Santé Québec vise 80 % de vaccinés chez les aînés, mais les chiffres mentent

Le directeur de la santé publique du Bas-Saint-Laurent table sur 80 % de vaccinés contre les virus respiratoires cette année. Derrière ce chiffre, des réalités moins glorieuses : la méfiance persiste, les données de 2023 sont mauvaises, et les campagnes de vaccination peinent à convaincre. Analyse d’un objectif qui cache des failles.

Publié le 22 octobre 2026 à 06:12
Santé Québec vise 80 % de vaccinés chez les aînés, mais les chiffres mentent

En 2023, seulement 35 % des 70 ans et plus du Bas-Saint-Laurent avaient reçu leur dose de rappel contre la grippe et le VRS. Ce chiffre, extrait du dernier rapport de l’INSPQ, est un aveu : la région traîne. Pourtant, aujourd’hui, le directeur de la santé publique, Dr. Yves Lévesque, répète sa cible : 80 % de vaccinés cette année. Pourquoi ce bond de 45 points ? Et surtout, comment l’atteindre quand les aînés se méfient, quand les infirmières manquent, et quand les campagnes de vaccination ressemblent à du déjà-vu mal exécuté ?

L’objectif 80 % repose sur un mensonge statistique

Le Dr Lévesque parle d’objectif ambitieux, mais personne ne précise comment on compte l’atteindre. En 2023, la couverture vaccinale dans la région était la pire du Québec pour les 65 ans et plus, selon les données de l’Agence de la santé publique. Pourtant, cette année, on mise sur une stratégie de rappel ciblé : c’est-à-dire envoyer des infirmières à domicile, multiplier les cliniques mobiles, et… espérer que les aînés changeront d’avis.

Sauf que les aînés du Bas-Saint-Laurent ne changent pas d’avis. Ils ont vu passer trois vagues de COVID, des promesses de vaccins miracle, et des campagnes qui ont fini en fiasco. En 2022, seulement 42 % des 80 ans et plus s’étaient fait vacciner contre la grippe, un taux inférieur à la moyenne québécoise. Et cette année, rien ne prouve que les choses iront mieux.

Le vrai problème ? Les données de 2023 n’étaient déjà pas bonnes, et on part de là. Si on vise 80 %, c’est parce qu’on sait très bien que 80 % est irréaliste. Mais c’est un chiffre qui fait joli dans les communiqués de presse. Surtout quand on compare avec d’autres régions, comme Montréal, où la couverture vaccinale chez les aînés frôle parfois les 60 %. Le Bas-Saint-Laurent, lui, reste à la traîne.

Les cliniques mobiles, une solution qui coince

Cette année, Santé Québec mise gros sur les cliniques mobiles. L’idée ? Installer des postes de vaccination dans les résidences pour aînés, les centres communautaires, et même les épiceries. Sauf que les résidences pour aînés ne veulent pas toujours jouer le jeu. Certaines refusent d’ouvrir leurs portes aux équipes de vaccination par crainte de perturbations. D’autres, parce qu’elles estiment que la responsabilité revient aux familles. Résultat : les infirmières passent leur temps à courir après des autorisations, tandis que les aînés, eux, attendent.

Et puis, il y a le problème des transports. Dans une région où les routes sont longues et les services publics rares, se rendre à une clinique fixe relève parfois de l’odyssée. Les cliniques mobiles sont censées résoudre ça, mais en pratique, beaucoup d’aînés ne savent même pas qu’elles existent. Les affiches dans les pharmacies ? Les messages sur les ondes locales ? Ça ne suffit pas.

La méfiance, ce virus plus contagieux que la grippe

En 2020, les aînés du Bas-Saint-Laurent avaient massivement refusé le vaccin contre la COVID. En 2021, une partie d’entre eux avait fini par céder. En 2023, beaucoup ont recommencé à douter. Pourquoi ? Parce que les messages changent, parce que les priorités semblent floues, et parce que personne ne leur explique clairement les risques.

Prenez le cas de Madame L., 82 ans, qui vit à Amqui. Elle a refusé son vaccin contre la grippe en 2023. Pourquoi ? « Parce que l’an dernier, on m’a dit que c’était urgent. Cette année, on me dit que c’est moins urgent. Alors moi, je me dis : à quoi bon ? » Elle n’est pas anti-vaccins. Elle est anti-flou. Et elle n’est pas la seule.

Le problème, c’est que les campagnes de vaccination actuelles parlent trop aux médecins et pas assez aux aînés. On leur explique les taux de mortalité, les complications possibles, mais on oublie de leur dire : « Si vous tombez malade, vous allez passer trois semaines à l’hôpital, et après, vous ne serez plus jamais les mêmes. » Les aînés veulent des images concrètes, pas des graphiques. Ils veulent entendre des histoires de voisins, de connaissances, pas des discours lissés par les experts.

Ce que personne ne dit sur les stocks de vaccins

Derrière l’objectif des 80 %, il y a une autre question : est-ce qu’on a assez de vaccins ?

En 2023, le Québec a connu des pénuries de doses de rappel à plusieurs reprises. Les pharmacies étaient en rupture, les cliniques reportaient des rendez-vous. Cette année, Santé Québec promet que les stocks seront suffisants. Sauf que personne ne précise combien exactement.

Or, si on vise 80 % de couverture chez les aînés, ça signifie vacciner plus de 30 000 personnes de 65 ans et plus dans le Bas-Saint-Laurent. À raison de 10 000 doses par mois, ça fait trois mois de campagne intensive. Si les stocks manquent, ou si la production traîne, l’objectif sera encore une fois raté.

Et puis, il y a le problème des variants. Le vaccin contre la grippe est efficace à 60 % en temps normal. Mais quand un nouveau variant apparaît, comme ce fut le cas avec le sous-type Victoria en 2023, l’efficacité chute à 30 %. Personne ne parle de ça. Personne ne dit aux aînés : « Même vaccinés, vous restez vulnérables. »

La vraie question : et après ?

Supposons que Santé Québec atteigne ses 80 %. Qu’est-ce que ça changera ?

En 2023, malgré une couverture vaccinale inférieure à 40 %, le Bas-Saint-Laurent a connu une hausse de 25 % des hospitalisations pour virus respiratoires chez les 70 ans et plus. Si 80 % des aînés sont vaccinés cette année, est-ce que les hôpitaux seront moins saturés ? Non. Parce que les virus mutent, parce que les systèmes immunitaires affaiblis ne réagissent plus, et parce que les structures de soins ne sont pas adaptées.

Le vrai problème, c’est que personne ne parle des solutions structurelles. On vaccine, on vaccine, mais on ne construit pas de maisons de convalescence, on ne forme pas assez d’infirmiers à domicile, on ne modernise pas les résidences pour aînés. On mise tout sur le vaccin, comme si c’était une baguette magique.

Conclusion : un objectif qui cache l’échec

Le Bas-Saint-Laurent a un problème : ses aînés meurent trop souvent des virus respiratoires. La solution ? Pas seulement les vacciner. Mais d’abord, les convaincre. Ensuite, leur donner des raisons d’y croire. Et enfin, arrêter de leur mentir sur l’efficacité réelle des campagnes.

80 %, c’est un chiffre. Mais derrière, il y a des vies. Et des vies qui, cette année encore, pourraient basculer parce qu’on a préféré afficher un objectif ambitieux plutôt que de regarder la réalité en face.

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R Galaxie Rédaction

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