Trump mise sur les patrons de l'IA pour réguler eux-mêmes

Donald Trump a reçu les grands noms de l’IA pour leur confier la régulation du secteur. Une approche qui cache un problème : et si personne ne contrôle ceux qui contrôlent ? Les experts s’inquiètent, les lobbies sourient, et les États traînassent. Voici pourquoi cette solution est un leurre.

Publié le 30 septembre 2026 à 10:03
Trump mise sur les patrons de l'IA pour réguler eux-mêmes

Trump leur a dit : « Faites-le vous-mêmes »

Le 10 juillet, donc. Une date symbolique, presque ironique. Il y a un an, l’Union européenne adoptait l’AI Act, le premier cadre réglementaire sérieux sur l’IA au monde. Aux États-Unis ? Rien. Ou presque. Juste des promesses, des auditions au Congrès qui traînent en longueur, et maintenant, cette idée saugrenue : « Laissez-les gérer ça entre eux. » Comme si les mêmes qui ont optimisé leurs modèles pour maximiser les profits et minimiser les coûts allaient soudainement se transformer en gardiens de l’éthique.

Le problème ? Ça ne marche pas comme ça.

Prenez Sam Altman, patron d’OpenAI. En 2023, il a écrit une lettre ouverte où il alertait sur les « risques existentiels » de l’IA. Très bien. Sauf qu’en coulisses, OpenAI a continué à former ses modèles sur des données douteuses, sans transparence sur les biais, et en externalisant les risques vers des sous-traitants qui paient des travailleurs sous-payés pour nettoyer les jeux de données. L’auto-régulation, c’est comme si un loup vous disait : « Je vais réguler la chasse dans la forêt. Vous me faites confiance ? »

Et puis il y a le détail qui tue. En 2023, une étude de l’Université de Stanford a révélé que 72 % des modèles d’IA les plus performants présentaient des biais discriminatoires, genre, race, orientation sexuelle. Résultat ? Des algorithmes qui refusent des prêts bancaires à des minorités, qui recrutent moins de femmes dans les postes techniques, ou qui classent des CV en fonction de noms à consonance étrangère. Qui a corrigé ça ? Pas les patrons. Qui a été sanctionné ? Personne.

Les lobbies ont déjà gagné

Pourtant, l’idée fait son chemin. Pas seulement aux États-Unis, mais en Europe aussi. En juin 2024, la Commission européenne a lancé un « code de bonnes pratiques » pour l’IA, signé par… devinez qui ? Google, Microsoft, IBM. Des entreprises qui dépensent des millions en lobbying pour affaiblir les régulations.

Pourquoi ? Parce que réguler l’IA, c’est compliqué. C’est limiter les marges, c’est ralentir l’innovation, c’est s’exposer à des procès. L’auto-régulation, c’est le Saint-Graal des lobbies : ça donne l’impression d’agir sans rien changer.

Prenez le cas de Microsoft. En 2023, l’entreprise a été condamnée à 19 millions de dollars pour avoir utilisé des données biométriques sans consentement. Résultat ? Une amende symbolique, et une promesse de « mieux faire ». Personne n’a viré le PDG. Personne n’a revu les algorithmes. Juste un communiqué et un chèque.

Ce que les États ne veulent pas voir

Alors pourquoi Trump et les siens misent-ils sur cette stratégie ? Parce que c’est plus simple. Pas besoin de voter des lois, de créer des agences de contrôle, de former des inspecteurs. Il suffit de serrer la main des patrons et de leur dire : « À vous de jouer. »

Sauf que les États savent très bien que ça ne suffira pas. En France, par exemple, le gouvernement a créé une « mission IA » en 2020, avec pour objectif de « promouvoir une IA responsable ». Traduction : des rapports, des tables rondes, et zéro sanction. Le même schéma se répète partout.

Le vrai problème, c’est que personne ne veut assumer la responsabilité.

  • Les politiques préfèrent éviter le sujet, de peur de perdre des voix (à gauche comme à droite, d’ailleurs).
  • Les régulateurs manquent de moyens et de compétences pour suivre le rythme des géants du numérique.
  • Les consommateurs ? Ils ne savent même pas qu’ils sont surveillés, analysés, manipulés. Ils croient encore que l’IA est une magie bienveillante.

Le piège de la transparence simulée

Alors comment les patrons de l’IA justifient-ils cette auto-régulation ? Avec des mots. Beaucoup de mots. Des rapports éthiques, des « principes », des « engagements ». Mais quand on creuse, on tombe toujours sur la même réalité : des promesses creuses.

Prenez Meta, par exemple. En 2022, Mark Zuckerberg a annoncé un « cadre éthique » pour l’IA. Très ambitieux. Sauf que dans les faits, Facebook continue de :

  • Utiliser des influenceurs pour promouvoir des contenus toxiques (deepfakes, théories du complot) sans les signaler.
  • Former ses modèles sur des données collectées via WhatsApp, sans que les utilisateurs en aient conscience.
  • Refuser de publier les études internes sur les risques psychologiques de ses plateformes.

La transparence ? Une vitrine.

Et si on leur imposait des règles, au lieu de leur demander des sourires ?

En 2021, l’Allemagne a tenté une approche radicale : elle a interdit purement et simplement l’utilisation de reconnaissance faciale par les forces de police. Résultat ? Les géants de l’IA ont râlé, les lobbies ont menacé de délocaliser. Mais l’Allemagne a tenu bon.

Pourquoi ? Parce que quelqu’un a enfin dit « non ». Pas « essayez de faire mieux », pas « régulez-vous », mais « non ». Et ça, c’est la seule chose qui marche.

Le vrai jeu : qui contrôle les contrôleurs ?

Alors oui, Trump a raison sur un point : les États sont lents, bureaucratiques, souvent inefficaces. Mais l’auto-régulation, c’est pire. C’est comme laisser un pyromane gérer le service incendie de votre ville.

Le vrai danger, ce n’est pas l’IA en soi. C’est le fait que personne ne veuille la réguler.

Parce que si on laisse les patrons décider, ils choisiront toujours le même menu :

  • Maximiser les profits.
  • Minimiser les risques (pour eux).
  • Ignorer les conséquences (pour vous).

Et dans ce cas-là, la seule régulation qui compte, c’est celle que vous imposerez. Pas avec des likes, pas avec des pétitions, mais en exigeant des comptes. Parce que sinon, la prochaine fois qu’un algorithme refusera votre prêt, votre embauche, ou votre assurance, personne ne sera là pour vous dire pourquoi.

*(Et non, ce ne sera pas à cause d’un bug.)

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R Galaxie Rédaction

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