Le courriel est tombé comme un cheveu sur la soupe. « Une partie des doses d’Influvac ne sera disponible qu’à partir de fin décembre. » Signé : Viatris, le labo qui fournit un des vaccins contre la grippe. Les pharmacies, elles, ont reçu l’info le 15 octobre. Soit trois semaines avant Noël. Trois semaines pour s’organiser. Trois semaines pour expliquer aux patients pourquoi il faudra peut-être attendre janvier pour se faire piquer. Trois semaines pour gérer la colère des clients, des médecins, et des soignants déjà à bout après deux ans de crise sanitaire en mode groundhog day.
Le problème, c’est que personne ne sait quand ça va se débloquer.
Viatris parle de « retards dans la production ». Traduction : les usines tournent au ralenti. Peut-être à cause de la demande, peut-être à cause des matières premières, peut-être parce que les ouvriers ont fini par dire « non, on ne fait pas 150 heures par semaine ». Personne ne donne de détails. Juste un « désolé, mais attendez encore ».
Et les pharmacies ? Elles doivent choisir : soit elles commandent plus de doses en urgence pour couvrir les trous, soit elles prennent le risque de se retrouver à sec en novembre, quand la grippe commence vraiment à circuler. Sauf que commander plus, c’est payer plus cher. Sauf que payer plus cher, c’est rogner sur la marge. Sauf que rogner sur la marge, c’est soit fermer boutique, soit augmenter les prix. Et vous croyez que les patients vont sauter de joie ?
La grippe, elle, ne fait pas de pause.
Chaque année, c’est la même valse. Les labos promettent des millions de doses. Les autorités parlent de « couverture optimale ». Les médias rappellent que « la grippe tue ». Et puis, hop : les stocks qui dérapent, les délais qui s’étirent, et les patients qui se font avoir. En 2021, la France avait manqué 600 000 doses de vaccin contre la grippe (source : Santé publique France). Résultat ? Une campagne de vaccination ratée, des services de réanimation saturés, et des familles qui pleurent leurs proches parce que « on n’avait pas assez de vaccins ».
Cette année, Viatris n’est pas le seul à galérer. Sanofi et Pfizer ont aussi des problèmes de livraison. « Un déséquilibre entre l’offre et la demande », explique un porte-parole de l’Agence européenne du médicament. Traduction : « On n’a pas assez produit, mais on ne veut pas l’avouer ».
Le vrai bordel, c’est que ça pourrait empirer.
Si les retards s’accumulent, les pharmacies vont devoir rationner. Priorité aux personnes âgées, aux femmes enceintes, aux maladies chroniques. Les autres ? « Revenez en janvier ». Sauf que janvier, c’est trop tard. La grippe, elle, frappe entre novembre et février. Et si les doses arrivent en janvier, c’est comme si on vaccinait contre la pluie après l’orage.
Pourquoi personne ne bronche ?
Parce que la grippe, c’est « normal ». Parce que les retards, c’est « habituel ». Parce que les patients, ils reviendront toujours. Parce que les labos, ils ont des contrats, et les États, ils ont peur des scandales. Alors on serre les dents, on attend, et on prie pour que ça ne dégénère pas.
Sauf que cette fois, quelque chose cloche. Les stocks sont bas. Les délais sont longs. Et les autorités, elles, ne crient pas au loup. Elles attendent. Comme toujours.
Le vrai risque, ce n’est pas la grippe. C’est qu’on s’habitue.
On s’habitue aux retards. On s’habitue aux pénuries. On s’habitue à l’idée qu’un vaccin, ça ne se commande pas comme un paquet de pâtes. On s’habitue à payer le prix. Et un jour, on ne se vaccinera plus du tout. Parce que « de toute façon, ça ne sert à rien ».
Alors oui, les vaccins contre la grippe arrivent en retard. Oui, les pharmacies sont dans la merde. Oui, les patients vont râler. Mais le vrai problème, c’est qu’on ne fait rien pour que ça change.
La question, c’est : jusqu’à quand ?
Parce que si les retards deviennent la norme, la grippe, elle, ne sera plus qu’un détail. Et ça, personne ne veut le voir.
Les labos jouent avec le feu
Viatris n’est pas seul. Sanofi, Pfizer, GSK… Tous les gros du vaccin contre la grippe ont des problèmes de production. « Capacité limitée », « pénurie de matières premières », « demande imprévisible ». Les excuses sont toujours les mêmes. Sauf que cette fois, les chiffres sont là : en Europe, la demande a augmenté de 20 % par rapport à 2022 (source : European Centre for Disease Prevention and Control).
