Pourquoi personne ne bronche ?
Parce que Trump, c’est Trump. Depuis qu’il a quitté la Maison-Blanche, il joue les arbitres géopolitiques à distance. Il a déjà « négocié » avec Poutine en 2022, sans preuve. Il a prétendu avoir des contacts secrets avec Zelensky. Cette fois, il mise sur l’effet de surprise : « Personne ne savait que j’avais ce fil direct », a-t-il lâché lors d’un meeting en Floride. Sauf que les « fils directs », ça se vérifie. Et là , ça ne se vérifie pas.
Kiev a été clair : « Aucune négociation n’a eu lieu. » La présidence ukrainienne a même publié un communiqué sec, presque méprisant : « Les frappes russes sur nos infrastructures critiques n’ont pas diminué. » Preuve ? Les chiffres. Selon le ministère ukrainien de l’Énergie, plus de 40 % des réseaux électriques du pays sont hors service depuis le début des attaques massives en octobre. Pas de trêve. Pas de pause. Juste des bombes, et des factures d’électricité qui explosent pour les Ukrainiens, déjà ruiné·e·s par la guerre.
Et Moscou ? Silence radio. Comme d’habitude. Poutine ne répond jamais aux annonces de Trump. Sauf quand ça l’arrange. En 2022, il avait laissé filer l’idée d’un « dialogue » via des intermédiaires, avant de balayer d’un revers de main les espoirs de paix. Cette fois, c’est pire : il n’y a même pas de dénégation. Juste l’absence de confirmation. Parce que, pour Moscou, nier ou confirmer, c’est pareil. Peu importe ce que dit Trump, la Russie continue de bombarder. C’est sa stratégie depuis le début : user l’Ukraine, la priver d’électricité en hiver, et attendre que la population se lasse.
Le vrai jeu : faire monter les prix du gaz en Europe
Alors, à quoi rime ce « cessez-le-feu » imaginaire ? À rien, si ce n’est à servir les intérêts de quelqu’un. Pas ceux de l’Ukraine. Pas ceux de la Russie. Ceux des marchés énergétiques.
Depuis que la guerre a éclaté, l’Europe a paniqué. Elle dépend à 40 % du gaz russe, et Poutine a compris qu’il pouvait en profiter. En coupant les livraisons via Nord Stream, en menaçant les pays qui achètent trop, il a fait exploser les prix. Résultat ? En 2022, le prix moyen du gaz en Europe a été multiplié par 4 (source : Commission européenne, rapport Winter Energy Security Package, mars 2023). Les industriels hurlent, les ménages serrent la ceinture, et les gouvernements cherchent désespérément des alternatives.
Sauf que, pour l’instant, il n’y en a pas. Le gaz américain arrive, mais trop cher. Les centrales à charbon polluent à nouveau. Et l’hydrogène vert ? On en est encore aux promesses.
Alors Trump, avec son annonce surprise, joue sur deux tableaux :
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Il se pose en sauveur. « Moi seul peux éviter une crise énergétique mondiale », sous-entend-il. C’est du pur populisme : il capitalise sur la peur, sans rien faire de concret.
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Il fait pression sur l’Europe. Si un cessez-le-feu était vraiment en discussion, les prix du gaz pourraient baisser. Parce que la Russie exporterait moins, et que l’Europe respirerait. Sauf que ce cessez-le-feu n’existe pas. Donc les prix restent hauts. Et les lobbies du pétrole et du gaz, eux, sourient.
L’Ukraine paie toujours le prix fort
Pendant ce temps, à Kiev, on ne rigole pas. Les frappes sur les réseaux électriques ont repris de plus belle depuis le 15 octobre. Les Russes visent les postes de transformation, les lignes à haute tension, les sous-stations. Objectif : plonger le pays dans le noir avant l’hiver. « Ils veulent que les Ukrainien·ne·s gèlent », résume un ingénieur de Ukrzaliznytsia, la compagnie ferroviaire nationale, qui a dû évacuer ses équipes des zones les plus touchées.
Le pire ? Les Ukrainien·ne·s s’y préparent. Ils achètent des générateurs, des couvertures de survie, des lampes à dynamo. Les ONG distribuent des batteries solaires. Les écoles organisent des « nuits blanches » pour économiser l’électricité. Bref, ils survivent. Comme ils le font depuis 2014.
Mais cette fois, c’est différent. Parce que l’hiver arrive plus tôt. Parce que les réserves de charbon sont limitées. Parce que les missiles russes ne visent plus seulement les infrastructures, mais aussi les civils. « Avant, ils bombardaient les villes. Maintenant, ils bombardent la vie quotidienne », témoigne une habitante de Kharkiv, dont l’immeuble a été touché par une frappe le 16 octobre.
Et si Trump avait raison, malgré tout ?
Attendez. Une seconde. Et si, contre toute attente, Trump avait raison ? Et si un accord secret existait, mais que ni Kiev ni Moscou ne voulaient l’admettre ?
C’est possible. Mais alors, pourquoi les frappes continuent ? Pourquoi les images des villes sans électricité se multiplient ? Pourquoi Zelensky, d’habitude si proactif sur les réseaux, n’a pas réagi ?
La réponse la plus probable ? Personne ne sait. Ou alors, on sait, mais on ne veut pas le dire. Parce que reconnaître un accord avec Poutine, c’est trahir. Parce que admettre une trêve, c’est donner l’impression de faiblesse. Parce que, en politique, la vérité est souvent la première victime.
Sauf que, cette fois, la vérité, c’est que les Ukrainien·ne·s meurent de froid. Et que Trump, lui, continue de tweeter.
Ce que ça change (ou pas) pour l’Europe
Pour l’Europe, l’annonce de Trump, même fausse, a un effet immédiat : les marchés s’agitent. Le prix du gaz a bondi de 5 % en une journée après son tweet (source : ICE Futures Europe, données du 17 octobre). Les traders parient sur une pénurie. Les gouvernements se demandent s’ils doivent relancer leurs réserves stratégiques.
Sauf que, au final, rien ne change. Parce que la Russie ne négocie pas. Parce que l’Ukraine ne plie pas. Parce que Trump, lui, a déjà tourné la page.
Ce qui change, en revanche, c’est la perception. Les Européen·ne·s commencent à réaliser que leur sécurité énergétique dépend moins de Trump que de leur propre capacité à se passer du gaz russe. Problème : pour l’instant, ils n’y arrivent pas. En 2023, l’Europe a importé 10 % de gaz en plus que prévu (source : Eurostat, rapport Energy Statistics). Elle dépend toujours de Moscou. Et Poutine le sait.
La vraie question : qui gagne ?
Personne. Pas vraiment.
- L’Ukraine perd : ses villes sont bombardées, ses enfants gèlent, son armée est à bout.
- La Russie perd : elle s’enlise, ses soldats désertent, son économie s’effondre.
- L’Europe perd : elle paie toujours trop cher son gaz, elle pollue plus qu’avant, elle dépend toujours des mêmes.
- Trump gagne : il reste dans le jeu, il divise ses adversaires, il prépare sa candidature pour 2024.
Reste une dernière possibilité : et si, au fond, personne ne gagne ? Et si cette guerre était juste une machine à broyer des vies, des économies, des espoirs ?
Alors oui, Trump a peut-être raison sur un point. Un cessez-le-feu serait une bonne idée. Sauf que, pour l’instant, il n’y en a pas. Et les bombes, elles, continuent de tomber.
Dernier mot : l’hiver arrive. Et avec lui, la vraie guerre va commencer.