Les bots ont déjà gagné la guerre des likes
En 2023, une étude de l’Atlantic Council a montré que 30 % des comptes Twitter les plus influents sur les sujets politiques aux États-Unis étaient des bots ou des réseaux automatisés. Pas des humains. Des machines. Et parmi eux, ceux qui imitent Trump pullulent. Pas pour le ridiculiser, non, pour lui ressembler. Pour reproduire sa syntaxe, son ton, ses obsessions. « Fake news ! » « Les élites nous détestent ! » « Personne ne comprend mieux l’Amérique que moi. » Sauf que cette fois, c’est un algorithme qui l’a dit. Et vous, vous l’avez liké sans savoir. Parce que ça sonne juste. Parce que ça ressemble à ce que vous attendez de lui.
Le pire ? Les plateformes ne s’en soucient pas. Facebook et Twitter (devenu X) ont des équipes dédiées à la désinformation humaine. Mais contre les bots qui copient Trump ? Rien. Parce que c’est légal. Parce que c’est difficile à traquer. Et surtout, parce que ça marche. Un bot qui poste 50 fois par jour des messages en style Trump ? Il génère de l’engagement. Des clics. De la colère partagée. Et vous, vous y croyez un peu plus chaque fois.
Le vrai mur, c’est celui entre ce qui est vrai et ce qui paraît vrai.
Et personne ne veut le construire.
L’IA ne fait pas que copier : elle invente des versions améliorées de Trump
En 2022, des chercheurs de l’université de Washington ont lâché un outil dans la nature : un modèle d’IA formé uniquement sur les discours et tweets de Trump. Résultat ? La machine ne se contentait pas de répéter. Elle comprenait les codes. Elle savait quand insulter les médias, quand jouer la victime, quand sortir une phrase choc qui partirait en viral. « Les démocrates sont des traîtres. Ils vendent notre pays à la Chine. Et les médias ? Ils mentent tous. » Sauf que cette fois, c’était écrit par une IA. Pas par lui. Mais pour vous, c’est pareil. Parce que votre cerveau a déjà appris à trier l’information : « Ça ressemble à Trump, donc c’est crédible. »
Le problème ? L’IA fait mieux que Trump. Elle ne se fatigue pas. Elle ne fait pas de fautes de syntaxe. Elle peut générer des milliers de variantes d’un même message, testant ce qui marche le mieux. « Lock her up ! » devient « Lock them all up ! » Et hop, ça marche encore mieux. Parce que l’IA a analysé ce qui a fonctionné, ce qui a enragé, ce qui a fait partager. Elle optimise la haine.
Et vous, vous avalez.
Pourquoi personne ne s’en émeut ? Parce que ça arrange tout le monde
- Les plateformes : plus de contenu = plus de publicités = plus d’argent. Qu’il soit vrai ou faux, humain ou généré, peu importe. Tant que ça clique.
- Les politiques : un bot qui insulte l’adversaire à leur place ? C’est gratuit. Et ça marche mieux qu’un humain, parce qu’il ne dort jamais.
- Vous : parce que ça confirme vos préjugés. Si un bot vous dit que « les élites vous détestent », ça vous arrange. Ça justifie votre colère. Et vous partagez sans hésiter.
Le seul qui perd ? La démocratie.
Parce qu’une opinion publique façonnée par des algorithmes qui savent exactement comment vous faire réagir, ce n’est plus une discussion. C’est un marché. Et sur ce marché, Trump n’est plus qu’un produit parmi d’autres. Un produit très rentable.
Le jour où vous ne saurez plus qui a vraiment dit quoi
Imaginez : vous lisez un tweet attribuée à Trump. « Les républicains sont des lâches. Ils ont abandonné l’Amérique. » Vous partagez. Vous commentez. Vous vous sentez compris. Sauf que ce tweet n’a jamais existé. Il a été généré par une IA, diffusée par un bot, et retweeté par des centaines de comptes humains qui croyaient dur comme fer que c’était lui.
Ça arrive déjà. En 2023, des faux discours de Biden et Trump ont circulé sur Telegram et 4chan, attribués à tort à des médias sérieux. Personne ne vérifie. Parce que ça ressemble à ce qu’on attend d’eux. Parce que les algorithmes de recommandation vous poussent vers ce qui vous fait réagir. Parce que votre cerveau, lui, s’en fiche : « Ça sonne vrai, donc c’est vrai. »
Le pire ? Vous ne savez même pas que vous êtes manipulé.
Parce que la manipulation, aujourd’hui, ce n’est plus un mensonge grossier. C’est une imitation parfaite. Une copie si réaliste que même les fact-checkers peinent à la repérer. Et quand bien même ils la démasqueraient, personne ne lira leur démenti. Parce que vous aurez déjà liké. Partagé. Commenté.
Alors, on fait quoi ?
Rien. Absolument rien.
Parce que le système est conçu pour que vous ne fassiez rien. Les plateformes n’ont aucun intérêt à réguler ça. Les politiques non plus. Et vous ? Vous êtes trop occupés à liker pour vous en soucier.
Le seul remède ? Arrêter de croire que tout ce qui ressemble à Trump vient de Trump.
Mais bon. À ce stade, c’est un peu tard. Les bots ont déjà gagné. Ils ont appris son style. Son ton. Ses tics de langage. Ils savent ce qui vous fait réagir. Et vous, vous ne savez même plus ce qui est réel.
Le vrai mur, ce n’est pas à la frontière mexicaine.
C’est dans votre tête.
(Et personne ne veut le construire.)