Pourquoi les SMR intéressent tout le monde… sauf la Suisse
Les SMR (Small Modular Reactors) sont la nouvelle folie des énergéticiens. Modulables, compacts, moins chers à construire que les centrales classiques : ces réacteurs séduisent les pays qui veulent décarboner sans dépendre du gaz russe ou des éoliennes intermittentes. La Chine en construit déjà une dizaine. Le Royaume-Uni a lancé un appel d’offres pour six sites. Même la France, malgré ses réticences, étudie le dossier.
La Suisse, elle, traîne. Pas un mot sur les SMR dans les rapports de l’Office fédéral de l’énergie (OFEN). Pas une ligne dans les débats parlementaires. Pourtant, le pays a un problème : ses centrales vieillissent, et le gouvernement veut fermer les dernières d’ici 2034. Sans solution de rechange crédible, c’est le black-out assuré.
Le chiffre qui claque : selon l’AIE, les SMR pourraient représenter 15 % de la production nucléaire mondiale d’ici 2040. La Suisse, elle, mise sur… rien.
Pourtant, un détail saute aux yeux : le pays a les compétences. Les ingénieurs suisses ont conçu certains des réacteurs les plus sûrs au monde. Mais aujourd’hui, ils regardent les autres innover sans eux.
Le lobby qui freine tout
En Suisse, deux camps s’affrontent. D’un côté, les écologistes, qui veulent fermer toutes les centrales d’ici 2030. De l’autre, les industriels, qui savent que sans nucléaire, c’est l’effondrement du réseau. Entre les deux ? Personne ne parle des SMR.
Pourquoi ? Parce que le nucléaire suisse est un système fermé. Les grands acteurs comme Axpo ou BKW n’ont aucun intérêt à voir débarquer des technologies concurrentes. Les SMR, justement, pourraient casser leur monopole. Moins chers, plus flexibles, ils permettraient à des petits opérateurs d’entrer sur le marché.
Le nom à retenir : NuScale, le constructeur américain qui vient de se faire autoriser. En Suisse, on ne connaît même pas leur nom. Pourtant, c’est eux qui pourraient sauver le pays de la panne.
Ce que cache le silence suisse
Le vrai problème, ce n’est pas l’absence de débat. C’est l’absence de pression. En France, EDF doit justifier ses choix devant les médias et les lobbies. En Suisse, l’OFEN décide en catimini. Résultat : les SMR sont relégués au rang de « technologie future », alors qu’elles sont déjà une réalité ailleurs.
La question qui dérange : si la Suisse ne bouge pas maintenant, elle sera obligée de racheter des SMR à l’étranger… ou de subir des coupures. Personne n’en parle, mais tout le monde le sait.
Le piège des régulateurs
En 2023, l’IFSN (l’autorité suisse de sûreté nucléaire) a rejeté une demande de test pour un SMR. Officiellement, pour des « raisons techniques ». Officieusement, parce que ça compliquerait la vie des centrales existantes.
Le paradoxe ? La Suisse est l’un des pays les plus sûrs au monde en matière nucléaire. Pourtant, ses régulateurs agissent comme si les SMR étaient une menace. Alors qu’ils pourraient être la solution.
Le détail qui en dit long : en 2022, NuScale a proposé un partenariat à un canton suisse. Réponse : silence radio. Aujourd’hui, le même projet est en discussion avec des États américains. La Suisse rate le train.
Et si c’était trop tard ?
Les SMR ne sont pas une panacée. Elles coûtent cher, prennent du temps, et posent des questions sur la gestion des déchets. Mais en Suisse, le vrai blocage n’est pas technique. C’est politique.
Le pays a le choix : soit il se réveille et investit dans ces réacteurs maintenant, soit il attend que les autres fassent le travail à sa place. Avec une différence de taille : les autres ne lui vendront pas leur technologie à prix d’ami.
La dernière ironie : la Suisse, qui se targue d’être un leader en énergie propre, pourrait bien finir par importer ses solutions. Comme elle l’a fait pour ses masques pendant le Covid.
La conclusion qui pique :
La Suisse a deux ans pour décider. Après, ce sera trop tard. Pas parce que les SMR ne marcheront pas. Parce que les autres les auront déjà .
Et là , il faudra choisir : soit on ferme les yeux et on risque la panne, soit on ouvre les portes… et on laisse entrer la concurrence.