Pourquoi ce Toshiba Libretto 50 de 1997 vaut-il encore 10 000 euros ?

À Akihabara, un Libretto 50 de 1997 réapparaît en vitrine. Ce mini-PC de 850 grammes, conçu pour les cadres en déplacement, fascine encore les collectionneurs. Mais derrière cette relique technologique, se cache une histoire plus large : celle d’une époque où l’électronique grand public oubliait l’ergonomie au profit du marketing. Et si ces objets étaient moins des reliques que des symptômes ?

Publié le 10 octobre 2026 à 14:12
Pourquoi ce Toshiba Libretto 50 de 1997 vaut-il encore 10 000 euros ?

Un ordinateur conçu pour les cadres en déplacement, ou l’art de mal vendre une bonne idée

Le Libretto 50 n’était pas un jouet. Toshiba l’a imaginé pour les professionnels qui voulaient un PC portable vraiment portable : assez léger pour être glissé dans une mallette, assez puissant pour tourner sous Windows 95 sans faiblir. Le résultat ? Un boîtier en magnésium, des dimensions de 20 x 15 x 3 cm, et ce poids plume de 850 g. À l’époque, en 1997, c’était du jamais vu. Les autres portables pesaient 3 kg minimum. Les ultraportables comme l’IBM ThinkPad 760ED frôlaient les 2 kg. Le Libretto, lui, tenait dans une poche.

Sauf que personne n’a vraiment acheté ça pour les cadres. Les chiffres de vente le montrent : Toshiba en a écoulé environ 200 000 unités entre 1995 et 2000 (source : Toshiba Corporate History). Pas un flop, mais loin des millions des IBM ou des Compaq. Pourquoi ? Parce que le marché avait déjà viré à l’excès. Les entreprises voulaient des machines puissantes, pas pratiques. Un écran de 7,5 pouces, c’était trop petit pour les présentations PowerPoint. Un clavier sans pavé numérique, c’était une hérésie pour les comptables. Et 850 g ? Trop léger pour inspirer confiance.

Le Libretto était une réponse à un besoin réel. Mais le besoin réel, à l’époque, c’était le statut. Un cadre qui sortait un Libretto en réunion faisait figure d’excentrique. Un cadre qui sortait un IBM ThinkPad 760ED, lui, faisait figure de cadre.

Et aujourd’hui ? Les collectionneurs paient 10 000 euros pour un objet que personne n’a vraiment utilisé à l’époque. Ironie du sort.

Le marché des reliques technologiques : quand le nostalgique paie le prix du gâchis

Akihabara, c’est le temple des objets inutiles et chers. Les figurines de Gundam, les consoles Famicom jaunies, les cartes graphiques Scythe des années 2000… Le Libretto 50 s’y insère comme un maillon logique. Mais ce qui intéresse, ce n’est pas seulement son prix. C’est ce qu’il révèle sur la façon dont la tech a évolué, ou plutôt, dégénéré.

Prenez les ultraportables aujourd’hui. Un MacBook Air pèse 1,2 kg. Un Surface Pro, 700 g. Des poids proches du Libretto. Sauf que ces machines coûtent 1 000 à 2 000 euros neufs. Le Libretto, lui, vaut 10 fois plus en occasion. Pourquoi ? Parce qu’il est rare, oui. Mais aussi parce qu’il incarne une époque où l’industrie technologique avait encore des idées. Pas seulement des produits.

Le Libretto, c’était une machine pensée pour un usage précis. Les ultraportables d’aujourd’hui ? Des machines fabriquées pour exister. Leur légèreté n’est pas une fonctionnalité, c’est un argument marketing. Leur autonomie ? Un leurre. Leur écran ? Trop petit pour travailler, trop grand pour la poche. Le Libretto, au moins, assumait ses limites. Il disait : « Je suis petit, je suis léger, je ne ferai pas tout, mais je ferai ce pour quoi je suis fait. » Les machines actuelles disent : « Regardez comme je suis fin. Maintenant, essayez de bosser dessus. »

Et les collectionneurs, dans tout ça ? Ils paient pour un objet qui n’a jamais été vendu à son époque. Comme si le vrai marché du vintage, ce n’était pas le passé, mais l’avenir, un futur où l’on regrettera que la tech ait oublié l’ergonomie au profit du design.

