Mbuji-Mayi dépiste 284 détenus, mais la tuberculose reste un piège
La prison centrale de Mbuji-Mayi, dans le Kasaï oriental, a vu passer 284 détenus sous les tests de la tuberculose. Officiellement, c’est une bonne nouvelle. Officieusement, ça ne change pas grand-chose.
Pourquoi ? Parce que la tuberculose, dans une prison conçue pour 1 200 personnes mais qui en entasse 3 500, ne se soigne pas avec des tests. Elle se combat avec de l’espace, de l’air, et des médicaments à portée de main. Or, à Mbuji-Mayi, l’espace manque. L’air aussi. Et les médicaments ? Ils arrivent quand ils peuvent.
Un dépistage qui ne suffit pas
Le coordonnateur provincial de la lutte contre la lèpre et la tuberculose l’a dit sans détour : « Nous avons dépisté. » Pas « nous avons soigné », pas « nous avons isolé ». Juste dépisté. Comme si le problème était de savoir qui est malade, pas de savoir comment les empêcher de tousser sur leurs voisins.
Pourtant, les chiffres sont là. Selon l’OMS, la RDC est le pays d’Afrique où la tuberculose tue le plus. En 2024, 120 000 morts. Parmi eux, des centaines de détenus. Mais personne ne veut en parler. Pas les autorités pénitentiaires, pas toujours les ONG, et surtout pas les médias locaux, trop occupés à relayer des communiqués lisses.
À Mbuji-Mayi, le taux d’infection en milieu carcéral est bien supérieur à la moyenne nationale. Pourquoi ? Parce que les cellules sont des boîtes à oxygène. Parce que la nourriture est rare, affaiblissant les défenses immunitaires. Parce que les toux se propagent comme une traînée de poudre.
Les médicaments arrivent en retard
En 2023, un rapport du Programme national de lutte contre la tuberculose (PNLT) révélait que 30 % des prisons congolaises manquaient de stocks de médicaments. À Mbuji-Mayi, les stocks sont « irréguliers », comme on dit dans le jargon. Cela signifie que quand un détenu tombe malade, il faut parfois attendre des semaines pour qu’un traitement arrive.
Pire : les détenus ne sont pas toujours incités à se soigner. Beaucoup préfèrent cacher leur maladie pour éviter d’être transférés à l’infirmerie, où les conditions sont encore pires. D’autres abandonnent leur traitement parce qu’ils n’ont pas les moyens de se payer des compléments alimentaires, essentiels pour ne pas s’affaiblir.
Ce que le dépistage ne dit pas
284 détenus testés. C’est un chiffre. Mais il cache autre chose :
- Combien ont été déclarés positifs ? Le communiqué ne le dit pas. Pourtant, c’est la seule donnée qui compte vraiment.
- Combien ont été isolés ? Personne ne sait. À Mbuji-Mayi, l’isolement pour tuberculose ? Un luxe.
- Combien ont reçu leur traitement à temps ? La réponse dépend de qui vous posez la question. Les autorités diront « tout va bien ». Les médecins du terrain diront « on fait ce qu’on peut ».
La vraie question : et après le dépistage ?
Le problème n’est pas le dépistage. Le problème, c’est ce qui suit. Une fois qu’on sait qui est malade, que fait-on ?
À Mbuji-Mayi, la réponse est simple : pas grand-chose. Pas assez d’infirmeries, pas assez de personnel, pas assez de volonté politique. La prison centrale est un miroir grossissant des failles du système de santé congolais. Et la tuberculose en profite.
Pourquoi personne ne bronche ?
Parce que la tuberculose, c’est la maladie des pauvres. Celle des prisons surpeuplées, des bidonvilles, des hôpitaux sans blouses. Personne ne fait de communiqué choc pour ça. Personne ne monte aux barricades.
Pourtant, à Mbuji-Mayi, les détenus toussent. Et si on ne fait rien, ils continueront de mourir. Un par un. Sans que personne ne s’en aperçoive vraiment.
Ce qu’il faudrait faire
- Désencombrer les prisons. Même temporairement. La tuberculose se transmet dans l’étouffement.
- Garantir un approvisionnement permanent en médicaments. Pas des promesses, pas des livraisons aléatoires, mais un stock fiable.
- Former le personnel pénitentiaire. Beaucoup ne savent pas reconnaître les symptômes, ni comment réagir.
- Arrêter de faire semblant. Les chiffres du dépistage ? Très bien. Mais sans suivi, c’est du théâtre.
La réalité, elle, est ailleurs
Elle est dans les cellules où deux détenus dorment sur une paillasse. Elle est dans les infirmeries où les médicaments moisissent. Elle est dans les rapports qui s’accumulent sans que personne ne les lise.
À Mbuji-Mayi, on dépiste. Mais la tuberculose, elle, ne s’arrête pas aux portes des prisons.
Elle attend son heure.
Et cette heure arrive.