Le ticket-resto entre dans les rayons, et les inégalités avec lui
Imaginez : vous faites vos courses au Carrefour de votre quartier, panier rempli de produits à prix cassés, et là, vous sortez votre téléphone pour régler. Pas avec votre carte bancaire. Avec un ticket-resto. Celui-là même que votre patron vous a offert pour déjeuner au fast-food du coin. Sauf que là, c’est pour vos pâtes, votre fromage, et peut-être même votre vin. Bienvenue dans la France de 2024, où l’État légalise enfin ce que les classes moyennes supérieures pratiquaient déjà depuis des années : utiliser les avantages sociaux comme des chèques-cadeaux pour des dépenses qui ne devraient pas en être.
87 voix pour, zéro contre. L’Assemblée nationale a adopté en urgence, hier, une proposition de loi pérennisant l’usage des tickets-resto en supermarché. Une mesure qui sonne comme une victoire pour les salariés… mais qui, en réalité, avantagera surtout ceux qui n’en avaient pas besoin. Parce que oui : les tickets-resto, c’est d’abord un outil conçu pour les cadres et les employés bien payés. Ceux qui, avec leur salaire net après impôts, peuvent se permettre de payer 1,20 € de frais de gestion par ticket pour économiser 10 % sur leur note de courses. Ceux qui roulent en voiture et font leurs achats en grande surface plutôt qu’au marché du coin. Ceux qui, en un clic, transforment un avantage fiscal en réduction sur leur bouteille de vin.
Qui gagne vraiment avec cette mesure ?
Les chiffres, déjà, parlent d’eux-mêmes. Selon une étude de la Dares publiée en 2023, seulement 12 % des salariés gagnant moins de 1 500 € net par mois bénéficient d’un système de tickets-resto. À l’inverse, près de 60 % des cadres supérieurs en disposent. Traduction : cette mesure, c’est d’abord un cadeau aux 20 % les plus aisés des actifs, ceux qui ont déjà accès à des avantages sociaux. Ceux qui, avec leur salaire, peuvent se permettre de payer 1,20 € de frais par ticket pour économiser 5 € sur un panier de courses.
Mais l’État, lui, présente ça comme une mesure sociale. Comme si, soudain, les tickets-resto allaient sauver les ménages modestes de la crise du pouvoir d’achat. Spoiler : non.
Pourquoi ? Parce que les tickets-resto, c’est un système qui coûte cher aux employeurs. Et les employeurs, surtout les grandes entreprises, ne vont pas les distribuer à ceux qui en ont le plus besoin. Ils les réservent à leurs salariés les mieux payés. Ceux qui, souvent, n’ont pas besoin de cette aide pour manger. Ceux qui, au contraire, peuvent se permettre de payer plein pot leurs courses… mais qui préfèrent utiliser leur ticket-resto pour éviter de déclarer un peu plus de revenus fiscaux.
Le supermarché devient un paradis fiscal déguisé
Et puis, il y a le détail qui cloche : les supermarchés. Parce que oui, cette mesure, c’est aussi un cadeau pour eux. Pour Carrefour, Leclerc, Intermarché, et tous les autres. Des géants qui, depuis des années, voient leurs marges compressées par la guerre des prix et l’inflation. Et maintenant, ils vont pouvoir attirer une nouvelle clientèle : celle des cadres pressés qui veulent optimiser leur budget… tout en évitant de payer trop d’impôts.
Sauf que, pour les supermarchés, cette clientèle-là n’est pas la plus rentable. Ce sont les familles modestes qui achètent en vrac, qui comparent les prix, qui attendent les promotions. Pas les cadres qui font leurs courses en 10 minutes entre deux réunions et qui paient cash avec leur ticket-resto. Alors oui, les tickets-resto vont circuler dans les rayons. Mais ils ne vont pas sauver le pouvoir d’achat des classes populaires. Ils vont juste légaliser une pratique déjà largement répandue chez ceux qui n’en avaient pas besoin.
L’État ferme les yeux sur l’optimisation fiscale
Le vrai problème, c’est que cette mesure ignore royalement le vrai enjeu : l’optimisation fiscale. Parce que les tickets-resto, c’est aussi un moyen pour les salariés bien payés de réduire leur imposable. Un euro dépensé en ticket-resto, c’est un euro en moins à déclarer. Et avec l’inflation, ça devient un argument massue pour les employeurs : « On vous donne des tickets-resto, vous payez moins d’impôts, tout le monde est content. »
Sauf que, dans les faits, ceux qui en profitent le plus sont ceux qui n’ont pas besoin de cette aide. Les 10 % les plus riches des salariés, ceux qui gagnent déjà plus de 4 000 € net par mois. Ceux qui, avec leur salaire, peuvent se permettre de payer 1,20 € de frais par ticket pour économiser 5 € sur leur bouteille de vin.
Et l’État ? Il ferme les yeux. Parce que ça arrange tout le monde. Les employeurs, qui réduisent leurs charges sociales. Les supermarchés, qui attirent une nouvelle clientèle. Et les cadres, qui optimisent leur fiscalité. Les autres, ceux qui galèrent pour joindre les deux bouts, ils sont juste oubliés.
Une loi qui cache mal son vrai visage
Alors oui, les tickets-resto en supermarché, c’est une mesure adoptée à l’unanimité. Sans débat. Sans vraie discussion. Parce que, au fond, tout le monde y trouve son compte… sauf ceux qui en auraient le plus besoin.
Le Sénat va maintenant examiner ce texte. Mais attention : ce n’est pas une mesure sociale, c’est une mesure d’optimisation fiscale déguisée. Une façon pour l’État de faire semblant de faire quelque chose pour le pouvoir d’achat, alors qu’en réalité, il légalise un avantage pour ceux qui n’en avaient pas besoin.
La vraie question, c’est : pourquoi personne ne parle de redistribuer ces économies aux vrais précaires ? Parce que, au final, cette loi, elle ne change rien. Elle ne fait que officialiser ce que tout le monde savait déjà : les tickets-resto, c’est pour les riches.
Et ça, c’est une vérité que personne ne veut entendre.