Le virus qui vous guette sans que vous le sachiez
C’est une statistique qui claque comme un coup de poing : 12 % des cancers dans le monde sont directement liés à des infections, bactéries, virus, parasites. Douze pour cent, c’est un nouveau cas sur huit. Un sur huit qui pourrait être évité, si on agissait. Pourtant, personne n’en parle vraiment. Pas comme on parle du tabac, de l’alcool, ou même de la pollution. Pourtant, ces infections, on les connaît. Le virus du papillome humain (VPH), par exemple, responsable de 70 % des cancers du col de l’utérus. Le virus de l’hépatite B, qui cause 60 % des cancers du foie. Ou encore Helicobacter pylori, cette bactérie qui, si elle n’est pas traitée, peut mener à un cancer de l’estomac. Des noms qui sonnent comme des codes barres, mais qui, pour beaucoup, restent abstraits.
Et puis il y a les pays où ces infections tuent en silence. L’Afrique subsaharienne, par exemple, où 90 % des cancers du col de l’utérus sont liés au VPH, et où les frottis sont une luxe. Ou l’Asie du Sud-Est, où l’hépatite B, transmise souvent à la naissance, condamne des millions d’enfants à un cancer du foie dans 30 ou 40 ans. Des chiffres ? Oui, mais derrière chaque pourcent, il y a des vies. Des mères, des pères, des enfants qui meurent parce qu’un vaccin à 20 euros n’a pas été injecté à temps.
Le piège des pays riches : on croit que c’est réglé
En Europe ou en Amérique du Nord, on a l’impression que le problème est sous contrôle. Les campagnes de vaccination contre le VPH ont réduit les cas de cancers du col de l’utérus chez les jeunes femmes de 30 % en 10 ans, selon l’OMS. Les antibiotiques contre Helicobacter pylori sauvent des milliers de vies chaque année. Pourtant, même ici, des failles persistent.
Prenez la France. En 2022, 1 500 femmes sont mortes du cancer du col de l’utérus, un chiffre qui stagne depuis des années, malgré les vaccins. Pourquoi ? Parce que la couverture vaccinale chez les adolescentes reste inégale : 70 % dans les zones aisées, 40 % dans les quartiers populaires. Parce que les frottis ne sont pas assez systématiques. Parce que, parfois, les médecins sous-estiment le risque. Et parce que, surtout, on ne parle pas assez de ces cancers-là. Pas comme on parle du cancer du sein ou de la prostate, ces monstres médiatiques qui mobilisent des millions d’euros en recherche.
L’hépatite B, le cancer oublié des pays pauvres
Mais le vrai scandale, c’est ailleurs. En Afrique et en Asie, où 80 % des décès par hépatite B se produisent. Où un enfant sur trois n’est pas vacciné contre ce virus qui, s’il s’installe, mène immanquablement au cancer du foie. L’OMS a un plan : vacciner 90 % des nouveau-nés d’ici 2030. Objectif louable. Problème : en 2022, seulement 43 % des pays à faible revenu avaient atteint ce seuil. Pourquoi ? Parce que les vaccins coûtent cher. Parce que les systèmes de santé sont défaillants. Parce que, souvent, les gouvernements n’ont pas les moyens, ou la volonté, d’agir.
Prenez le Bangladesh. Un pays où l’hépatite B est endémique, où 20 % de la population est porteuse du virus. Où, chaque année, des milliers d’enfants naissent déjà infectés. Pourtant, en 2021, seulement 60 % des nouveau-nés y ont été vaccinés. Les raisons ? Manque de personnel soignant. Chaînes du froid défaillantes. Et, surtout, une priorité mal placée : dans un pays où des millions meurent de malnutrition, vacciner contre un cancer qui se déclarera dans 30 ans, ça passe après.
Les parasites, ces oubliés du débat
Et puis il y a les parasites. Schistosoma, ce ver qui infeste les eaux stagnantes et cause un cancer de la vessie en Afrique. Opisthorchis viverrini, ce parasite asiatique qui, s’il reste trop longtemps dans le foie, peut déclencher un cancer des voies biliaires. Des maladies qui tuent des milliers de personnes chaque année, et contre lesquelles il n’existe pas de vaccin. Juste des traitements préventifs, des comprimés à quelques centimes, mais qu’il faut distribuer, prendre régulièrement, et dont personne ne parle.
Pourquoi ? Parce que les parasites, ça ne fait pas peur. Pas comme un virus. Pas comme une bactérie. Pourtant, en Thaïlande, 50 % des cancers de la vessie sont liés à Schistosoma. En Chine, 85 % des cancers des voies biliaires viennent d’Opisthorchis. Des chiffres qui devraient faire hurler. Qui font à peine bouger les aiguilles des financements internationaux.
Le vrai problème : on ne mesure pas l’urgence
L’OMS a raison de rappeler que ces cancers sont évitables. Que des vaccins existent. Que des traitements fonctionnent. Que si on agissait, des millions de vies seraient sauvées. Mais le monde ne bouge pas assez vite. Pourquoi ? Parce que ces cancers, pour beaucoup, ne tuent pas assez vite. Un cancer du col de l’utérus met des années à se déclarer. Un cancer du foie lié à l’hépatite B aussi. Alors on repousse. On attend. On fait semblant de croire que ça ne nous concerne pas.
