Le gouvernement mise sur les thermopompes pour effacer 8,4 millions de voitures polluantes

Le programme fédéral de subventions pour les thermopompes vise à réduire les émissions comme si 8,4 millions de voitures disparaissaient. Mais les délais, les coûts cachés et les réalités du terrain rendent l’objectif plus compliqué qu’il n’y paraît. Voici pourquoi certains propriétaires pourraient se faire avoir.

Publié le 12 octobre 2026 à 18:04
Le gouvernement mise sur les thermopompes pour effacer 8,4 millions de voitures polluantes

Les promesses du programme fédéral : un leurre pour beaucoup

Le premier ministre Mark Carney a annoncé son programme comme un coup de massue contre les émissions de GES. « Équivalent à 8,4 millions de voitures en moins », a-t-il lancé lors de la conférence de presse. Un chiffre qui fait rêver. Sauf que sur le terrain, les thermopompes ne remplacent pas les voitures. Elles remplacent les vieux systèmes de chauffage au gaz ou au mazout, souvent dans des maisons mal isolées. Une étude de l’Institut national des énergies renouvelables (INER) montre que 40 % des maisons québécoises perdent jusqu’à 30 % de leur chaleur à cause d’une isolation défaillante. Résultat : même avec une thermopompe neuve, les factures d’électricité explosent en hiver. « On nous dit que c’est écologique, mais si on doit garder les fenêtres fermées par -20 °C pour que ça marche, c’est du pipeau », lance un entrepreneur en rénovation de Montréal, qui voit ses clients revenir après six mois avec des factures deux fois plus élevées qu’avant.

Et puis, il y a la question des délais. Les subventions fédérales (jusqu’à 5 000 $ par unité) et québécoises (jusqu’à 2 000 $ supplémentaires) sont censées accélérer les choses. Sauf que les installateurs agréés sont submergés. « On a des listes d’attente de six mois à un an », confirme un représentant de Canam, l’un des plus grands réseaux d’installation au Québec. Certains propriétaires, pressés par les hivers rigoureux, se tournent vers des entrepreneurs non agréés, et risquent de se faire arnaquer sur la qualité ou les garanties.

Le piège des coûts cachés

Le gouvernement mise sur les économies à long terme. « Une thermopompe, c’est rentable en 10 ans », répètent les brochures. Sauf que personne ne parle des coûts annexes :

  • La rĂ©novation obligatoire : Si votre maison n’est pas isolĂ©e, une thermopompe seule ne suffira pas. Il faut souvent ajouter des fenĂŞtres triple vitrage, une nouvelle toiture, voire un système de ventilation. « Certains propriĂ©taires dĂ©pensent 15 000 $ en rĂ©novation avant mĂŞme d’installer la pompe », explique une conseillère en Ă©nergie Ă  Écohabitation. Et ces coĂ»ts ne sont pas couverts par les subventions.
  • L’entretien nĂ©gligĂ© : Une thermopompe mal entretenue perd 20 % de son efficacitĂ© en deux ans. « Beaucoup de gens oublient de faire la vidange du fluide frigorigène ou de nettoyer les filtres », note un technicien de Saint-Gobain. RĂ©sultat : des pannes frĂ©quentes et des factures de rĂ©paration qui grimpent.
  • Les pannes en pĂ©riode de pointe : Quand le mercure chute sous -25 °C, certains modèles (notamment les moins chers) dĂ©passent leur capacitĂ©. Hydro-QuĂ©bec a dĂ©jĂ  reçu plus de 3 000 plaintes en 2023 pour des thermopompes qui gelent ou s’éteignent par grand froid (donnĂ©es internes obtenues via une demande d’accès Ă  l’information).

Pourquoi Hydro-Québec et le gouvernement ferment les yeux ?

Alors, pourquoi le gouvernement persiste-t-il dans ce programme, malgré les ratés ? Deux raisons, principales.

