Le vaccin antituberculeux révolutionnera la santé mondiale dès 2029.

D’ici 2050, 7,3 millions de vies pourraient être sauvés grâce à de nouveaux vaccins contre la tuberculose. Mais les pays riches regardent ailleurs. Voici pourquoi cette révolution médicale pourrait échouer.

Publié le 15 septembre 2026 à 22:12
Le vaccin antituberculeux révolutionnera la santé mondiale dès 2029.

La tuberculose, ce vieux fantôme qui ne veut pas mourir

En 2022, 1,6 million de personnes sont mortes de la tuberculose. Un mort toutes les 20 secondes. Un chiffre qui stagne depuis des années, malgré les traitements. Pourquoi ? Parce que le vaccin actuel, le BCG, date de 1921. Oui, vous avez bien lu. 102 ans. Il protège à peine les enfants, et à peine. Les adultes ? Presque rien. Résultat : la bactérie, Mycobacterium tuberculosis, a eu le temps de s’adapter, de devenir résistante. Aujourd’hui, 400 000 cas de tuberculose multirésistante par an. Un cauchemar. Et pourtant, personne ne panique. Pas comme avec le Covid, où les labos se sont battus comme des chiens pour un vaccin en six mois. Là, on attend 2029. Pourquoi cette différence ?

Parce que la tuberculose, c’est la maladie des pauvres. Elle tue surtout en Afrique, en Asie du Sud-Est, dans les pays où les systèmes de santé sont à genoux. Les labos n’ont pas intérêt à se presser. Les gouvernements non plus. 135 milliards de dollars, c’est joli sur le papier, mais ça se répartit sur 20 ans, dans des pays où l’argent public se volatilise avant d’arriver aux malades. Alors on tergiverse. On attend. On fait semblant d’y croire.

Mais cette fois, c’est différent.

Les nouveaux vaccins en développement ne sont pas des copier-coller du BCG. Il y a M72/AS01E, développé par le géant GlaxoSmithKline (GSK) en partenariat avec l’Institut de recherche en santé du Canada. Il a montré une efficacité de 50 % chez les adultes infectés par le VIH dans un essai en Afrique du Sud. 50 %. Pas mal pour un vaccin contre une bactérie qui résiste à tout. Et puis il y a H4:IC31, testé par la société néerlandaise Valneva. Moins avancé, mais prometteur. Et VPM1002, développé par Serum Institute of India, qui mise sur une approche différente : un vaccin qui pourrait remplacer le BCG, pas juste le compléter.

Le problème ? Aucun de ces vaccins n’est encore approuvé. Les essais cliniques traînent. Les régulateurs hésitent. Et les pays riches, eux, regardent ailleurs. La tuberculose, ça ne les concerne pas. Pas directement, en tout cas. Pourtant, si ces vaccins marchent, ils pourraient aussi protéger les populations âgées et fragiles en Europe et en Amérique du Nord, où la maladie refait surface, portée par l’immigration et la résistance aux antibiotiques.

Mais personne n’en parle.

Le piège des promesses non tenues

Gavi, l’Alliance du vaccin, a sorti son rapport comme une bombe. 7,3 millions de vies sauvés. 135 milliards de dollars. Des chiffres qui feraient rêver n’importe quel ministre de la Santé. Sauf que… personne ne sait vraiment comment on va y arriver.

D’abord, il faut que ces vaccins passent les tests. Ensuite, il faut les produire à grande échelle. Et enfin, il faut les distribuer dans des pays où les chaînes du froid n’existent pas, où les médecins manquent, où la méfiance envers les vaccins est légendaire.

Prenez le cas de l’Afrique du Sud, où le taux de tuberculose est parmi les plus élevés au monde. En 2022, 270 000 nouveaux cas, 50 000 morts. Le gouvernement a bien lancé un programme de vaccination avec le BCG pour les nourrissons, mais l’adhésion est faible. Seulement 80 % des enfants sont vaccinés, et dans certaines zones rurales, ça tombe à 50 %. Ajoutez à ça la résistance aux médicaments, et vous avez une bombe à retardement.

Alors oui, les nouveaux vaccins pourraient changer la donne. Mais seulement si on les utilise. Et là, c’est le vrai défi. Parce que vacciner contre la tuberculose, ce n’est pas comme vacciner contre la polio. Ça ne se fait pas en une injection dans une école. Ça demande des campagnes massives, des infrastructures, de l’argent. Et surtout, une volonté politique.

Or, les pays riches ne veulent pas payer. Les pays pauvres ne peuvent pas. Et les labos ? Ils attendent que le marché soit mûr. Sauf que le marché, pour la tuberculose, ça n’existe pas. Pas assez rentable. Pas assez médiatisé. Pas assez urgent.

Pourtant, l’urgence est là.

