Le 12 mars 2024, TikTok a signé un chèque de 100 millions de dollars à l’État de l’Alabama. Pas pour acheter des influenceurs ou des tendances virales, mais pour éviter un procès. Un procès qui accusait la plateforme d’avoir exposé des milliers d’adolescents à des contenus dangereux, de la dépression aux défis mortels en passant par la pornographie algorithmique. L’accord ? Oui, mais à quel prix, et pour qui vraiment ?
L’État américain exige aussi que TikTok impose une limite quotidienne de deux heures pour les utilisateurs de moins de 18 ans. Deux heures. C’est le temps qu’il faut pour regarder trois films d’horreur, ou pour scroller jusqu’à l’épuisement. Ça ressemble à une victoire. Sauf que personne ne croit que les ados vont respecter ça. Personne, sauf les adultes qui ferment les yeux.
L’argent ne suffit pas à calmer les parents
En 2023, une étude de l’Université du Michigan avait révélé que 30 % des ados américains utilisaient TikTok plus de 5 heures par jour. Deux heures, c’est presque une blague. Pourtant, l’Alabama a obtenu gain de cause : pas un procès, pas de mauvaise publicité, juste un chèque et des promesses. TikTok a gagné. Mais les ados, eux, n’ont rien gagné du tout.
Pourquoi l’Alabama ? Parce que c’est un État conservateur, où les parents et les élus ont enfin décidé de ne plus faire semblant. D’autres États suivent : la Floride, la Géorgie, le Texas. La guerre des régulations commence. Mais attention : ces lois, ces accords, ces limites… ils ne protègent pas les enfants. Ils protègent l’image de TikTok.
Le vrai combat : l’algorithme, pas le temps d’écran
Deux heures par jour. Super. Sauf que le problème, ce n’est pas le temps passé sur TikTok. C’est ce que l’algorithme leur montre. Des vidéos qui poussent à la dysmorphie corporelle, des défis suicidaires, des théories du complot pour ados. Personne ne parle de ça dans l’accord.
En 2022, une enquête du Wall Street Journal avait révélé que TikTok savait pertinemment que sa plateforme était toxique pour les jeunes. Ils ont continué. Parce que l’argent prime. Parce que les actionnaires veulent des vues, des likes, des heures de scroll. Pas des vies brisées.
Et maintenant, avec ces deux heures imposées, qu’est-ce qui va changer ? Rien. Les ados contourneront la limite. Ils utiliseront un autre compte, un VPN, ou simplement mentiront sur leur âge. Comme ils le font déjà.
Pourquoi les régulateurs ferment-ils les yeux ?
Parce que personne ne veut vraiment réguler TikTok. Les États-Unis ? Trop dépendants de la Chine. L’Europe ? Trop lâche pour affronter ByteDance. Alors on fait semblant.
En 2023, la Commission européenne a interdit TikTok aux appareils gouvernementaux. Une mesure symbolique. Aucune sanction, aucun vrai contrôle. Juste une tape sur le poignet. Comme l’accord de l’Alabama.
Le problème, c’est que TikTok n’est pas un bug. C’est un modèle économique. Un modèle qui repose sur l’addiction, la peur, la comparaison sociale. Et personne ne veut le casser.
Ce que ça change (et ce que ça ne change pas)
Alors oui, l’Alabama a obtenu 100 millions. Oui, il y aura des limites pour les mineurs. Mais ça ne sauvera pas les ados.
Ce qui sauverait les ados, ce serait :
- Un algorithme transparent, qui ne pousse pas à la haine ou à la dépression.
- Des sanctions réelles contre TikTok si les contenus dangereux persistent.
- Une éducation aux réseaux sociaux dans les écoles, pas des leçons moralisatrices sur le temps d’écran.
Au lieu de ça, on a un accord qui fait bonne figure. Un parchemin juridique pour calmer les parents en colère.
La vraie question : et après ?
L’Alabama a ouvert la voie. D’autres États vont suivre. Mais sans pression réelle, sans vraie régulation, ça ne servira à rien.
TikTok paie. Les ados continuent de scroller. Et les adultes ? Ils regardent ailleurs.
Parce que le vrai problème, ce n’est pas TikTok. C’est qu’on préfère fermer les yeux plutôt que de regarder en face ce qu’on a créé.