Tihange 3 redémarre, mais à moitié

Le réacteur belge Tihange 3, arrêté pour maintenance, est déjà relancé avant l’heure. Problème : il tourne encore à puissance réduite, et personne ne dit pourquoi. Un redémarrage précipité qui interroge sur les priorités de l’atome en Europe.

Publié le 18 octobre 2026 à 10:12
Tihange 3 redémarre, mais à moitié

Le 28 mars, à 10h37, les aiguilles de Tihange 3 ont bougé. Pas celles du compteur de la centrale, non : celles des marchés de l’électricité. Le réacteur belge, arrêté depuis des mois pour des contrôles de routine, a repris du service mercredi dernier. Trois semaines plus tôt que prévu. Officiellement, ENGIE Electrabel, qui gère le site, parle d’un « calendrier optimisé ». Traduction : on a accéléré, point. Mais personne ne précise pourquoi. Ni à quelle vitesse on va pousser les manettes. Car Tihange 3, aujourd’hui, c’est comme un vélo rouillé : ça roule, mais à moitié. À 50 % de sa puissance nominale, selon les dernières données de l’Agence fédérale de contrôle nucléaire (AFCN). Et ça, c’est un détail qui en dit long.

Un réacteur qui tousse, et Bruxelles qui ferme les yeux

En 2012, Tihange 3 avait déjà fait parler de lui. Des microfissures dans le cuve du réacteur avaient forcé son arrêt pendant des années. On avait parlé de « défauts de fabrication », de « risques non maîtrisés », et même d’un rapport confidentiel de l’AFCN qui pointait des « anomalies structurelles ». Résultat : des années de procédures, des milliards dépensés en réparations, et une réputation de centrale « à risque ». Pourtant, aujourd’hui, on relance le bébé comme si de rien n’était. Sauf que ce n’est pas rien.

L’AFCN, censée veiller au grain, se contente de publier des communiqués lisses. « Les contrôles supplémentaires ont été réalisés avec succès », assure-t-elle. Succès ? Le terme est discutable. Car même si les fissures de 2012 ont été « colmatées », personne ne garantit qu’elles ne réapparaîtront pas. Et surtout, personne ne dit pourquoi on a précipité le redémarrage.

Pourtant, les indices ne manquent pas. En Belgique, les centrales nucléaires ferment les unes après les autres. Doel 4, voisine de Tihange, doit s’arrêter définitivement en 2025. Tihange 2 suit en 2026. Dans ce contexte, chaque jour de production compte. Surtout quand l’Europe cherche désespérément à réduire sa dépendance au gaz russe. ENGIE Electrabel a donc intérêt à faire tourner Tihange 3 le plus vite possible. Même à moitié.

Le nucléaire belge, otage de la politique européenne

Derrière ce redémarrage précipité, il y a une équation simple : l’Europe a besoin d’électricité, et le nucléaire reste le parent pauvre des énergies « vertes ». La Commission européenne, malgré ses beaux discours sur les renouvelables, continue de subventionner les vieux réacteurs. En 2023, Bruxelles a même assoupli les règles pour permettre aux États de prolonger la durée de vie de leurs centrales. La Belgique, elle, tergiverse. Officiellement, elle veut sortir du nucléaire d’ici 2025. Officieusement, elle ne sait pas comment faire sans.

ENGIE Electrabel, de son côté, joue la carte de la prudence… mais pas trop. Le groupe a investi des centaines de millions dans Tihange 3. Il ne va pas laisser une centrale à l’arrêt par principe. D’autant que la Belgique importe massivement de l’électricité française ces derniers mois. Une dépendance qui arrange Paris, mais pas Bruxelles. Alors on relance Tihange 3, même si ça grince.

Les risques ? On les connaît, on les assume

Les microfissures de 2012 n’étaient pas un incident isolé. D’autres réacteurs en Europe ont eu des problèmes similaires. En France, Fessenheim avait ses propres soucis de cuve. En Allemagne, des centrales ont été fermées pour des défauts de soudure. La Belgique n’est pas une exception.

Pourtant, l’AFCN et ENGIE Electrabel minimisent. « Les marges de sécurité sont respectées », répète-t-on de tous côtés. Mais à quoi bon des marges de sécurité si on pousse les machines à fond ? Tihange 3 tourne à 50 %. Demain, ce sera 70 %. Après-demain, 100 %. Et si un nouveau problème apparaît ?

Le vrai problème, c’est que personne ne veut assumer les conséquences. Les écologistes crient au scandale, mais sans proposer de solution crédible. Les politiques parlent de « transition énergétique », mais continuent de s’appuyer sur le nucléaire. Et le public ? Il est largué. On lui dit que c’est sûr, mais personne ne lui explique pourquoi on prend des risques.

La Belgique joue avec le feu… et les factures

Relancer Tihange 3 avant l’heure, c’est aussi une question d’argent. Chaque jour d’arrêt coûte cher. Chaque kilowattheure produit évite une importation coûteuse. Mais à quel prix ?

Un rapport de l’Université de Liège, publié en 2022, estimait que les réparations sur les cuves des réacteurs belges pourraient coûter jusqu’à 1,5 milliard d’euros supplémentaires. Un chiffre qui n’a pas dissuadé ENGIE Electrabel. Pourquoi ? Parce que la Belgique n’a pas le choix.

Sans Tihange 3, sans Doel 4, sans Tihange 2, le pays serait en black-out l’hiver prochain. Et personne ne veut en arriver là. Alors on serre les dents, on relance les centrales, et on croise les doigts pour que ça tienne.

Et après ? Personne ne sait.

Tihange 3 tourne à 50 %. Dans quelques semaines, ce sera 100 %. Puis quoi ? Une nouvelle panne ? Un nouveau scandale ? Une nouvelle fissure ?

Ce qui est sûr, c’est que la Belgique continue de miser sur le nucléaire, malgré les risques. Parce que les alternatives ne sont pas là. Le vent ne souffle pas assez fort, le soleil ne brille pas assez longtemps, et les politiques hésitent encore sur le gaz. Alors on fait avec ce qu’on a.

Et vous, vous feriez quoi à leur place ? Attendre que ça explose ? Ou serrer les dents et prier pour que ça tienne ?

La réponse, elle, est déjà dans les chiffres. Et elle ne plaide pas pour l’optimisme.

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R Galaxie Rédaction

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