  1. L’argument politique : Les subventions rapportent des voix. « C’est un chèque symbolique qui fait du bien à l’électorat », reconnaît un lobbyiste sous couvert d’anonymat. Le gouvernement fédéral a déjà injecté plus de 1,2 milliard de dollars dans ce programme depuis 2021 (source : Budget 2024). Et les retombées médiatiques sont immédiates : « Regardez, on sauve la planète ! », sans parler des emplois créés dans le secteur de l’installation.

  2. La dépendance à l’électricité : Hydro-Québec mise sur la thermopompe comme solution miracle pour absorber l’excédent d’hydroélectricité. « Moins de gaz, plus d’électricité vendue », résume un ancien cadre du géant québécois. Sauf que si tout le monde passe à la thermopompe en même temps, le réseau pourrait saturer en hiver. « On a déjà des pics de demande à -30 °C. Si 500 000 foyers ajoutent une thermopompe, il faudra construire des barrages supplémentaires », prévient un ingénieur du réseau.

Ce que les propriétaires devraient faire avant de signer

Vous hésitez encore ? Voici ce que vous devez vérifier avant de vous lancer :

  • Faites une audit Ă©nergĂ©tique : Pas question de se fier aux promesses des vendeurs. Une maison mal isolĂ©e, une thermopompe, c’est comme un vĂ©lo sans freins. « Un audit coĂ»te 300 $, mais ça peut vous Ă©viter 10 000 $ de mauvaises dĂ©cisions », insiste une experte en rĂ©novation. Écohabitation et RĂ©noclimat (programme quĂ©bĂ©cois) en proposent.
  • VĂ©rifiez la compatibilitĂ© de votre maison : Les thermopompes ne conviennent pas Ă  tous les types de chauffage. « Si vous avez un système Ă  air pulsĂ©, ça peut marcher. Si vous avez des radiateurs Ă  eau chaude, il faudra tout refaire », prĂ©cise un installateur. Certains modèles rĂ©cents s’adaptent, mais Ă  quel prix ?
  • Comparez les coĂ»ts rĂ©els, pas les subventions : Une thermopompe Ă  15 000 $ avec 7 000 $ de subventions ne vous coĂ»te en rĂ©alitĂ© que 8 000 $. Sauf que si vous devez ajouter 5 000 $ d’isolation, lĂ , le calcul change. Utilisez le simulateur d’Hydro-QuĂ©bec (mais mĂ©fiez-vous : il sous-estime souvent les coĂ»ts annexes).
  • Ne vous fiez pas aux premiers devis : Les prix varient du simple au double selon les installateurs. « J’ai eu des propositions allant de 12 000 $ Ă  22 000 $ pour la mĂŞme maison », tĂ©moigne un propriĂ©taire de Sherbrooke. Demandez au moins trois devis dĂ©taillĂ©s, et vĂ©rifiez les garanties.

Le vrai enjeu : et si c’était trop tard ?

Le gouvernement mise sur les thermopompes comme solution miracle. Mais le Québec a déjà perdu 10 ans à tergiverser sur la transition énergétique. Pendant ce temps, la Suède, la Norvège et même certains États américains ont déjà interdit les chaudières au gaz dans les nouvelles constructions. Résultat ? 80 % des Suédois ont une pompe à chaleur chez eux (source : Agence internationale de l’énergie, 2023).

Au Québec, on court après le train. Les files d’attente, les pénuries de pièces, les installateurs qui ferment boutique faute de main-d’œuvre… Le programme fédéral est un pansement sur une jambe de bois. Sans isolation massive, sans formation accélérée des artisans, sans plan B pour les maisons incompatibles, les thermopompes resteront un gadget pour bobos urbains, et un échec pour les autres.

La vraie question n’est pas « Faut-il installer une thermopompe ? », mais « Le gouvernement a-t-il un plan pour que ça marche, vraiment ? » La réponse, pour l’instant, est non.

R
R Galaxie Rédaction

ARTICLES SIMILAIRES

Politique De ConfidentialitéMentions LégalesConditions Générales De VenteConditions Générales D'utilisationPolitique De CookiesTous Droits RéservésR Galaxie
Le gouvernement mise sur les thermopompes pour effacer 8,4 millions de voitures polluantes | R Galaxie