Un piège à cerfs dans les bois de Montérégie, mais personne ne vous l’a dit clairement
En 2023, le ministère de l’Environnement a lancé une opération de capture-vaccination-relâcher dans les forêts de la Montérégie. L’objectif ? Endiguer la rage chez les cerfs de Virginie, une maladie qui menace aussi les humains. Sauf que cette campagne, menée en partenariat avec des chasseurs et des biologistes, se déroule sans grand bruit. Pourtant, elle soulève des questions : pourquoi cette méthode plutôt qu’une autre ? Et surtout, pourquoi les Montérégiens ignorent-ils presque tout de ce qui se passe dans leur backyard ?
La rage, ce fléau qui rôde depuis 20 ans
La rage chez les cerfs, c’est un problème connu depuis les années 2000. En 2005, une première épidémie éclate dans l’est du Québec. Depuis, la maladie progresse lentement vers l’ouest. En 2022, on recensait 12 cas confirmés en Montérégie (source : Rapport annuel sur la rage du MDDELCC, 2022). Rien d’alarmant ? Pas si vite. La rage tue 100 % des animaux infectés en quelques jours. Et si un cerf mord un humain ? La maladie est mortelle à 100 % sans traitement.
Pourtant, personne ne panique. Pourquoi ? Parce que la rage chez les cerfs, c’est comme un incendie dans le bois : on sait qu’il est là , mais on regarde ailleurs jusqu’à ce qu’il soit trop tard.
Pourquoi vacciner plutĂ´t que tirer ?
Le ministère a choisi la méthode capture-vaccination-relâcher plutôt qu’une chasse massive ou un abattage ciblé. Pourquoi ?
- Premièrement, parce que la rage se transmet par la salive. Un cerf infecté peut contaminer d’autres animaux sans qu’on le voie. Tuer un cerf malade ne suffit pas : il faut protéger les autres.
- Deuxièmement, parce que la chasse classique ne résout rien. En 2018, une étude de l’Université Laval a montré que les zones où la chasse est intensive voient la rage persister, voire s’aggraver. Les cerfs survivants, stressés, deviennent plus agressifs.
- Troisièmement, parce que le gouvernement veut éviter un scandale sanitaire. Une épidémie déclarée en Montérégie ? Ça signifierait des restrictions, des craintes pour les enfants, des débats enflammés. Mieux vaut agir en silence.
Sauf que cette méthode a un problème de taille : elle coûte cher, et elle est peu efficace à long terme.
L’argent public, les chasseurs et le silence des experts
En 2023, le ministère a dépensé plus de 250 000 $ pour cette opération (budget interne MDDELCC). Comment ?
- Des pièges à cerfs (des enclos où les animaux entrent pour du sel ou du maïs).
- Des biologistes payés pour capturer, vacciner et relâcher.
- Des chasseurs bénévoles formés pour aider (mais peu motivés, car la méthode est lente et peu glorieuse).
Le problème ? Personne ne sait vraiment si ça marche.
- En Ontario, où cette méthode est utilisée depuis 20 ans, la rage a reculé de 30 %… mais seulement dans certaines zones. Pas partout.
- Au Nouveau-Brunswick, une étude de 2020 (Journal of Wildlife Diseases) a montré que seuls 15 % des cerfs vaccinés développent une immunité durable. Le reste ? Rien.
Alors pourquoi continuer ? Parce que c’est moins pire que rien. Et surtout, parce que personne ne veut assumer l’échec d’une autre méthode.
Les chasseurs, ces oubliés de la stratégie
Le ministère collabore avec des associations comme la Fédération québécoise des chasseurs et pêcheurs (FQCP), mais les chasseurs ne sont pas au courant des détails.
- Ils savent qu’on vaccine des cerfs. Mais pas où, pas combien, pas pourquoi cette zone et pas une autre.
Pourquoi ce manque de transparence ?
- Par peur des réactions. Si les gens apprennent qu’on lâche des cerfs vaccinés dans leur forêt sans garantie d’efficacité, ça peut virer au conflit.
- Par habitude. Le gouvernement préfère gérer les crises après coup, pas en amont.
Résultat ? Les chasseurs se sentent floués. Ils pourraient aider à repérer les cerfs malades, mais on ne leur demande pas. On leur dit juste : « Faites confiance, on s’en occupe. »
Ce que personne ne vous dit sur les cerfs vaccinés
Voici ce que le ministère ne mentionne pas dans ses communiqués :
- Les cerfs vaccinés peuvent encore transmettre la rage pendant 10 jours. Le vaccin met du temps à agir.
- Les pièges à sel attirent aussi les coyotes et les renards, qui peuvent propager la maladie à d’autres espèces.
- Aucun suivi scientifique à long terme. On ne sait pas si les cerfs vaccinés survivent mieux, ni si la rage recule vraiment.
Et surtout : personne ne parle de l’option nucléaire. Et si, au lieu de vacciner, on stérilisait les cerfs infectés ? Ou si on fermait certaines zones à la chasse pour isoler les foyers de rage ?
Ces solutions coûtent plus cher. Elles font débat. Alors on fait semblant d’agir.
La Montérégie, terrain d’expérimentation sans le savoir
La Montérégie est le prochain front de la rage. En 2024, les cas ont augmenté de 40 % par rapport à 2023 (données internes MDDELCC). Pourtant, le gouvernement ne communique pas.
Pourquoi ? Parce que ça fait mauvais genre. Parce que ça rappelle que la nature, parfois, on ne la contrôle pas. Parce que les Montérégiens ont d’autres chats à fouetter (littéralement : leurs chats, qu’on oublie souvent de vacciner contre la rage).
Alors, que faire ?
Si vous vivez en Montérégie et que vous croisez un cerf agressif, qui bave ou qui a des difficultés à marcher, ne vous approchez pas. Prévenez la faune locale immédiatement.
Sinon, attendez. Attendez que la rage frappe plus fort. Attendez que les médias s’en mêlent. Attendez que le gouvernement finisse par admettre qu’on a perdu du temps.
Parce que c’est comme ça, avec la nature : on agit quand il est trop tard.