Les universités wallonnes ignorent 28 musées méconnus.

Entre les collections oubliées de l’ULB et les trésors méconnus de Liège, les universités wallonnes regorgent d’œuvres insolites. Pourtant, la plupart des étudiants et même des profs les ignorent. Pourquoi ces musées restent-ils des déserts culturels ? Et que valent vraiment ces collections, entre poussière et pépites ?

Publié le 18 octobre 2026 à 20:02
Les universités wallonnes ignorent 28 musées méconnus.

Le Muzoo, à l’ULB, expose des œuvres qui n’intéressent personne. Pas faute de moyens, mais faute de public. Pourtant, ce musée-là, comme les 27 autres disséminés dans les universités wallonnes, pourrait changer la donne. À condition qu’on daigne les voir.

Le problème, c’est que ces musées ne sont pas faits pour être vus. Ils sont faits pour être gardés. Des réserves, des salles de stockage, des pièces sans lumière où les étudiants en histoire de l’art viennent parfois fouiller, par curiosité ou par obligation. Mais le grand public ? Il passe à côté. À l’ULB, par exemple, Muzoo affiche des fréquences ridicules : quelques centaines de visiteurs par an, alors que l’université en compte plus de 25 000. Un ratio qui en dit long sur l’intérêt réel porté à ces lieux.

Pourtant, ces musées ne sont pas des dépotoirs.

Prenez le Musée d’Art Ancien de l’ULB, niché dans un bâtiment du XIXe siècle près de la place Montagne aux Herbes Potagères. Ses collections ? Des peintures flamandes du XVIIe, des sculptures baroques, des estampes rares. Le genre de trucs qu’on croirait plutôt au Musée des Beaux-Arts de Bruxelles. Sauf que là, c’est calme. Très calme. Les panneaux d’exposition sont jaunis, les vitrines poussiéreuses, et les gardiens, s’il y en a, semblent soulagés quand un visiteur franchit la porte. Pourquoi ? Parce que le musée est ouvert… deux heures par semaine. Deux. Pas deux jours. Deux heures. Un samedi après-midi sur deux, entre 14h et 16h. Le reste du temps, les œuvres sont là, mais personne n’y a accès. Comme si on cachait un trésor sous une cloche en verre, juste pour le principe.

À Liège, c’est pire.

L’Université de Liège possède le Musée de l’Institut d’Archéologie, un endroit où l’on trouve des momies égyptiennes, des poteries étrusques et des outils préhistoriques. Sauf que les cours de licence en archéologie sont bondés, et les musées universitaires ? Déserts. Pourquoi ? Parce que les étudiants n’ont pas le temps. Parce que les profs ne les y envoient pas. Parce que ces musées ne sont pas conçus pour attirer. Ils sont conçus pour stocker.

Anvers a ses propres fantĂ´mes culturels.

L’Universiteit Antwerpen abrite le Museum Vleeshuis, un ancien abattoir transformé en musée d’art contemporain. Le problème ? Le lieu est magnifique, mais l’accueil est un cauchemar. Les horaires sont décousus, les expositions changent sans prévenir, et les panneaux explicatifs sont souvent illisibles. Résultat : même les Anversois qui s’intéressent à l’art contemporain ignorent son existence. Pourtant, les œuvres exposées là-bas, des installations interactives, des performances, des œuvres engagées, pourraient faire sens pour un public jeune. Sauf que personne ne les voit.

Pourquoi ces musées restent-ils invisibles ?

  1. Parce qu’ils ne sont pas faits pour être vus. Les collections universitaires sont souvent des réserves scientifiques, pas des lieux de médiation. Les gardiens sont des chercheurs, pas des communicants. Les horaires ? Des reliques d’une autre époque.

  2. Parce que les universités ne communiquent pas. Muzoo, par exemple, a une page Facebook avec trois posts par an. Trois. Pas trois par mois. Trois par an. Comme si le musée avait honte d’exister.

  3. Parce que le public ne sait pas qu’ils existent. Qui va chercher un musée dans une université ? Personne. Sauf si on le lui dit. Sauf si on lui montre.

Mais il y a des exceptions.

À Louvain-la-Neuve, le Musée de la Science, géré par l’UCLouvain, est un cas à part. Pas parce qu’il est plus beau, mais parce qu’il est utile. Les expositions y sont interactives, les ateliers sont accessibles aux scolaires, et le lieu est pensé pour attirer. Résultat ? Il est fréquenté. Pas bondé, mais fréquenté. Preuve que ça marche, si on fait l’effort.

Alors, que faire de ces musées ?

  • Les rouvrir. Pas deux heures par semaine. Pas un samedi sur deux. Tous les jours, avec des horaires dĂ©cents.

  • Les rendre accessibles. Pas seulement aux Ă©tudiants en art. Aux lycĂ©ens, aux touristes, aux curieux. Avec des tarifs raisonnables, des visites guidĂ©es, des applications pour comprendre.

  • Les sortir de leur torpeur scientifique. Ces collections ne sont pas faites pour moisir dans l’ombre. Elles sont faites pour ĂŞtre vues. Pour ĂŞtre discutĂ©es. Pour ĂŞtre aimĂ©es ou dĂ©testĂ©es, mais pas ignorĂ©es.

Le vrai problème, c’est que ces musées ne servent à rien.

Pas parce qu’ils sont mauvais. Mais parce qu’ils ne sont pas utilisés. L’ULB dépense des millions pour entretenir ses collections. L’Université de Liège aussi. L’UCLouvain aussi. Mais à quoi bon, si personne ne les voit ?

Et si, au lieu de les cacher, on les montrait ?

Pas avec des discours pompeux sur l’importance de la culture. Mais avec des expositions qui dérangent. Des œuvres qui posent des questions. Des lieux qui font réfléchir.

Parce que, au fond, le pire dans ces musées universitaires, ce n’est pas qu’ils soient mal fréquentés. C’est qu’ils pourraient être bien plus que ce qu’ils sont aujourd’hui. À condition qu’on arrête de les traiter comme des greniers à poussière.

Alors, la prochaine fois que vous passez devant une fac, regardez mieux.

Derrière les amphis bondés, les bibliothèques silencieuses, il y a peut-être un musée. Et dans ce musée, il y a peut-être quelque chose qui vous intéressera. À condition d’en avoir envie. Et de savoir où chercher.

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R Galaxie Rédaction

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