Les lycéens, boucs émissaires d’un système à bout de souffle
Les présidents d’université ne mentent pas quand ils parlent de « mise en cause systématique ». Depuis le début des mouvements contre la réforme des retraites, puis contre le projet de loi sur l’immigration, les campus sont devenus des champs de bataille. Pas seulement parce que des étudiants manifestent. Mais parce que certains groupes, minoritaires, en profitent pour casser, insulter, menacer. Et parce que les réseaux sociaux amplifient tout. Une vidéo tourne ? Tout le monde la commente. Un bâtiment est dégradé ? Les médias en parlent pendant trois jours. Mais quand une université organise une journée porte ouverte pour les lycéens, personne n’en parle.
Le chiffre qui résume tout : 47 %. C’est la part des enseignants du supérieur qui déclarent avoir été « menacés ou agressés » depuis le début des mouvements, selon une enquête interne de la CPU (Conférence des présidents d’université), diffusée en interne début avril. 47 %. Pas 10 %. Pas 20 %. Presque la moitié. Et personne ne bronche. Pourquoi ? Parce que les lycéens, eux, ont le droit de manifester. Même de casser. Même de hurler leur colère. Les profs et les présidents d’université, non. Eux, on les traite de « flics du savoir ». On les accuse de « réprimer ». On les compare à des « gardiens de prison ».
Pourtant, qui paie les factures des dégradations ? Les universités. Qui nettoie les tags ? Les universités. Qui remplace les vitres cassées ? Les universités. Et après ? Après, on leur reproche de ne pas assez protéger les étudiants. C’est ça, le cercle vicieux.
La vraie question n’est pas : « Pourquoi les lycéens en ont-ils après les universités ? » Mais : « Pourquoi personne ne leur dit d’arrêter ? »
Parce que les universités, aujourd’hui, ce sont les seuls qui osent encore tenir tête au gouvernement. Pas les syndicats, trop divisés. Pas les partis politiques, trop occupés à se déchirer. Non, les universités, avec leurs présidents, leurs enseignants, leurs chercheurs, sont les derniers remparts. Alors on les attaque. On les insulte. On les accuse de tout. Parce que c’est plus facile que de reconnaître une chose simple : le système est pourri, et tout le monde le sait.
Le piège des réseaux sociaux : quand la rumeur devient arme
Un post sur Twitter. Une vidéo TikTok. Une story Instagram. Trois clics, et hop : une université est « fasciste ». Un professeur est un « collabo ». Un bâtiment est « une prison ». Les réseaux sociaux transforment les conflits en guerres de tranchées. Et personne ne vérifie rien.
Prenez l’exemple de l’université Paris-Nanterre. En février, des étudiants ont occupé le bâtiment administratif pendant trois jours. Les médias ont parlé d’une « prise de pouvoir ». En réalité ? Une poignée d’étudiants radicalisés, une nuit à dormir sur place, et des cours perturbés pour des centaines d’autres. Résultat : les présidents d’université ont dû sortir le gros jeu. Communiqués de presse. Appels à la raison. Menaces de sanctions. Tout ça pour quoi ? Pour que, trois jours plus tard, les mêmes étudiants organisent une nouvelle occupation. Sans même s’excuser.
Le pire ? Les réseaux amplifient la violence sans jamais la condamner. Un tag sur un mur ? « Résistance artistique ». Une porte enfoncée ? « Action directe ». Une menace contre un proviseur ? « Liberté d’expression ». Tout est bon pour justifier l’injustifiable. Et les universités, elles, doivent encaissez. Sans rien dire. Parce que si elles réagissent, on leur reproche d’être « autoritaires ». Si elles ne réagissent pas, on leur reproche de « laisser faire ».
C’est ça, le vrai problème. Personne ne veut assumer. Ni les manifestants, ni les médias, ni les politiques. Juste les universités, qui doivent tout prendre.
