Le tourisme explose en PIB, les emplois peinent à suivre

Le PIB touristique bondit de 11,7 % en 2025, mais les secteurs clés, hôtellerie, restauration, traînassent à embaucher. Résultat : une croissance qui ne profite pas à ceux qui en ont besoin. Voici pourquoi les chiffres cachent une réalité moins reluisante.

Publié le 20 octobre 2026 à 20:01
Le tourisme explose en PIB, les emplois peinent à suivre

Le tourisme explose en PIB, les emplois peinent à suivre

En 2025, le compte satellite du tourisme (CST) affiche un PIB touristique en hausse de 11,7 % par rapport à 2024. Un chiffre qui claque, surtout après des années de crise. Sauf que.

Sauf que les chiffres ne disent rien des 30 000 offres d’emploi non pourvues dans la restauration à Paris, selon l’INSEE. Ni des salaires qui stagnent, ni des saisonniers payés au lance-pierre. Le tourisme, c’est comme un feu d’artifice : ça brille, mais au sol, ça ne réchauffe pas grand monde.

Pourquoi le PIB touristique gonfle sans les emplois

La croissance ? Elle vient surtout des visiteurs étrangers, +15 % sur l’année, tirés par les Chinois et les Américains. Mais les Français, eux, dépensent moins. Moins de nuits passées en hôtel, moins de restaurants fréquentés. Résultat : les marges des entreprises montent, mais les embauches, non.

Prenez Accor, qui a affiché un bénéfice record en 2025. Pourtant, leurs hôtels en province tournent encore à 80 % de leur capacité. Pourquoi ? Parce que les prix ont grimpé, +9 % en moyenne, et que les salaires, eux, n’ont pas suivi. Un client qui paie 120 € la nuit ne veut pas d’un serveur à 10 €/h.

Et puis, il y a l’effet Uber. Les plateformes de location courte durée (Airbnb, Abritel) captent une part croissante des nuitées. En 2025, elles représentaient 22 % des logements touristiques en France, selon la DGE. Sauf que ces locations ? Presque jamais déclarées. Pas d’impôts, pas de charges, pas d’emplois locaux. Juste des revenus qui fuient.

Les régions qui trinquent (et celles qui kiffent)

Tout le monde ne profite pas de la fête. La Corse, par exemple, voit son tourisme bondir de 18 %, mais ses infrastructures routières pourrissent. Résultat : embouteillages monstres à Ajaccio, et des commerçants qui maudissent les touristes qui débarquent en jet privé pour squatter les plages.

À l’inverse, les stations de ski tirent leur épingle du jeu. Val Thorens a enregistré un record de fréquentation en 2025, avec 1,8 million de visiteurs, +20 % sur l’année. Pourquoi ? Parce qu’elles ont su miser sur les expériences VIP : forfaits tout compris, hébergements luxes, moniteurs privés. Le prix moyen d’un forfait a explosé : +15 % en un an. Problème : les skieurs locaux, eux, galèrent. Le SMIC ne suffit plus pour payer un forfait à 80 € la journée.

Ce que les chiffres ne montrent pas

Le CST, c’est bien. Sauf que ce compte satellite ne mesure pas tout. Il ignore l’impact environnemental : les 40 millions de touristes supplémentaires en 2025 ont généré 12 millions de tonnes de CO₂ en plus, selon l’ADEME. Il ignore aussi la précarité des travailleurs du secteur : 35 % des emplois du tourisme sont en CDD, et 20 % des salariés touchent moins de 1 500 € net par mois, d’après l’INSEE.

Et puis, il y a l’effet bulle. Les hôtels cinq étoiles de Paris cartonnent, mais les auberges de province ferment. À Lyon, 15 % des hôtels indépendants ont mis la clé sous la porte depuis 2023. Pourquoi ? Parce que les touristes préfèrent les plateformes low-cost. Résultat : des villes entières qui perdent leur âme commerciale.

La vraie question : et après ?

Le tourisme français a le vent en poupe. Mais pour combien de temps ? Les salaires ne suivent pas, les infrastructures non plus, et l’environnement, lui, ne négocie pas. En 2025, la France a accueilli 100 millions de touristes. En 2030, on pourrait frôler les 150 millions.

Sauf que les Français, eux, voyagent de moins en moins. Sauf que les emplois restent précaires. Sauf que les plateformes numériques grignotent les marges.

La croissance du PIB touristique, c’est joli. Mais ça ne nourrit pas les serveurs de Marseille.

Et ça, personne ne le mesure dans les comptes satellites.

R
R Galaxie Rédaction

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