La tournée vaccinale reprend, mais les désistements restent un fléau

Les bus M ta santé sillonnent à nouveau la ville, mais les rendez-vous non honorés frôlent les 30 % dans certains quartiers. Pourquoi cette campagne peine-t-elle à convaincre ? Et surtout, qui en paie le prix fort ?

Publié le 25 septembre 2026 à 10:15
La tournée vaccinale reprend, mais les désistements restent un fléau

Le bus s’est garé devant le centre social de la Butte-aux-Cailles, comme les autres fois. Mais cette fois, l’affichage est différent. Plus de flèches indiquant les salles de vaccination, plus de smileys sur les flyers. Juste un panneau : « Dernière chance avant l’hiver ». Une mise en garde, pas une promesse. Depuis le redémarrage de la tournée mobile M ta santé, les équipes ont remarqué un détail qui les agace : les désistements. Pas ceux de la dernière minute, non. Ceux qui s’accumulent, méthodiques, comme si une partie des habitants avait décidé de jouer avec le système. Selon les chiffres internes de l’ARS Île-de-France, 28 % des créneaux réservés en ligne n’ont pas abouti en octobre, contre 15 % avant le premier confinement. Un taux qui grimpe à 32 % dans les quartiers prioritaires. « On a l’impression que certains considèrent la vaccination comme une option, pas comme une obligation », lâche une infirmière de l’unité mobile, sous couvert d’anonymat. Elle n’a pas tort : les données du ministère de la Santé montrent que les inégalités d’accès persistent, avec un taux de couverture vaccinale de 68 % dans les zones aisées contre 42 % dans les quartiers populaires. La tournée mobile, censée combler ce fossé, se heurte à un mur : la défiance, mais pas seulement. Il y a aussi la lassitude. « Après deux ans de discours contradictoires, beaucoup ont baissé les bras », analyse un médecin libéral du 18e arrondissement. Il cite en exemple les messages changés en cours de route : d’abord « la vaccination sauve des vies », puis « c’est facultatif », puis « c’est obligatoire pour les soignants ». « Comment voulez-vous qu’on fasse confiance à quelque chose qui n’a pas de ligne claire ? » La tournée mobile, elle, a une ligne : elle passe. Mais son efficacité dépend de facteurs bien plus larges que sa simple présence physique. Le problème, c’est que personne ne veut en assumer la responsabilité.

Les créneaux qui se libèrent sans explication

Le bus avance, quart d’heure après quart d’heure. À chaque arrêt, le même scénario : une file d’attente devant la tente blanche, des visages fermés, des regards fuyants. « Vous avez votre rendez-vous ? » demande l’agente d’accueil. « Oui, mais je ne viens pas », répond un homme en retrait, sans même lever les yeux. « Pourquoi ? » « Parce que je l’ai déjà dit : je ne me fais pas piquer. » Point. Pas de débat, pas d’explication. Juste un refus catégorique. Ces désistements silencieux sont le vrai poison de la campagne. Ils libèrent des créneaux, mais ils ne remplacent pas les réticents. Pire : ils donnent l’impression d’un système qui tourne à vide. « On a des plages horaires entières qui restent vides, alors qu’il y a des gens qui attendent depuis des mois », s’énerve une logistique de l’unité mobile. Le paradoxe ? Les désistements sont plus élevés chez les 25-34 ans et les 55-64 ans, deux tranches d’âge où la vaccination est pourtant recommandée, voire obligatoire pour certains métiers. « Les jeunes pensent que c’est pour les vieux, et les vieux pensent que c’est trop tard », résume un épidémiologiste de l’Institut Pasteur. Entre les deux, un vide. Un vide que la tournée mobile ne peut pas combler seule. Elle dépend des mairies pour la communication, des ARS pour les stocks de doses, et des citoyens pour se présenter. Si l’un des maillons lâche, tout s’effondre.

Le vrai coût des désistements : l’hiver qui vient

Pourtant, les arguments manquent pas. « Un rappel, c’est trois heures de protection en plus contre le Covid, et ça évite les formes graves », rappelle le Dr. Sophie Martin, infectiologue à l’hôpital Cochin. Mais la communication officielle peine à percer. « On nous parle de variant, de sous-variant, mais jamais des conséquences concrètes », critique une mère de famille du 13e arrondissement, venue chercher des informations pour son enfant. « Moi, ce que je veux savoir, c’est : est-ce que mon gamin va pouvoir aller à la cantine sans masque l’année prochaine ? » Réponse : « On ne sait pas. » Ce flou alimenté par les désistements crée un cercle vicieux. Moins de gens se vaccinent, plus les variants circulent, plus les restrictions reviennent. Et plus les gens se braquent. « C’est comme une guerre froide : personne ne veut céder le premier », compare un responsable syndical des hôpitaux parisiens. L’enjeu n’est plus seulement sanitaire, mais politique. Les maires des quartiers défavorisés se retrouvent pris entre deux feux : ceux qui les accusent de ne pas assez communiquer, et ceux qui les traitent de « flics de la santé » quand ils organisent des campagnes ciblées. « On est dans une impasse », admet un adjoint au maire de Saint-Denis. « Soit on force la main, soit on laisse faire. Les deux options ont un prix. »

Ce que la tournée mobile ne dit pas

Il y a un détail que les affiches de la tournée mobile ne mentionnent jamais : les doses qui ne sont pas utilisées parce que les gens ne se présentent pas. Selon un rapport interne de l’ARS, 12 % des flacons ouverts dans les unités mobiles restent inutilisés en fin de journée. Un gaspillage qui coûte cher, environ 200 euros par flacon non injecté, mais aussi une perte de crédibilité. « Quand on voit des doses jeter, ça donne l’impression que l’État s’en fiche », note une pharmacienne du 20e arrondissement. La tournée mobile est un outil, pas une solution. Elle permet de vacciner sur place, mais elle ne résout pas le problème de fond : la méfiance envers les institutions. Et cette méfiance, elle ne se soigne pas avec des bus et des infirmières souriantes. Il faudrait des explications claires, des responsabilités assumées, et peut-être même des sanctions pour les désistements répétés. « Aujourd’hui, on propose, on ne impose pas », rappelle un communiqué de l’ARS. Traduction : « On fait avec ce qu’on a. » Mais quand on a affaire à une épidémie, faire avec ce qu’on a, ce n’est pas assez.

L’hiver arrive, et personne ne veut en parler

Les prochains arrêts de la tournée mobile sont fixés : la semaine prochaine, ce sera au tour des quartiers de Bercy, de la Goutte d’Or, et des Hauts-de-Belleville. Les équipes ont préparé des flyers, des animations, des lots à gagner. « On fait ce qu’on peut », répète-t-on de tous côtés. Mais ce qu’on peut, ce n’est pas suffisant.

L’hiver arrive. Avec lui, les variants, les formes graves, et peut-être une nouvelle vague de restrictions. La tournée mobile passera encore, encore, et encore. Elle vaccinera ceux qui veulent l’être. Mais elle ne changera rien à l’essentiel : la vaccination reste un choix, et ce choix a un prix. Un prix que paieront ceux qui, une fois de plus, se retrouveront à l’hôpital, masqués, isolés, en se demandant pourquoi personne n’a su les convaincre avant.

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R Galaxie Rédaction

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