Le vrai problème, c’est pas le poids : c’est le vide

Le Libretto 50 pèse 850 g. Un MacBook Air en pèse 1,2 kg. À première vue, la comparaison est simple : le Toshiba était plus léger. Sauf que ce n’est pas le poids qui compte. C’est ce qu’il y avait dedans.

En 1997, un Pentium 133 MHz et 32 Mo de RAM, c’était assez pour un usage bureautique. Aujourd’hui, avec ces mêmes spécifications, vous ne pourriez même pas ouvrir un navigateur moderne. Le Libretto était limité, mais il était suffisant. Le problème, ce n’est pas qu’il était léger. C’est qu’il était complet.

Regardez un Raspberry Pi 4. 700 g. 4 cœurs, 8 Go de RAM. Assez pour tourner Linux, des serveurs légers, même quelques jeux rétro. Coût ? 75 euros. Le Libretto, lui, coûtait 2 500 dollars à sa sortie (soit environ 5 000 euros actuels). Pour quoi ? Pour un PC qui tournait Windows 95 juste assez pour envoyer des mails et lire des PDF. Pas pour jouer à Doom, pas pour monter des vidéos. Juste pour travailler.

Le marché a viré à l’excès. D’un côté, les géants ont surdimensionné leurs machines pour justifier des prix élevés. De l’autre, les startups ont sous-dimensionné les leurs pour justifier des prix bas. Le Libretto, lui, était juste. Pas trop cher, pas trop léger, pas trop lent. Juste assez pour faire le job. Et c’est ça, le vrai crime : une machine qui a réussi son époque… mais que personne n’a vraiment achetée.

Akihabara, ou l’illusion du retour en arrière

À Akihabara, on vend du rêve. Des retro gaming qui ne fonctionnent plus, des vintage cameras dont plus personne n’a les films, des PC portables dont le seul usage aujourd’hui est de servir de support à un Raspberry Pi. Le Libretto 50 s’inscrit dans cette logique : « Voici ce que la tech aurait pu être si on avait arrêté de courir après la performance pour courir après le sens. »

Sauf que le retour en arrière, c’est une illusion. Vous ne pouvez pas racheter un Libretto en 2024 et vous dire : « Maintenant, je vais travailler comme en 1997. » Parce que le monde a changé. Les logiciels ont grossi. Les besoins aussi. Un PC de 1997, même ultra-léger, ne suffirait plus aujourd’hui. Même pour envoyer des mails.

Alors pourquoi ces objets valent-ils si cher ? Parce qu’ils sont des miroirs. Ils reflètent ce que la tech a perdu : la simplicité, l’usage premier, la fonction avant la forme. Le Libretto 50, ce n’est pas un objet du passé. C’est un avertissement pour l’avenir : quand une industrie oublie pourquoi elle existe, même ses plus belles inventions finissent au fond d’un placard.

Le vrai prix du Libretto 50 : ce qu’on ne voit pas

10 000 euros. C’est le prix d’un Libretto 50 en 2024. Assez pour acheter un MacBook Pro neuf. Sauf que le MacBook Pro, lui, il fonctionne. Il tourne sous macOS, il gère les logiciels modernes, il a une autonomie décent. Le Libretto ? Il tourne sous Windows 95, il plante sur les PDF récents, et sa batterie tient… 2 heures, si vous avez de la chance.

Alors pourquoi payer 10 fois plus ? Parce que le vrai coût du Libretto, ce n’est pas son prix. C’est ce qu’il représente : une époque où la tech avait encore des idées claires. Pas des produits flous. Une époque où un ordinateur était d’abord un outil, pas un statut.

Aujourd’hui, les ultraportables coûtent 1 000 euros et pèsent 1,2 kg. Demain, peut-être qu’ils coûteront 2 000 euros et pèseront 500 g. Mais ils ne seront toujours pas suffisants. Parce que le vrai problème, ce n’est pas le poids. C’est le vide.

Le Libretto 50, lui, il était plein. Même si personne ne l’a jamais vraiment utilisé.

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R Galaxie Rédaction

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