Les présidents d’université, cibles faciles
Jean-Michel Blanquer, ministre de l’Éducation nationale, a sorti les grands mots : « Les dégradations sont inacceptables. » Très bien. Mais où était-il quand les lycéens ont occupé les lycées pendant des semaines ? Où était-il quand des classes ont été brûlées à Nanterre, à Lyon, à Toulouse ? Silence radio. Parce que Blanquer, lui, il a un autre combat : faire passer sa réforme. Alors les universités, les présidents, les profs, ils sont parfaits comme boucs émissaires.
Leur crime ? Être là . Être les seuls à ne pas plier. À ne pas baisser les bras. À ne pas dire « On va faire comme si de rien n’était ».
Prenez Alain Quemin, président de l’université de Rouen. Dans une interview au Figaro, il balance : « On nous traite de tous les noms. On nous accuse de vouloir écraser la jeunesse. Mais qui nous dit ce qu’il faut faire ? Personne. On est seuls. » Seul face à quoi ? Face à un gouvernement qui ne les écoute pas. Face à des médias qui les diabolisent. Face à des étudiants qui les détestent.
Leur seule faute ? Ne pas être assez radicaux. Ne pas fermer les universités. Ne pas interdire les manifestations. Ne pas appeler la police à chaque fois qu’un groupe d’étudiants fait du bruit. Parce que, au fond, c’est ça que tout le monde attend. Qu’ils cèdent. Qu’ils plient. Qu’ils deviennent des complices.
Mais non. Ils tiennent bon. Et ça, personne ne leur pardonne.
Ce que personne ne dit : le vrai coût des dégradations
47 % des enseignants menacés. 12 millions d’euros de dégâts estimés depuis le début des mouvements (chiffre avancé par la CPU, mais jamais confirmé officiellement). Des centaines d’heures de travail perdues à nettoyer, réparer, expliquer. Et après ? Après, on en parle trois jours. Puis on passe à autre chose.
Le vrai scandale, ce n’est pas les dégradations. C’est qu’on s’en fiche.
Parce que, au final, qui va payer ? Vous. Moi. Les contribuables. Toujours les mêmes. Pas les étudiants qui cassent. Pas les groupes radicaux qui organisent les actions. Non, nous. Parce que les universités, elles, n’ont pas d’argent. Elles dépendent des subventions de l’État. Et l’État, lui, il a d’autres priorités.
Alors oui, les présidents d’université ont raison de s’énerver. Pas parce qu’ils sont des lâches. Pas parce qu’ils veulent réprimer. Non, parce qu’ils en ont marre. Marre d’être les seuls à assumer. Marre de se taire. Marre de prendre tout sur eux.
Leur colère ? Elle est légitime. Leur désespoir ? Il est compréhensible. Leur rage ? Elle est juste.
Mais attention : ce n’est pas une guerre. C’est un système qui a échoué. Et tant qu’on ne le reconnaîtra pas, les dégradations continueront. Les accusations aussi. Et les universités, elles, resteront les dindons de la farce.
La vraie question : et après ?
Personne ne veut en parler. Personne ne veut assumer. Alors on laisse faire. On regarde ailleurs. On attend que ça passe.
Mais ça ne passera pas. Parce que le problème, ce n’est pas les lycéens. Ce n’est pas les étudiants. Ce n’est pas les présidents d’université. C’est un pays qui ne sait plus gérer ses conflits. Qui préfère les étouffer plutôt que de les régler. Qui préfère accuser plutôt que de comprendre.
Alors oui, les universités ont raison de se rebiffer. Mais elles ont tort de le faire toutes seules.
Parce que la vraie bataille, elle ne se joue pas entre lycéens et profs. Elle se joue entre ceux qui veulent changer les choses et ceux qui préfèrent regarder ailleurs.
Et pour l’instant, les universités sont les seuls à se battre.
Ça, c’est leur force. Ça, c’est aussi leur faiblesse.