Pourquoi ? Parce que les gens ont peur. Après le COVID, la grippe leur fait peur. Alors ils veulent se protéger. Sauf que les labos n’ont pas anticipé. Ils ont compté sur « l’habitude ». « Les gens ne se vaccinent pas, donc on ne produit pas assez. » Sauf que cette année, les gens veulent se vacciner. Et les labos n’ont pas les doses.
Le pire, c’est que ça pourrait empirer.
Parce que si la grippe revient en force, les hôpitaux seront à nouveau saturés. Parce que si les retards s’accumulent, la confiance dans les vaccins va s’effriter. Parce que si les autorités ne réagissent pas, on va droit dans le mur.
Et le plus drôle ? Personne ne semble s’en soucier. Les labos continuent à produire comme avant. Les autorités continuent à parler de « couverture optimale ». Les patients continuent à râler. Et les pharmacies continuent à payer.
Le vrai scandale, c’est qu’on ne se scandalise pas assez.
Les pharmacies, otages d’un système pourri
Vous êtes pharmacien. Vous avez commandé vos doses en septembre. Vous aviez prévu votre stock pour octobre. Sauf que Viatris vous envoie un mail le 15 octobre pour vous dire « désolé, mais il va falloir attendre ».
Qu’est-ce que vous faites ?
- Vous commandez plus cher ailleurs. Sauf que les autres labos sont aussi en retard. Alors vous payez le prix fort.
- Vous rationnez. Sauf que les patients vont râler, et les médecins vont vous engueuler.
- Vous fermez boutique. Sauf que vous n’avez pas les moyens.
Vous êtes pris en étau.
Et le pire ? Personne ne vous aide. Les autorités vous disent « faites de votre mieux ». Les labos vous disent « attendez ». Les patients vous disent « pourquoi c’est toujours la même merde ? ».
Sauf que vous, vous n’avez pas le choix. Vous devez gérer. Vous devez vous adapter. Vous devez sourire, même quand vous en avez marre.
Le problème, c’est que ce système est pourri.
On attend des pharmacies qu’elles soient des super-héros. Qu’elles gèrent les stocks, qu’elles rassurent les patients, qu’elles fassent tourner la boutique. Mais quand ça coince, on leur dit « débrouillez-vous ».
Et cette année, ça coince grave.
La grippe, ce parent pauvre de la santé publique
On parle du COVID, on parle du cancer, on parle des maladies rares. Mais la grippe ? Personne n’en parle. Pourtant, elle tue. Chaque année, en France, entre 2 000 et 15 000 personnes meurent de la grippe (source : Santé publique France).
Pourquoi on en parle si peu ? Parce que c’est « normal ». Parce que c’est « saisonnier ». Parce que « ça fait partie de la vie ».
Sauf que cette année, avec les retards, les pénuries, et les patients qui ne se vaccinent pas, ça pourrait être pire.
Le vrai problème, c’est qu’on ne prend pas la grippe au sérieux.
On la traite comme une grippe à l’eau. On ne se préoccupe pas des stocks. On ne surveille pas les délais. On attend que ça passe. Et quand ça passe mal, on s’étonne.
Sauf que cette fois, avec les retards, les hôpitaux pourraient être submergés. Avec les pénuries, les patients pourraient se faire avoir. Avec l’indifférence, on pourrait perdre des vies.
La grippe, ce n’est pas un détail. C’est un vrai risque.
Et après ?
Les vaccins arrivent en retard. Les pharmacies galèrent. Les patients râlent. Les labos s’en lavent les mains. Les autorités ferment les yeux.
Et après ?
Après, on attendra janvier. Après, on se vaccinera en masse. Après, on priera pour que la grippe ne soit pas trop méchante. Après, on recommencera l’année prochaine.
Sauf que cette fois, quelque chose a changé. Les retards, les pénuries, l’indifférence… Tout ça, ça ne peut plus durer.
Parce que si on ne fait rien, la grippe deviendra un problème bien plus gros qu’une simple saison de rhumes.
Alors oui, les vaccins arrivent en retard. Oui, les pharmacies sont dans la merde. Oui, les patients vont râler. Mais le vrai problème, c’est qu’on ne fait rien pour que ça change.
Et ça, c’est le vrai scandale.