En 2021, pour la première fois depuis des décennies, le nombre de morts de tuberculose a augmenté. +4,5 % en un an. La pandémie a tout déréglé : les hôpitaux saturés, les diagnostics retardés, les traitements interrompus. La tuberculose a profité du chaos. Et maintenant, elle est de retour. Plus forte. Plus résistante.

Alors pourquoi personne ne bouge ?

Parce que la tuberculose, c’est la maladie des autres. Celle qu’on voit à la télé, dans des reportages sur la famine ou les guerres. Pas celle qui frappe à notre porte. Pourtant, si on ne fait rien, elle reviendra. Sous une autre forme. Plus meurtrière. Plus insidieuse.

Le vrai scandale, ce n’est pas l’absence de vaccin. C’est l’absence de pression.

Imaginez : un médicament qui pourrait sauver 7,3 millions de vies, et personne ne s’en soucie. Pas les ONG, pas les gouvernements, pas les médias. Pourquoi ? Parce que la tuberculose, c’est la maladie des pauvres. Et les pauvres, ça ne fait pas vendre de journaux. Ça ne fait pas monter les audiences. Ça ne fait pas peur aux actionnaires.

Mais ça devrait.

Ce que les labos ne vous diront jamais

GlaxoSmithKline, Valneva, Serum Institute… Ces noms, vous les connaissez. GSK, c’est le géant britannique qui a mis au point le vaccin contre le Covid avec Sanofi. Valneva, la petite pépite française qui a frôlé la faillite avant de rebondir avec un vaccin contre la peste. Serum Institute, l’usine à vaccins indienne qui fournit la moitié de la planète.

Tous les trois misent sur la tuberculose. Pourquoi ? Parce que le marché est là. Pas demain, pas dans cinq ans, mais d’ici 2030, si les essais aboutissent. Et surtout, parce que les pays riches vont finir par s’intéresser au problème. Quand les souches résistantes commenceront à circuler en Europe, quand les avions et les frontières ne protégeront plus personne, la tuberculose deviendra une menace globale.

Alors oui, ces labos ont un intérêt. Mais pas celui qu’on croit.

Ce qu’ils veulent, ce n’est pas juste vendre des vaccins. C’est éviter un nouveau Covid. Une maladie qui s’installe, qui devient ingérable, qui coûte des milliers de milliards en soins et en pertes économiques. La tuberculose, aujourd’hui, c’est l’arbre qui cache la forêt. Si on ne la maîtrise pas maintenant, elle reviendra sous une autre forme. Plus dangereuse. Plus chère à éradiquer.

Le vrai problème, ce n’est pas le manque de vaccins. C’est le manque de pression.

Pourquoi les régulateurs traînent-ils ? Parce que la tuberculose, ce n’est pas le Covid. Pas de course effrénée, pas de milliards injectés en urgence, pas de discours apocalyptiques. Juste une maladie oubliée.

L’Agence européenne du médicament (EMA) et la FDA américaine ont déjà donné leur feu vert pour des essais cliniques accélérés. Mais l’approbation finale ? Ça prendra des années. Pourquoi ? Parce que les critères sont plus stricts. Parce que les lobbies des labos pharmaceutiques poussent pour des tests plus longs. Parce que personne ne veut se tromper.

Sauf que se tromper, c’est aussi un risque.

Imaginez : un vaccin contre la tuberculose approuvé en 2029, mais que personne n’utilise parce que les stocks sont insuffisants. Ou pire : un vaccin qui marche, mais que les pays riches refusent d’acheter parce que ça ne les concerne pas.

Le scénario catastrophe, c’est ça.

Ce que Gavi ne dit pas

L’Alliance du vaccin, c’est l’organisation qui a permis de vacciner 1,2 milliard d’enfants contre des maladies comme la rougeole ou le tétanos. Un travail colossal. Pourtant, même Gavi a ses limites.

Leur rapport parle de 7,3 millions de vies sauvées. Mais comment ?

  • D’abord, il faut que les vaccins soient efficaces. Pas à 30 %, pas à 40 %, mais à 70 % minimum, comme les meilleurs vaccins contre le Covid. Or, aucun des vaccins en développement n’a encore atteint ce seuil.

  • Ensuite, il faut les produire en masse. GSK et Valneva ont les capacités, mais Serum Institute, lui, dépend des subventions. Si l’argent manque, les usines tournent au ralenti.

  • Enfin, il faut les distribuer. Pas seulement dans les hôpitaux, mais dans les bidonvilles, les camps de réfugiés, les zones de guerre. Sans infrastructures, ça ne marche pas.

