Un tireur frappe une école primaire en Oregon

Quatre personnes tuées, dont trois enfants, dans une école de Bend. Les armes circulent encore trop librement aux États-Unis. Et les politiques ? Elles regardent ailleurs.

Publié le 16 octobre 2026 à 12:03
Un tireur frappe une école primaire en Oregon

Pourquoi ça recommence toujours ?

On pourrait croire que les États-Unis en ont assez. Qu’ils ont enfin compris que laisser des armes à feu entre les mains de n’importe qui, c’est comme jouer à la roulette russe avec des écoles. Pourtant, non. Chaque fois, c’est la même litanie : des condoléances, des prières, des promesses creuses, et puis… plus rien. Le Washington Post a compté : depuis 1982, il y a eu au moins 200 tirs de masse dans des écoles aux États-Unis. Deux cents. Avec des centaines de morts. Et chaque fois, les mêmes lobbies tirent dans l’autre sens. La NRA, les fabricants d’armes, les politiciens achetés : ils bloquent les lois, achètent les débats, et font semblant de s’indigner quand les corps s’entassent.

En 2018, après Parkland, on avait cru à un tournant. Des lycéens avaient manifesté, les médias avaient couvert le sujet, les sondages montraient une majorité pour le contrôle des armes. Résultat ? Rien. Le Congrès a fait les sourds. Aujourd’hui, l’Oregon a une loi sur les red flag laws : on peut retirer temporairement une arme à quelqu’un jugé dangereux. Mais ça ne suffit pas. Parce que le vrai problème, c’est que les armes sont partout. Trop faciles à obtenir. Trop faciles à cacher. Et trop faciles à utiliser.

Le chiffre qui résume tout : aux États-Unis, il y a plus de 393 millions d’armes en circulation. Pour 330 millions d’habitants. Ça veut dire quoi ? Que dans un pays où une personne sur trois possède une arme à feu, les enfants grandissent en sachant qu’à tout moment, un fou, un désespéré, ou juste un connard avec un mauvais jour peut tout faire sauter.

Et les politiques ? Ils ferment les yeux. Parce que parler de contrôle des armes, c’est perdre des voix. C’est se faire traiter de gun grabber. C’est se faire financer par personne. Alors ils préfèrent attendre la prochaine fois. La prochaine école. Les prochains enfants.

Les écoles, des cibles trop faciles

À Bend, comme à Uvalde, comme à Parkland, comme à Sandy Hook : les écoles sont devenues des zones de non-droit. Des endroits où la police met des minutes à arriver, où les portes ne tiennent pas contre un tireur déterminé, où les enseignants n’ont pas les moyens de se battre. Parce que les États-Unis ont choisi ça. Ils ont choisi de mettre des flics armés dans les écoles plutôt que de désarmer les fous.

En 2022, le Centers for Disease Control (CDC) a publié un rapport : les enfants américains ont 16 fois plus de risques de mourir par balle que ceux des autres pays développés. Seize fois. Et ça, c’est quand on parle de tous les tirs, pas juste ceux de masse. Les accidents. Les suicides. Les règlements de comptes qui dérapent. Tout ça, c’est la face cachée de la machine à tuer américaine.

Pourtant, personne ne semble vraiment choqué. Plus. C’est devenu une habitude. Une nouvelle normalité. Comme les attentats en Europe, comme les fusillades en Afrique, comme les massacres au Moyen-Orient : on s’y fait. On baisse les yeux. On passe à autre chose.

Sauf que là, ce sont des enfants. Pas des soldats. Pas des terroristes. Juste des gamins qui rentraient chez eux après l’école.

Ce que les adultes refusent de voir

Les parents de Bend vont devoir expliquer à leurs enfants pourquoi leur camarade ne viendra plus à la récré. Pourquoi il y a des fleurs devant l’école, maintenant. Pourquoi la police patrouille avec des armes plus lourdes. Les enseignants vont devoir serrer les dents et continuer à faire semblant que tout va bien. Les politiciens vont envoyer des tweets en pensant bien faire, et puis ils iront chasser le week-end.

Parce que c’est comme ça, aux États-Unis. On pleure les morts, on serre les poings, et puis on retourne à la vie normale. Comme si rien ne s’était passé.

Sauf que si. Tout a changé. Pour ces familles. Pour ces enfants qui ne reverront jamais leur mère, leur père, leur frère. Pour cette société qui continue à fonctionner comme si de rien n’était, alors qu’elle est pourrie jusqu’à la moelle.

La vraie question, c’est : jusqu’à quand ?

Jusqu’à quand les États-Unis vont-ils laisser leurs enfants se faire descendre comme des lapins ? Jusqu’à quand vont-ils préférer les dollars des lobbies aux vies de leurs concitoyens ? Jusqu’à quand vont-ils croire que prier ou acheter des gilets pare-balles suffira ?

La réponse, on la connaît déjà. Parce que la prochaine fois, ce sera ailleurs. Et peut-être que ce sera votre enfant, à vous.

Ce qu’on ne dit jamais

Personne ne parle des tireurs qui ne tirent pas. Ceux qui achètent une arme et qui ne s’en servent jamais. Ceux qui la rangent au placard et qui vivent leur vie sans faire de mal à personne. Parce que ce n’est pas eux, le problème. Le problème, c’est ceux qui décident de s’en servir. Et le problème, c’est que ces gens-là, on ne peut pas les repérer à l’avance. Pas vraiment.

Alors quoi ? Faut-il interdire toutes les armes ? Non. Mais faut-il en laisser n’importe qui en acheter, n’importe quand, sans vérification, sans limite ? Évidemment que non.

Faut-il armer les enseignants ? Non. Faut-il mettre des flics dans chaque classe ? Non plus. Faut-il continuer à faire semblant que tout va bien alors que des enfants meurent par dizaines chaque année ? Absolument pas.

Alors on fait quoi ? On attend la prochaine fois. Et après ça, on recommencera à s’indigner.

Parce que c’est plus facile que de changer les choses.

La prochaine fois, ce sera pire

Les États-Unis ont un mot pour ça : school shooting. Un terme froid. Technique. Comme si c’était une maladie, une épidémie. Comme si c’était inévitable. Comme si, un jour, ça pourrait vous arriver.

À Bend, ils vont rebâtir. Ils vont mettre des caméras. Des détecteurs de métal. Des psychologues. Des flics. Et dans quelques années, quand un autre fou décidera de faire pareil, ils feront semblant d’être surpris. Ils pleureront. Ils serreront les poings. Et puis ils retourneront à leur vie.

Parce que c’est comme ça. Et parce que personne ne veut vraiment que ça change.

Alors on attend. On attend la prochaine fois.

Et après ça, on recommence.

R
R Galaxie Rédaction

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