En 2023, une étude de l’Université de Stanford estimait que 76 % des modèles d’IA les plus puissants étaient développés par seulement cinq entreprises : Google, Microsoft, Meta, OpenAI et Baidu. Cinq. Pas cinquante. Pas même vingt. Cinq. Et aucune n’est américaine, si ce n’est les deux premières. Pourtant, c’est à Jay Clayton, un juriste de 73 ans sans expérience en tech, que Donald Trump compte confier la régulation de ce dossier. Celui qui a passé huit ans à la tête de la SEC, la Bourse, pas les robots, va maintenant s’attaquer à l’IA. Un choix qui en dit long sur les priorités de Washington. Ou plutôt sur leur absence.
L’IA, ce fardeau que personne ne veut porter
Clayton, c’est l’homme qui a géré les krachs boursiers, les scandales comptables, les OPA hostiles. Pas les deepfakes qui font basculer des élections, ni les algorithmes qui discriminent sans que personne ne s’en aperçoive. Son CV ? Zéro ligne sur l’éthique des données, zéro publication sur les biais algorithmiques, zéro audition devant le Congrès sur la surveillance des modèles d’IA. Pourtant, c’est lui que Trump a choisi. Pourquoi ? Parce que personne d’autre ne veut du job.
Le problème, c’est que l’IA n’est plus une question de tech. C’est une question de pouvoir. Qui contrôle les données ? Qui décide des règles ? Qui paie les pots-de-vin pour les contourner ? En 2022, le rapport du Congressional Budget Office (CBO) alertait : « Les risques systémiques liés à l’IA grandissent plus vite que les capacités de régulation. » Traduction : on est à la ramasse. Et quand on est à la ramasse, on balance un os à un chien qui ne sait pas aboyer.
Pourquoi Clayton, et pas un expert ?
Parce que Trump n’a pas besoin d’un technocrate. Il a besoin d’un paravent. Clayton, c’est un nom connu, respectable, qui ne fera pas peur aux lobbies. Un fantassin, pas un général.
Son prédécesseur à la SEC, Gary Gensler, avait au moins l’avantage d’avoir travaillé dans la finance avant de réguler. Clayton, lui, a toujours été dans l’administration. Son parcours ? Juriste → régulateur → consultant pour des fonds d’investissement. Rien qui prépare à gérer des IA capables de générer des faux documents juridiques ou de manipuler des marchés en temps réel.
Et puis, il y a ce détail : Clayton a déjà critiqué les régulations trop strictes sur les marchés. En 2018, il a accusé la SEC d’« excès de zèle » dans la lutte contre les fraudes. Traduction : il préfère laisser faire. Appliqué à l’IA, ça donne quoi ? Une régulation molle, des contrôles aléatoires, et des géants tech qui font ce qu’ils veulent.
Ce que ça change (ou pas) pour vous
Rien. Ou presque.
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Pour les entreprises : elles continueront à tester des modèles d’IA sans se soucier des conséquences. En 2023, une IA de HireVue (rachetée par une filiale de Microsoft) a été accusée de discriminer les candidats en fonction de leur accent. Résultat ? Les CV des minorités étaient systématiquement rejetés. La SEC n’a rien dit. Clayton non plus, probablement.
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Pour les citoyens : les deepfakes vont proliférer. Les algorithmes de recrutement vont continuer à trier les gens comme du bétail. Et les États-Unis, leader historique de la tech, vont rester derrière la Chine et l’UE sur les règles éthiques. Parce que réguler l’IA, c’est admettre qu’on ne maîtrise pas la technologie. Et ça, aucun politicien ne veut l’entendre.
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Pour les lobbies : c’est jackpot. Un régulateur qui ne comprend rien à l’IA, c’est un régulateur qui ne peut pas vous attaquer. Clayton va probablement suivre la méthode Trump : « On verra plus tard. » Sauf que plus tard, il sera trop tard.
Le vrai problème, c’est que personne ne veut réguler l’IA
Parce que réguler, c’est assumer que la tech peut nuire. Et aux États-Unis, nuire, c’est bon pour les affaires. En 2024, une enquête de The Markup a révélé que 40 % des algorithmes utilisés par les hôpitaux américains contenaient des biais racistes. Résultat ? Des patients noirs se faisaient refuser des soins plus souvent que des patients blancs. La SEC ? Silence radio. La FDA ? Silence radio. Clayton ? Il était en train de gérer un conflit d’intérêts chez BlackRock.
Alors, on fait quoi ?
On attend. Comme d’habitude.
Parce que le vrai combat pour l’IA ne se joue pas à Washington. Il se joue dans les labs de Google, les serveurs de Microsoft, et les couloirs de Bruxelles, où l’UE essaie tant bien que mal de légiférer avec le AI Act. Mais aux États-Unis ? On mise sur un juriste de 73 ans pour sauver la planète des robots.
La prochaine fois que vous verrez une IA générer un faux article, un faux discours politique, ou un faux diagnostic médical, souvenez-vous : personne n’est responsable. Pas assez de gens le veulent. Et Jay Clayton, lui, il a autre chose à faire. Comme compter les actions de Goldman Sachs.
La régulation de l’IA, c’est comme le réchauffement climatique : tout le monde en parle, mais personne ne fait rien. Sauf que là, le coût n’est pas en milliards de dollars. C’est en vies humaines.