Le Pentagone va avoir son tsar. Pas un titre de roman de science-fiction, mais un poste bien réel, annoncé par Donald Trump comme une évidence : « J’annonce très prochainement la nomination d’un responsable de l’IA au sein de l’armée américaine. » Pas de détails sur son nom, pas de plan précis, juste l’assurance que les États-Unis ne lâcheront rien à la Chine ou à qui que ce soit d’autre. La course est lancée, et elle se joue en silence, entre laboratoires et bunkers.
Un poste pour quoi faire, exactement ?
Officiellement, il s’agit de « coordonner les efforts » sur l’intelligence artificielle. Traduction : l’armée américaine veut être la première à intégrer des systèmes autonomes sur le champ de bataille. Déjà, des drones comme le MQ-9 Reaper prennent des décisions de tir sans intervention humaine. Déjà, l’US Air Force teste des algorithmes pour « optimiser » les frappes. Mais personne ne sait encore qui sera responsable quand ces systèmes feront une erreur.
Le Pentagone dépense déjà 1,2 milliard de dollars par an en R&D sur l’IA, selon un rapport du Congressional Budget Office de 2023. Assez pour financer des projets comme Project Maven, qui utilise l’IA pour analyser des images satellites et repérer des cibles. Assez aussi pour que des ingénieurs militaires parlent en privé de « guerre des IA » sans ironie.
La Chine avance plus vite, et personne ne bronche
Pékin a déjà son « Laboratoire national de défense en IA », créé en 2017. Il emploie des milliers de chercheurs, forme des officiers à l’usage militaire des réseaux de neurones, et collabore avec des entreprises comme SenseTime, spécialisée dans la reconnaissance faciale et les drones autonomes. Aux États-Unis, on en parle encore comme d’une « opportunité ». En Chine, c’est une priorité nationale.
Le problème ? Les États-Unis ont une avance technologique, mais la Chine mise sur la vitesse d’exécution. Résultat : leurs systèmes de défense intégrant l’IA sont déjà déployés dans des zones comme Taïwan ou la mer de Chine méridionale. L’armée américaine, elle, tergiverse.
Le vrai risque : qui contrôle les machines ?
Trump et ses conseillers parlent d’« excellence opérationnelle ». En clair : « On veut gagner, peu importe les moyens. » Le problème, c’est que l’IA militaire n’est pas qu’une question de performance. C’est une question de responsabilité.
Prenez l’exemple du LAWS (Lethal Autonomous Weapon Systems). Des drones capables de décider seuls de tuer. L’ONU a débattu pendant des années sur leur interdiction. Résultat ? Rien. Les États-Unis, la Russie, Israël et quelques autres continuent de les développer. Personne ne veut être le premier à dire « stop », parce que l’autre camp en profitera.
Et les civils dans tout ça ?
Le tsar de l’IA de Trump ne répondra pas aux citoyens. Il répondra aux généraux. Or, les généraux américains ont une longue histoire de méfiance envers les limites éthiques. En 2012, le Strategic Command a publié un document interne où il affirmait que « les règles de guerre pourraient être adaptées » pour permettre l’usage de systèmes autonomes. Traduction : « Si la machine tue, ce n’est pas un crime de guerre. »
Aujourd’hui, personne ne sait qui sera responsable si un algorithme se trompe et bombarde un hôpital. Personne ne sait non plus comment éviter que ces systèmes ne soient piratés, détournés, ou utilisés contre leur propre camp. Mais ça, ce n’est pas le sujet.
La vraie question : qui paiera le prix ?
Les États-Unis ont toujours cru que la technologie était une force morale. Ils se trompaient.
La Chine, elle, ne se fait pas d’illusions. Elle sait que l’IA militaire, c’est comme une arme nucléaire : une fois déployée, impossible de la rattraper. Trump et son tsar ne feront que précipiter cette réalité.
Le reste ? Des débats sur l’éthique, des rapports du Congrès, des articles dans The Atlantic sur les « dangers » de l’IA. Mais au final, qui décide ? Les ingénieurs ? Les militaires ? Les politiques ?
Réponse : personne. Parce que personne ne veut assumer les conséquences.
Et vous, vous voulez vraiment qu’on attende qu’il soit trop tard pour en parler ?