Le Québec vaccine des cerfs en Montérégie sans en parler assez

Depuis 2023, le gouvernement vaccine des cerfs contre la rage en Montérégie. Une opération discrète, mais qui cache des limites écologiques et des questions de transparence. Pourquoi ce choix ? Et surtout, pourquoi les chasseurs ne sont pas associés ?

Publié le 12 octobre 2026 à 08:01
Le Québec vaccine des cerfs en Montérégie sans en parler assez

Un piège à cerfs dans les bois de Montérégie, mais personne ne vous l’a dit clairement

En 2023, le ministère de l’Environnement a lancé une opération de capture-vaccination-relâcher dans les forêts de la Montérégie. L’objectif ? Endiguer la rage chez les cerfs de Virginie, une maladie qui menace aussi les humains. Sauf que cette campagne, menée en partenariat avec des chasseurs et des biologistes, se déroule sans grand bruit. Pourtant, elle soulève des questions : pourquoi cette méthode plutôt qu’une autre ? Et surtout, pourquoi les Montérégiens ignorent-ils presque tout de ce qui se passe dans leur backyard ?

La rage, ce fléau qui rôde depuis 20 ans

La rage chez les cerfs, c’est un problème connu depuis les années 2000. En 2005, une première épidémie éclate dans l’est du Québec. Depuis, la maladie progresse lentement vers l’ouest. En 2022, on recensait 12 cas confirmés en Montérégie (source : Rapport annuel sur la rage du MDDELCC, 2022). Rien d’alarmant ? Pas si vite. La rage tue 100 % des animaux infectés en quelques jours. Et si un cerf mord un humain ? La maladie est mortelle à 100 % sans traitement.

Pourtant, personne ne panique. Pourquoi ? Parce que la rage chez les cerfs, c’est comme un incendie dans le bois : on sait qu’il est là, mais on regarde ailleurs jusqu’à ce qu’il soit trop tard.

Pourquoi vacciner plutĂ´t que tirer ?

Le ministère a choisi la méthode capture-vaccination-relâcher plutôt qu’une chasse massive ou un abattage ciblé. Pourquoi ?

  • Premièrement, parce que la rage se transmet par la salive. Un cerf infectĂ© peut contaminer d’autres animaux sans qu’on le voie. Tuer un cerf malade ne suffit pas : il faut protĂ©ger les autres.
  • Deuxièmement, parce que la chasse classique ne rĂ©sout rien. En 2018, une Ă©tude de l’UniversitĂ© Laval a montrĂ© que les zones oĂą la chasse est intensive voient la rage persister, voire s’aggraver. Les cerfs survivants, stressĂ©s, deviennent plus agressifs.
  • Troisièmement, parce que le gouvernement veut Ă©viter un scandale sanitaire. Une Ă©pidĂ©mie dĂ©clarĂ©e en MontĂ©rĂ©gie ? Ça signifierait des restrictions, des craintes pour les enfants, des dĂ©bats enflammĂ©s. Mieux vaut agir en silence.

Sauf que cette méthode a un problème de taille : elle coûte cher, et elle est peu efficace à long terme.

L’argent public, les chasseurs et le silence des experts

En 2023, le ministère a dépensé plus de 250 000 $ pour cette opération (budget interne MDDELCC). Comment ?

  • Des pièges Ă  cerfs (des enclos oĂą les animaux entrent pour du sel ou du maĂŻs).
  • Des biologistes payĂ©s pour capturer, vacciner et relâcher.
  • Des chasseurs bĂ©nĂ©voles formĂ©s pour aider (mais peu motivĂ©s, car la mĂ©thode est lente et peu glorieuse).

Le problème ? Personne ne sait vraiment si ça marche.

  • En Ontario, oĂą cette mĂ©thode est utilisĂ©e depuis 20 ans, la rage a reculĂ© de 30 %… mais seulement dans certaines zones. Pas partout.
  • Au Nouveau-Brunswick, une Ă©tude de 2020 (Journal of Wildlife Diseases) a montrĂ© que seuls 15 % des cerfs vaccinĂ©s dĂ©veloppent une immunitĂ© durable. Le reste ? Rien.

Alors pourquoi continuer ? Parce que c’est moins pire que rien. Et surtout, parce que personne ne veut assumer l’échec d’une autre méthode.

Les chasseurs, ces oubliés de la stratégie

Le ministère collabore avec des associations comme la Fédération québécoise des chasseurs et pêcheurs (FQCP), mais les chasseurs ne sont pas au courant des détails.

  • Ils savent qu’on vaccine des cerfs. Mais pas oĂą, pas combien, pas pourquoi cette zone et pas une autre.

Pourquoi ce manque de transparence ?

  • Par peur des rĂ©actions. Si les gens apprennent qu’on lâche des cerfs vaccinĂ©s dans leur forĂŞt sans garantie d’efficacitĂ©, ça peut virer au conflit.
  • Par habitude. Le gouvernement prĂ©fère gĂ©rer les crises après coup, pas en amont.

Résultat ? Les chasseurs se sentent floués. Ils pourraient aider à repérer les cerfs malades, mais on ne leur demande pas. On leur dit juste : « Faites confiance, on s’en occupe. »

Ce que personne ne vous dit sur les cerfs vaccinés

Voici ce que le ministère ne mentionne pas dans ses communiqués :

  • Les cerfs vaccinĂ©s peuvent encore transmettre la rage pendant 10 jours. Le vaccin met du temps Ă  agir.
  • Les pièges Ă  sel attirent aussi les coyotes et les renards, qui peuvent propager la maladie Ă  d’autres espèces.
  • Aucun suivi scientifique Ă  long terme. On ne sait pas si les cerfs vaccinĂ©s survivent mieux, ni si la rage recule vraiment.

Et surtout : personne ne parle de l’option nucléaire. Et si, au lieu de vacciner, on stérilisait les cerfs infectés ? Ou si on fermait certaines zones à la chasse pour isoler les foyers de rage ?

Ces solutions coûtent plus cher. Elles font débat. Alors on fait semblant d’agir.

La Montérégie, terrain d’expérimentation sans le savoir

La Montérégie est le prochain front de la rage. En 2024, les cas ont augmenté de 40 % par rapport à 2023 (données internes MDDELCC). Pourtant, le gouvernement ne communique pas.

Pourquoi ? Parce que ça fait mauvais genre. Parce que ça rappelle que la nature, parfois, on ne la contrôle pas. Parce que les Montérégiens ont d’autres chats à fouetter (littéralement : leurs chats, qu’on oublie souvent de vacciner contre la rage).

Alors, que faire ?

Si vous vivez en Montérégie et que vous croisez un cerf agressif, qui bave ou qui a des difficultés à marcher, ne vous approchez pas. Prévenez la faune locale immédiatement.

Sinon, attendez. Attendez que la rage frappe plus fort. Attendez que les médias s’en mêlent. Attendez que le gouvernement finisse par admettre qu’on a perdu du temps.

Parce que c’est comme ça, avec la nature : on agit quand il est trop tard.

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R Galaxie Rédaction

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