Le 12 octobre 2023, Elon Musk a posté une vidéo sur X. On y voit le Cyberquad, ce cabriolet futuriste à quatre roues, décoller comme un avion. Deux propulseurs intégrés dans les ailes, une accélération verticale, et hop : vous volez. Enfin, presque. Pas assez pour la FAA. Le régulateur américain a tranché : ce truc, ce n’est pas un aéronef. Juste un véhicule routier. Point. Donc pas de certification, pas de vol, pas de rêve de survoler Los Angeles en cabriolet électrique à 200 000 dollars la copie. C’est mort avant même d’avoir décollé.
Pourtant, tout le monde s’y attendait. Tesla avait présenté le projet en 2021 comme une révolution. Des ingénieurs chez SpaceX et Tesla avaient même travaillé dessus en secret. Les premiers prototypes dataient de 2022, et Musk promettait des tests en vol dès 2023. Rien de tout ça. La FAA a simplement regardé les plans, a souri poliment, et a dit : « Non. »
Un jouet sans règles, c’est un jouet sans marché
La FAA a une logique implacable. Un aéronef, c’est quelque chose qui vole régulièrement. Avec des normes, des pilotes, des trajectoires. Le Cyberquad, lui, dépend d’un système de propulsion intégré qui n’a jamais été testé en conditions réelles. Pas de dossier solide = pas de certification. Pire : même si Tesla soumettait un dossier, la FAA exigerait des années de tests, des milliers de pages de conformité, et des millions en frais. À ce stade, c’est une impasse.
Musk a réagi comme d’habitude : avec un tweet énervé. « La FAA est en retard de 50 ans », a-t-il écrit. Sauf que non. La FAA n’est pas en retard. Elle applique des règles qui existent depuis les années 1930. Le vrai retard, c’est celui de Tesla.
Le problème, c’est que le Cyberquad n’est ni une voiture, ni un avion. C’est un objet hybride, sans cadre légal. Les constructeurs aéronautiques comme Boeing ou Airbus n’ont jamais eu ce genre de soucis : leurs avions sont conçus pour voler tout le temps. Pas pour faire des bonds de 150 mètres avant de redescendre comme un drone de jardin. La FAA a raison sur un point : ça ne vole pas assez pour être un avion, et ça ne roule pas assez pour être une voiture.
Le vrai enjeu : qui régule l’air ?
Derrière ce rejet, il y a une question plus large. Qui a le droit de voler ? Aujourd’hui, aux États-Unis, c’est la FAA qui décide. Mais avec l’arrivée des drones, des eVTOL (ces taxis volants en développement), et maintenant des cabriolets volants, le ciel devient un bordel administratif.
Prenez le cas des drones. La FAA a mis des années à encadrer leur usage. Résultat ? Des milliers de règles, des restrictions de vol, et une bureaucratie qui étouffe l’innovation. Le Cyberquad tombe dans le même piège.
Pourtant, d’autres pays sont plus souples. En Chine, par exemple, des entreprises comme EHang testent déjà des taxis volants sans certification aérienne classique. En Europe, l’EASA (l’équivalent de la FAA) travaille sur des règles pour les petits aéronefs électriques. Les États-Unis, eux, restent coincés dans leur propre rigidité.
Et si Tesla avait raison, après tout ?
Musk a toujours joué la carte de la provocation. En 2019, il avait promis un Cybertruck blindé, indestructible. Résultat ? Des portes qui s’envolent, des vitres qui explosent, et un procès en vue. Avec le Cyberquad, c’est la même logique.
Le problème, c’est que Tesla n’a jamais eu l’intention de vendre ce véhicule en masse. C’est un produit de niche, pour les ultra-riches qui veulent se prendre pour des super-héros. Mais même pour eux, sans certification, c’est un gadget dangereux. Un jour, un Cyberquad va s’écraser. Et là , ce ne sera plus une question de réglementation, mais de responsabilité.
La FAA a fait ce qu’elle devait faire. Elle a dit non à une technologie qui n’est pas prête. Le vrai débat, c’est ailleurs : est-ce que les régulateurs sont capables de suivre le rythme de l’innovation ? Ou est-ce que l’innovation va toujours devancer les règles, comme d’habitude ?
Le cabriolet volant, c’est déjà fini
En 2025, Tesla pourrait très bien relancer le projet. Avec de nouvelles normes, de nouveaux tests, peut-être même une certification limitée. Mais ce ne sera plus la même chose.
Le Cyberquad, tel qu’il était imaginé, est mort. Pas parce que la technologie est mauvaise, mais parce que personne ne veut en assumer les risques.
Et c’est peut-être une bonne nouvelle. Parce qu’un ciel rempli de cabriolets volants sans règles, ça finit toujours mal. Regardez les accidents de drones en Europe, ou les crashes de prototypes chez Zoom ou Joby Aviation.
La FAA a sauvé tout le monde d’un mauvais rêve. Sauf que personne ne le lui reprochera. Parce que personne n’a vraiment envie de voir ça devenir réalité.