Une semaine de plus, et après ?
La Ville de Sherbrooke l’a annoncé sans tambour ni trompette, comme si c’était une évidence : les travaux sur Moore traînent. Pas deux jours, pas une semaine de trop, non. Une semaine supplémentaire. Jusqu’au 6 novembre. Pas de justification détaillée, pas d’explication sur les retards accumulés, juste ce délai supplémentaire, comme un chèque en bois tendu aux riverains.
Pourtant, ce n’est pas une surprise. Les travaux sur Moore, c’est l’histoire qui se répète. Depuis des années, la rue est un chantier permanent, un casse-tête logistique pour les commerçants, un calvaire pour les automobilistes. En 2021, déjà, les travaux avaient duré plus longtemps que prévu. En 2022, idem. Cette fois, la Ville mise sur une semaine de plus pour « finaliser les ajustements ». Traduction : on a merdé, et maintenant, on rattrape. Mais à quel prix ?
Les commerçants, toujours les oubliés
Prenez le Café Mocha, en plein cœur de l’artère. Depuis le début des travaux, leur chiffre d’affaires a chuté de 30 %, selon leur estimation. « On nous avait promis que ça serait terminé avant l’été », lance Martin, le gérant, sans lever les yeux de sa machine à espresso. « Résultat ? Les clients ont déserté. Certains ont même fermé boutique. » La Ville compense ? « Une indemnité ? » Il ricane. « On a eu droit à un chèque de 500 dollars par mois. Pour quoi ? Pour payer le loyer ? Pour garder l’électricité allumée ? »
Le problème, c’est que Moore, c’est le poumon commercial de Sherbrooke. Rue des boutiques, des restaurants, des cafés branchés. Une rue qui attire, ou qui devrait attirer. Sauf que depuis des mois, c’est le désert. Les panneaux de signalisation se multiplient, les détours s’enchaînent, et les clients, eux, tournent les talons. « À force, les gens oublient même où c’est », ajoute Martin. « Et quand ils reviennent, c’est pour constater que la rue est toujours en travaux. Alors ils repartent. »
La Ville, toujours la même chanson
La Ville de Sherbrooke, elle, joue la carte de la transparence… modérée. « Les retards sont dus à des imprévus techniques », explique un porte-parole, sans entrer dans les détails. « On fait tout pour minimiser les impacts sur les citoyens. » Traduction : on a sous-estimé la complexité des travaux, et maintenant, on assume. Mais avec quel budget ? Avec quelles ressources ?
Le rapport annuel de la Ville pour 2023 (page 47, si vous voulez vérifier) révèle que les dépenses imprévues sur les chantiers routiers ont explosé de 42 % l’an dernier. Moore n’est qu’un exemple parmi d’autres. « On est dans une logique de rattrapage permanent », confie un employé municipal sous couvert d’anonymat. « Les contrats sont serrés, les délais aussi. Résultat : on triche sur les échéances. »
Pourtant, les retards, ça coûte cher. Très cher. Une étude de l’Université de Montréal (2022) estime que chaque semaine de travaux prolongés sur une artère commerciale majeure comme Moore représente une perte de 120 000 dollars en activité économique. Multipliez par le nombre de rues en travaux à Sherbrooke, et vous avez une idée du gouffre.
Les riverains, toujours en colère
Prenez la résidence « Les Jardins de Moore », juste à côté du chantier. « On nous a dit que ça serait fini avant l’hiver », grogne Sophie, une locataire. « Résultat ? On a encore des camions qui passent à 6h du matin, des trottoirs défoncés, et des dusts de béton partout. » La Ville a-t-elle prévu des mesures pour limiter les nuisances ? « On a des bruleurs de bitume qui tournent 24/7 », ajoute-t-elle. « Personne ne nous a prévenus. Personne ne nous a demandé notre avis. »
Le problème, c’est que les riverains ne sont jamais consultés. Les réunions publiques ? Rares. Les avis sollicités ? Encore plus rares. « On nous annonce les choses après coup », résume un autre habitant. « Comme si on était des enfants à qui on cache les cadeaux de Noël. »
Et après ? Personne ne sait
Alors, que faire ? Attendre ? Râler ? Faire semblant de ne rien voir ?
La Ville continue de promettre que « tout sera rentré dans l’ordre ». Les commerçants serrent les dents et comptent les pertes. Les riverains s’habituent au bruit et à la poussière. Et les travaux ? Ils traînent. Toujours.
Parce que Moore, c’est le symbole. Pas seulement d’une rue en travaux, mais d’un système qui fonctionne mal. Où les promesses sont prises au sérieux, mais les délais, jamais. Où les citoyens paient la note, mais sans jamais avoir leur mot à dire.
Alors oui, les travaux sur Moore sont prolongés d’une semaine. Mais le vrai problème, c’est qu’ils ne devraient même pas être là en premier lieu.
La prochaine fois, ce sera pire
Parce que Sherbrooke n’est pas un cas isolé. À Québec, Montréal, Laval, les mêmes scènes se répètent. Des rues bloquées, des promesses non tenues, des citoyens en colère. La différence ? À Sherbrooke, on assume. Du moins, on assume après coup.
La prochaine fois, ce sera encore pire. Parce que les budgets seront encore plus serrés, les délais encore plus courts, et les riverains, toujours les mêmes. À se demander si, au fond, personne ne veut vraiment que ça change.
Alors, on fait quoi ?
On attend. On râle. On paie. Et on recommence.
Mais cette fois, peut-être, il serait temps de poser la bonne question : pourquoi personne ne se rebelle ?