Et puis il y a le lobby. Celui des géants pharmaceutiques qui vendent des chimiothérapies à prix d’or, alors qu’un vaccin à 5 euros pourrait éviter la maladie. Celui des gouvernements qui préfèrent dépenser des milliards en armes plutôt qu’en prévention. Celui des médias qui, quand ils en parlent, le font avec des phrases toutes faites sur « l’importance de la vaccination » sans jamais creuser.
Ce qu’on ne vous dit pas sur les vaccins
Parlons-en, justement, de ces vaccins. Le VPH, par exemple. En France, il est recommandé depuis 2007. Pourtant, en 2023, seulement 60 % des filles de 15 ans en ont bénéficié. Pourquoi ? Parce que les parents hésitent. Parce que certains médecins minimisent les risques. Parce que, parfois, l’information est mal passée. Et parce que, surtout, on ne insiste pas assez. Pas comme on insiste sur le danger de la cigarette. Pas comme on martèle que l’alcool tue.
Prenez le cas de la vaccination contre l’hépatite B à la naissance. En France, elle est obligatoire depuis 1994. Pourtant, en 2022, 12 % des nouveau-nés n’ont pas été vaccinés. Douze pour cent, c’est 6 000 bébés par an qui partent avec un risque en plus. Un risque qui, pour certains, se transformera en cancer du foie à 50 ans.
Pourquoi les pays riches se croient-ils à l’abri ?
En Europe, on a l’impression que ces problèmes sont lointains. Que l’hépatite B, c’est l’affaire des pays pauvres. Que le VPH, c’est réglé. Pourtant, même ici, des inégalités persistent. En Allemagne, par exemple, la couverture vaccinale contre le VPH varie de 40 % à 80 % selon les Länder. En Italie, elle stagne autour de 50 %, malgré des campagnes massives. Pourquoi ? Parce que l’information ne suffit pas. Parce que les médecins ne poussent pas assez. Parce que, parfois, les vaccins ne sont pas assez accessibles, les délais pour obtenir un rendez-vous, les déserts médicaux, les idées reçues.
Et puis, il y a le piège de la complaisance. On croit que, parce qu’on vit dans un pays riche, on est protégé. Que les cancers liés aux infections, c’est pour les autres. Pourtant, en France, 5 % des cancers du foie sont encore liés à l’hépatite B. En Europe, 3 % des cancers de l’estomac viennent d’Helicobacter pylori. Des pourcentages qui semblent faibles. Mais qui, multipliés par des millions de personnes, font des milliers de morts évitables.
Ce qui pourrait changer, si on voulait vraiment
Alors, que faire ? D’abord, arrêter de traiter ces cancers comme des problèmes secondaires. Les intégrer dans les politiques de santé publique, comme on le fait pour le tabac ou l’obésité. Ensuite, simplifier l’accès aux vaccins. Pas de délais interminables pour les rendez-vous. Pas de déserts médicaux où les adolescents n’ont aucun moyen de se faire vacciner. Et surtout, arrêter de faire semblant de croire que l’information suffit.
Il faudrait aussi mieux former les médecins. Beaucoup sous-estiment encore le risque. Beaucoup ne savent pas assez pousser la vaccination. Et puis, il faudrait parler de ces cancers comme on parle des autres. Pas avec des phrases lisses sur « l’importance de la prévention », mais en montrant les visages. Les mères en Afrique qui meurent parce qu’elles n’ont pas eu accès à un frottis. Les enfants en Asie qui naissent avec l’hépatite B parce qu’on n’a pas eu les moyens de les vacciner.
Enfin, il faudrait forcer les gouvernements à agir. Pas avec des promesses creuses, mais avec des budgets. Avec des sanctions pour les pays qui ne vaccinent pas assez. Avec une vraie pression internationale pour que ces cancers, enfin, soient traités comme une urgence.
Le vrai scandale, c’est qu’on sait
On sait que ces cancers sont évitables. On sait quels sont les moyens de les prévenir. On sait où agissent les lobbies, où les priorités sont mal placées. Pourtant, on ne bouge pas assez. Pourquoi ? Parce que ces cancers ne font pas assez peur. Parce qu’ils tuent lentement. Parce que, pour beaucoup, ils ne sont pas assez médiatisés.
Mais le vrai scandale, c’est qu’on sait. Et qu’on fait semblant d’ignorer.
Ce qu’on pourrait faire, si on voulait vraiment
Si vous lisez ces lignes et que vous vous dites : « Mais moi, ça ne me concerne pas », réfléchissez deux fois. Parce que ces cancers, ils ne frappent pas seulement « ailleurs ». Ils frappent aussi ici. Ils frappent vos voisins, vos amis, vos proches. Et surtout, ils frappent ceux qui n’ont pas les moyens de se protéger.
Alors la prochaine fois que vous entendrez parler d’un nouveau vaccin, d’une campagne de dépistage, ou même d’un simple rappel de vaccination, demandez-vous : « Est-ce que ça pourrait m’épargner un cancer ? » Parce que, parfois, la réponse est oui. Et que, parfois, la seule chose qui nous sépare d’une vie sauve, c’est une décision.
Une décision de vacciner. Une décision de dépister. Une décision de ne plus faire semblant.