Le vaccin contre le zona, un bouclier contre les crises cardiaques ?
En 2023, une étude publiée dans The New England Journal of Medicine a secoué les certitudes : chez les plus de 65 ans vaccinés contre le zona, les risques de crise cardiaque baissaient de 9 % sur cinq ans. Neuf pour cent. Un chiffre qui claque. Pourtant, en Suisse, où la recommandation vaccinale est déjà en place depuis 2018, personne ne s’en vante. Pas de campagne médiatique, pas de slogan accrocheur. Juste un silence gêné, comme si on avait peur d’en dire trop.
Pourtant, le virus du zona, c’est l’ennemie invisible de beaucoup de seniors. Il dort depuis l’enfance, tapie dans les nerfs, et resurgit un jour sous forme de douleurs atroces, de vésicules sur la peau, parfois de complications graves. Mais ce que l’étude américaine révèle, c’est bien plus large : ce vaccin, développé par GSK sous le nom Shingrix, ne protège pas seulement contre les poussées de zona. Il semble aussi réduire l’inflammation chronique, ce facteur méconnu mais bien réel qui use les artères et favorise les infarctus.
Pourquoi les autorités suisses ne crient-elles pas victoire ?
Parce que la science, parfois, avance à pas feutrés. Le lien entre zona et maladies cardiovasculaires n’est pas nouveau. Dès 2015, des chercheurs suédois avaient observé que les patients ayant eu un zona présentaient un risque accru de 30 % d’infarctus dans l’année qui suit. Mais personne ne s’était alors penché sur l’effet préventif du vaccin. Jusqu’à cette étude américaine, menée sur 38 000 participants, dont les résultats ont été confirmés par une méta-analyse publiée en 2022 dans JAMA Internal Medicine.
Et pourtant, en Suisse, l’Office fédéral de la santé publique (OFSP) se montre extrêmement prudent. Dans ses recommandations, le vaccin est présenté comme une mesure contre le zona, point. Pas un mot sur les bénéfices cardiovasculaires. Pourquoi ?
La réponse tient en deux mots : preuve insuffisante.
Oui, les chiffres sont là . Oui, la corrélation semble solide. Mais pour l’OFSP, un vaccin ne se prescrit pas sur des indices. Il faut des mécanismes biologiques clairs, des essais cliniques ciblés, une causalité démontrée. Or, personne n’a encore expliqué pourquoi ce vaccin, qui cible un virus, agirait sur les artères. Est-ce l’effet indirect d’une réduction de l’inflammation ? Une baisse du stress oxydatif ? Ou simplement une coïncidence statistique ?
Le vrai problème, c’est l’argent.
Le vaccin Shingrix coûte 200 francs la dose en Suisse. Deux doses sont nécessaires. Soit 400 francs pour un senior qui, sans ça, pourrait très bien ne pas avoir d’infarctus. Dans un système de santé où chaque franc est compté, où les assurances négocient âprement les tarifs, ajouter une indication cardiovasculaire reviendrait à multiplier les prescriptions. Et donc les coûts.
Or, les études épidémiologiques coûtent cher. Beaucoup plus cher que de laisser les choses en l’état. Résultat : personne ne finance les recherches nécessaires pour trancher. Les laboratoires ? Ils ont déjà leur vaccin, ils n’ont pas intérêt à le repositionner. Les États ? Ils préfèrent attendre. Les assurances ? Elles calculent.
Ce que ça change pour vous, aujourd’hui.
Si vous avez plus de 65 ans et que vous hésitez encore à vous faire vacciner contre le zona, sachez une chose : vous ne perdrez rien à le faire. Même si l’OFSP ne le dit pas, les données disponibles suggèrent que le bénéfice cardiovasculaire existe. Peut-être pas chez tout le monde, peut-être pas de manière spectaculaire, mais 9 % de moins de crises cardiaques, c’est 9 % de moins de souffrances, d’hospitalisations, de médicaments.
Le vrai risque, c’est de ne pas se faire vacciner. Parce que le zona, lui, ne ment pas. Il frappe sans prévenir, laisse des séquelles douloureuses, et peut même mener à des complications oculaires ou neurologiques. Quant aux bénéfices cardiovasculaires ? Ils restent une promesse en suspens. Une promesse que personne ne conteste, mais que personne n’ose encore crier sur les toits.
Ce qui se joue derrière les chiffres.
Derrière cette histoire, il y a une question plus large : comment la science se décide-t-elle à agir ? Quand une piste est trop intéressante pour être ignorée, mais pas assez solide pour être adoptée ? Quand les bénéfices potentiels sont réels, mais les coûts politiques trop lourds ?
En Suisse, on vaccine contre le zona. Mais on ne dit pas assez que ce vaccin pourrait aussi sauver des vies. Parce que parler de santé cardiovasculaire, c’est parler de budgets, de priorités, de choix difficiles. Et parfois, le silence vaut mieux qu’un cri.
Pourtant, une chose est sûre.
Si demain une nouvelle étude confirme le lien entre Shingrix et la réduction des infarctus, les recommandations changeront. Les assurances réévalueront leurs prises en charge. Les médecins prescriront plus. Mais d’ici là ? À vous de jouer. Si vous avez 65 ans ou plus, et que votre médecin ne vous en a pas parlé, posez-lui la question. Pas pour le zona. Pour votre cœur.
Le dernier mot : une zone d’ombre qui persiste.
Une étude américaine, une méta-analyse, des chiffres qui parlent. Mais aucune preuve définitive. Aucune explication claire. Juste une intuition : et si, en vaccinant contre le zona, on vaccinait aussi contre une partie de notre vieillesse ?
La réponse, pour l’instant, reste entre les mains des chercheurs. Et des assureurs.