. Le Nigeria, l’Inde, l’Indonésie, tous dépendent de l’aide internationale. Si Gavi lâche, les vaccins ne serviront à rien.
Le marché de la tuberculose ignore les pauvres
Il y a un détail qui saute aux yeux : personne ne veut vraiment de ces vaccins. Pas les laboratoires, pas les États, pas même l’OMS. Pourquoi ? Parce que la tuberculose, c’est un marché de niche. Les riches ne l’attrapent pas. Les assurances ne la couvrent pas. Les brevets ne rapportent pas assez.
Prenez le cas de Johnson & Johnson. En 2012, le groupe a abandonné son vaccin expérimental contre la tuberculose, le Aeras-422. Pourquoi ? Parce que les essais cliniques montraient une efficacité trop faible. Mais aussi parce que le retour sur investissement était incertain. Aujourd’hui, J&J ne développe plus rien dans ce domaine. Pourquoi s’encombrer ?
Gavi, elle, mise sur un modèle différent : des vaccins low-cost, produits en masse, distribués gratuitement. Problème : les pays riches ne suivent pas. La France ? Elle finance à peine 1% du budget de Gavi. L’Allemagne ? Elle a coupé ses contributions en 2020. Les vaccins contre la tuberculose, ça ne fait pas vendre.
Ce que les chiffres cachent
En 2021, l’OMS a lancé son plan End TB Strategy, avec pour objectif : éliminer la tuberculose d’ici 2035. Un objectif irréaliste. Pourquoi ? Parce que les chiffres officiels mentent.
- Les cas déclarés ne représentent que 20% des cas réels. Le reste ? Des gens qui meurent chez eux, sans diagnostic, sans traitement.
- Les résistances aux antibiotiques explosent. En 2022, 410 000 nouveaux cas de tuberculose multirésistante ont été recensés. Aucun des nouveaux vaccins ne les couvrira.
- Les coûts indirects sont sous-estimés. Une famille qui perd son seul salaire à cause d’une hospitalisation ? Ça ne figure pas dans les rapports de l’OMS.
Alors oui, les vaccins arriveront. Mais ils ne suffiront pas. Parce que la tuberculose, ce n’est pas qu’une maladie. C’est un symptôme. Un symptôme de la pauvreté, de la malnutrition, de l’absence de soins primaires. Des vaccins sans hôpital, ça ne sert à rien.
La vraie question : qui paiera ?
Gavi a un plan. Mais un plan, ça ne se traduit pas en vies sauves. Il faut des usines, des chaînes de froid, des médecins formés, des politiques publiques. Tout ça coûte cher. Et personne ne veut payer.
En 2023, le Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme a reçu 16 milliards de dollars. Seulement 3 milliards étaient destinés à la tuberculose. 3 milliards pour une maladie qui tue plus que le VIH.
Alors, avancée majeure ? Peut-être. Mais une avancée qui dépendra moins des vaccins que de la volonté politique. Et là, les signes ne sont pas bons.
Ce que 2030 nous réserve
D’ici 10 ans, deux nouveaux vaccins seront disponibles. Super. Mais attention :
- Ils ne protégeront pas tout le monde. Les essais se concentrent sur les nourrissons. Les adultes ? On ne sait pas.
- Ils ne remplaceront pas les traitements. La chimiothérapie reste indispensable. Et elle coûte cher.
- Ils ne seront pas partout. L’Afrique sub-saharienne aura peut-être accès à ces vaccins. L’Inde ? L’Indonésie ? Ça dépendra des budgets locaux.
Le vrai défi, ce n’est pas la science. C’est l’argent. Et là, personne ne veut mettre la main au portefeuille.
Alors oui, Gavi accélère. Mais la tuberculose, elle, ne s’en ira pas si vite.