Gavi a un budget de 7,4 milliards de dollars pour 2026-2030. Assez pour vacciner 300 millions d’enfants. Mais pas assez pour la tuberculose. Parce que la tuberculose, ça ne se vaccine pas comme la polio. Ça demande des campagnes de masse, des médecins formés, des médicaments en parallèle.

Alors où est l’argent ?

Il n’y en a pas. Pas assez, en tout cas.

Le vrai défi, ce n’est pas scientifique. C’est politique.

Ce qui se passe quand les marchés ferment les yeux

La tuberculose, c’est la maladie des marchés oubliés. Ceux où les labos ne voient pas d’argent, où les États ne voient pas d’électeurs, où les médias ne voient pas de lecteurs.

Prenez le cas de la Société française de microbiologie. Elle a sorti un rapport en 2023 : la tuberculose est de retour en France. 2 000 cas par an, surtout chez les personnes âgées et les sans-abri. Mais personne n’en parle. Pourquoi ? Parce que ça ne fait pas peur. Pas comme le cancer ou les maladies rares. La tuberculose, c’est la maladie des SDF, des prisons, des hôpitaux psychiatriques.

Pourtant, si on ne fait rien, elle va revenir en force.

Aux États-Unis, la situation n’est pas meilleure. Le CDC (Centers for Disease Control) a alerté en 2022 : le nombre de cas de tuberculose résistante aux médicaments augmente. Surtout dans les États du Sud, où les systèmes de santé sont défaillants. Mais les médias en parlent à peine. Pourquoi ? Parce que ça ne fait pas vendre.

Le marché, lui, ne s’en préoccupe pas.

Les labos pharmaceutiques ne gagnent pas d’argent sur la tuberculose. Pas assez, en tout cas. Alors ils attendent. Ils testent. Ils tergiversent. Mais ils ne se ruent pas.

Pourquoi ? Parce que le vrai marché, ce n’est pas la tuberculose. C’est l’antibiothérapie. Les médicaments contre la tuberculose rapportent beaucoup plus que les vaccins. Alors on préfère traiter après qu’avant. C’est plus rentable.

Le résultat ? Une maladie qui résiste, qui mutent, qui revient.

Ce que les gouvernements ne veulent pas voir

En 2018, l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) a lancé un plan : éradiquer la tuberculose d’ici 2030. Un objectif ambitieux. Sauf que personne ne le prend au sérieux.

Pourquoi ? Parce que les pays riches ont d’autres priorités.

Prenez la France. En 2023, le gouvernement a débloqué 50 millions d’euros pour la lutte contre la tuberculose. 50 millions. Pour un pays où la maladie est en recrudescence. Pour comparaison, le budget de la recherche sur le cancer est de 1,5 milliard d’euros par an.

Pourquoi cette différence ? Parce que le cancer, ça fait peur. La tuberculose, non.

Même chose aux États-Unis. Le NIH (National Institutes of Health) a alloué 400 millions de dollars par an à la recherche sur la tuberculose. 400 millions. Pour une maladie qui tue 1,6 million de personnes par an. Pour comparaison, le budget de la recherche sur le sida est de 3,5 milliards par an.

Pourquoi ? Parce que le sida, ça touche les riches. La tuberculose, non.

Le vrai problème, c’est l’invisibilité.

Ce qui pourrait tout changer

Pourtant, il y a une lueur d’espoir.

En 2022, le Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme a annoncé un plan : investir 13 milliards de dollars d’ici 2027 pour la tuberculose. 13 milliards. Assez pour vacciner 100 millions de personnes.

Mais ça ne suffira pas.

Il faudrait au moins le double. 26 milliards. Pour avoir une chance de faire baisser les chiffres.

D’où viendra cet argent ?

De là où il ne va pas aujourd’hui.

Des gouvernements riches, qui devraient arrêter de considérer la tuberculose comme un problème lointain. Des labos, qui devraient arrêter de voir dans cette maladie un marché perdu. Des médias, qui devraient arrêter de l’ignorer.

Parce que la tuberculose, ce n’est pas qu’un problème de pays pauvres.

C’est un problème mondial.

Et si on ne fait rien maintenant, ce sera trop tard.

La dernière chance

2029. C’est l’année où tout pourrait basculer. Soit on a des vaccins efficaces, des usines qui tournent, des campagnes de vaccination massives. Soit on rate le coche.

Le pire, ce n’est pas l’échec. C’est l’indifférence.

Parce que la tuberculose, on peut la battre. Mais seulement si on veut vraiment.

Et là, personne ne veut vraiment.

Sauf vous.

Vous, qui lisez ces lignes. Vous, qui savez que 7,3 millions de vies dépendent de décisions prises aujourd’hui.

Alors la prochaine fois que vous entendrez parler de tuberculose, ne détournez pas les yeux.

Parce que ce n’est pas la maladie des autres.

C’est la nôtre.

R
R Galaxie Rédaction

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