Le Nord mosellan teste un dépistage de l’ostéoporose avant la fracture

Un nouveau parcours de prévention cible les moins de 60 ans, souvent ignorés. Mais les médecins locaux savent que ça ne suffira pas sans un vrai changement des habitudes. Voici pourquoi ce dispositif pourrait échouer, ou pas.

Publié le 22 octobre 2026 à 08:09
Le Nord mosellan teste un dépistage de l’ostéoporose avant la fracture

Un dépistage qui part du mauvais pied

Le dispositif s’appelle OsteoNord. Il vise les 40-59 ans, un public souvent négligé parce que l’ostéoporose, à cet âge-là, ça fait sourire. « À 50 ans, on pense pas aux os, on pense à la retraite ou aux enfants », résume le Dr. Laurent Vasseur, rhumatologue à Metz. Sauf que les os, justement, commencent à se fragiliser bien avant. 30 % des fractures du poignet chez les femmes de moins de 50 ans sont liées à une ostéoporose non diagnostiquée, selon l’Inserm. Et les hommes ? On en parle encore moins. Pourtant, un homme sur cinq après 50 ans aura une fracture ostéoporotique d’ici 2030, d’après les projections de la Haute Autorité de Santé (HAS).

Le problème, c’est que OsteoNord mise sur les médecins généralistes pour repérer les risques. Or, ces derniers n’ont ni le temps ni toujours les outils. « On nous demande de dépister, mais on ne nous donne pas les moyens de le faire systématiquement », lance le Dr. Sophie Martin, présidente du syndicat des médecins libéraux de Moselle. Résultat : les dossiers qui glissent entre les doigts, ce sont souvent ceux des patients qui n’ont pas encore mal. Ceux qui croient encore que l’ostéoporose, c’est une histoire de vieilles dames voûtées.

Et puis, il y a le coût. Une ostéodensitométrie (le scan qui mesure la densité osseuse) coûte entre 40 et 70 euros. Qui va payer ? Les mutuelles ? Les patients ? Les hôpitaux, déjà saturés ? Personne ne veut assumer. À Metz, l’hôpital local a accepté de prendre en charge une partie des examens pour les patients à risque avéré. Mais c’est une goutte d’eau. « On fait ce qu’on peut, mais si on ne change pas les règles du jeu, ça restera une action locale, pas une solution », estime le Pr. Dubois, chef du service de rhumatologie.

Ce qui cloche dans le parcours des moins de 60 ans

Le vrai nœud, c’est que les campagnes de prévention visent surtout les femmes ménopausées. Or, les moins de 60 ans sont un casse-tête :

  • Les femmes : Leur pic de risque commence dans la quarantaine, avec la baisse d’œstrogènes liée à l’âge ou à l’arrêt de la pilule. Mais elles ne se sentent pas concernées. « Je vois des patientes de 45 ans qui me disent : Docteur, je fais du sport, je mange équilibré, pourquoi je devrais me faire scanner ? » Le Dr. Vasseur soupire. Pourtant, c’est à cet âge-là que les os perdent 1 à 2 % de leur densité par an.

  • Les hommes : On les oublie. Pourtant, 1 homme sur 3 aura une fracture liée à l’ostéoporose après 50 ans, selon l’OMS. Sauf que les hommes ne vont pas chez le médecin pour des douleurs sourdes. Ils attendent la fracture. Et là, c’est trop tard.

  • Les jeunes actifs : Ceux qui croient que « ça, c’est pour les vieux ». Pourtant, les fractures de fatigue chez les sportifs de 30-40 ans (coureurs, haltérophiles) révèlent parfois une ostéoporose précoce, souvent liée à un déséquilibre hormonal ou à une mauvaise alimentation.

Le parcours OsteoNord propose des fiches de dépistage simplifiées pour les généralistes, avec des seuils d’alerte. Mais sans obligation de prescription, ça reste du volontarisme. « On peut leur envoyer des fiches, mais si le médecin n’a pas 10 minutes à consacrer à ce sujet, ça ne servira à rien », martèle le Dr. Martin.

Pourquoi ce dispositif pourrait (enfin) marcher, ou pas

Il y a deux façons de voir les choses.

Version optimiste : Ce parcours est une première. Personne n’avait osé cibler les 40-59 ans comme ça. Si ça marche en Moselle, d’autres régions pourraient suivre. Les outils existent :

  • Les questionnaires de risque (comme celui de l’OMS, qui évalue en 5 minutes si un patient a un risque élevé).
  • Les marqueurs sanguins (comme la protéine CTX, qui indique le turnover osseux).
  • La télémédecine pour suivre les patients à distance, surtout dans les zones rurales où les rhumatologues manquent.

Version réaliste : Ça va se heurter à trois murs.

  1. Le temps médical. Un généraliste a 8 minutes par patient en moyenne. Expliquer l’ostéoporose précoce, évaluer les risques, prescrire un scan… « On est déjà en retard sur le diabète et l’hypertension, alors l’os, vous pensez ? »

  2. L’argent. Si les mutuelles refusent de prendre en charge les examens, qui paiera ? L’Assurance Maladie ? Avec les déserts médicaux et les hôpitaux en crise, personne n’a envie de rajouter une dépense.

  3. La culture du risque. Les Français attendent d’avoir mal pour agir. « Tant que je ne me casse pas un os, je ne vois pas l’intérêt », c’est la mentalité. Pourtant, une fracture ostéoporotique chez une personne de moins de 60 ans augmente de 80 % le risque d’une nouvelle fracture dans les 5 ans, d’après une étude de l’Université de Californie.

Ce que personne ne dit vraiment

Le vrai problème, c’est que l’ostéoporose précoce est un symptôme d’un système qui dysfonctionne.

  • Les femmes : On leur parle ménopause = hormones = os fragiles. Mais on ignore que l’alimentation, le tabac, l’alcool et même le stress chronique jouent un rôle bien avant la ménopause.
  • Les hommes : On les traite comme s’ils étaient immunisés. Pourtant, les fractures masculines sont plus graves (plus de complications, plus de décès).
  • Les jeunes : On leur vend du sport intensif sans leur expliquer les risques. « Je vois des jeunes de 25 ans avec des fractures vertébrales à cause du crossfit mal encadré », raconte une kiné de Thionville. L’ostéoporose, ça peut commencer par une mauvaise hygiène de vie.

OsteoNord est une bonne idée. Mais c’est une goutte d’eau dans un océan de négligence.

Alors, ça va changer quoi ?

Probablement pas grand-chose, si on ne force pas le système.

  • Il faudrait des campagnes choc : Pas « Pensez à vos os », mais « À 40 ans, vos os commencent à se fragiliser. Voici comment les sauver ». Avec des chiffres qui font peur : 1 femme sur 2, 1 homme sur 3.
  • Il faudrait des examens remboursés à 100 % pour les 40-59 ans à risque, comme le sont les mammographies pour le cancer du sein.
  • Il faudrait former les kinés et les coachs sportifs à repérer les signes avant-coureurs (douleurs sourdes, perte de taille, fractures inexpliquées).

Sans ça, OsteoNord restera un beau projet local. Utile, mais insuffisant.

La vraie question, c’est : est-ce qu’on veut vraiment dépister l’ostéoporose avant la fracture ? Ou est-ce qu’on préfère attendre que les gens tombent pour réagir ?

*(Et vous, vous vous êtes déjà fait scanner les os ?)

R
R Galaxie Rédaction

ARTICLES SIMILAIRES

Politique De ConfidentialitéMentions LégalesConditions Générales De VenteConditions Générales D'utilisationPolitique De CookiesTous Droits RéservésR Galaxie