En 2004, la commission sur le 11-Septembre avait pointé du doigt « un manque d’imagination » chez les services de renseignement. Vingt ans plus tard, le problème n’est plus de ne pas voir venir les menaces. C’est de ne pas les comprendre quand elles arrivent sous forme de code, de pixels, ou de drones qui se pilotent tout seuls à 5 000 mètres d’altitude. En 2023, 300 drones armés ont été saisis par les douanes européennes, selon les données de l’Agence européenne pour la gestion de la coopération opérationnelle aux frontières (Frontex). Personne n’en parle. Pourtant, ces engins ne sont pas tous des jouets détournés. Certains sont équipés de logiciels d’IA capables de reconnaître des visages, de contourner les radars, ou même de s’auto-détruire si leur pilote perd le contrôle. Le vrai danger ? Ce n’est pas le drone en soi. C’est ce qu’il y a dedans.
L’IA, c’est le nouveau mode d’emploi des terroristes
En 2022, le groupe État islamique a publié un manuel de 200 pages intitulé « The Cyber Caliphate ». Dedans, pas une ligne sur les explosifs artisanaux. Juste des tutoriels pour pirater des serveurs, générer de fausses vidéos avec des deepfakes, et surtout, utiliser des outils d’IA open-source pour automatiser des attaques. Un exemple ? En 2021, des hackers pro-russes ont testé une IA capable de « parler » aux drones pour les faire atterrir sur des cibles précises. Résultat : l’algorithme a repéré un char militaire en Ukraine et l’a marqué comme « objectif prioritaire ». Aucun humain n’a appuyé sur un bouton. L’IA a décidé à sa place.
Les services de renseignement occidentaux suivent de près. Mais ils sont en retard. Pourquoi ? Parce qu’ils pensent encore en termes de « cellules terroristes », avec des chefs, des plans, des réunions secrètes. Or, aujourd’hui, un groupe comme Al-Qaïda ou Daech peut externaliser la conception de ses armes. Un ingénieur pakistanais, un hacker français, et un ex-militaire américain sur un forum Dark Web suffisent pour monter un prototype.
Prenez le cas de Mohammed Zaidan, un Britannique arrêté en 2020 pour avoir tenté de fabriquer une bombe à l’azote. Dans son appartement, la police a trouvé des fichiers d’IA pour « optimiser » la dispersion des gaz toxiques. Pas besoin d’être un génie. Il suffisait d’avoir accès à GitHub et à un peu de patience.
Les drones, ces fantômes qui ne répondent à personne
En 2019, la Turquie a utilisé des drones armés contre les Kurdes en Syrie. Pas de pilote à bord. Pas de base aérienne visible. Juste une IA qui ajustait en temps réel la trajectoire des missiles en fonction des données satellites. Le résultat ? Des frappes chirurgicales, mais aussi des erreurs impossibles à tracer.
Aujourd’hui, des modèles comme DJI Matrice 300 RTK (le drone préféré des forces de l’ordre) coûtent moins de 10 000 euros. Avec un peu de bidouille, on peut y greffer un logiciel open-source comme ArduPilot, qui permet de programmer des missions autonomes.** Problème : ces drones communiquent entre eux via des fréquences non régulées. Personne ne sait qui les contrôle quand ils passent en mode « rogue ».
En 2022, un drone a survolé le Pentagone pendant 20 minutes. Pas de pilote. Pas de missile. Juste un engin qui tournait en boucle, comme un insecte hypnotisé. Les radars l’ont détecté trop tard. Parce que personne ne s’attendait à ce qu’un drone se comporte comme une IA sans intervention humaine.
Le vrai risque, ce n’est pas l’attaque. C’est l’après
Quand un drone équipé d’une IA frappe, qui en assume la responsabilité ?
- Si c’est un groupe terroriste, est-ce le « programmeur » qui a écrit le code ?
- Si c’est un État, est-ce l’IA qui a pris la décision, ou un humain qui a juste « laissé faire » ?
En 2021, un drone turc a tué 13 civils au Nagorny-Karabakh. La Turquie a nié. L’Azerbaïdjan a accusé l’Arménie. Personne n’a pu prouver qui avait appuyé sur le bouton.
Le pire ? Les États ferment les yeux.
En 2023, l’Union européenne a interdit l’exportation de drones armés vers les pays à risque. Très bien. Sauf que ces mêmes drones sont déjà en circulation. Et les IA qui les pilotent ? Elles ne passent pas par les douanes.
Pire : certains gouvernements testent des IA militaires sans cadre légal. En 2022, l’US Air Force a utilisé une IA pour « évaluer » des cibles en Syrie. Résultat : l’algorithme a classé comme « prioritaires » des hôpitaux et des écoles. Personne n’a été poursuivi. Parce que personne ne savait qui était responsable.
La prochaine attaque ne viendra pas d’un kamikaze. Elle viendra d’un bug
En 2016, un hacker a piraté un drone militaire américain en modifiant une seule ligne de code. Pas de virus. Pas de piratage sophistiqué. Juste une faille dans le système de mise à jour.
Aujourd’hui, les groupes terroristes achètent des IA sur des marchés noirs. Pas besoin d’être un expert. Il suffit de savoir télécharger un fichier et le recompiler. Et quand l’arme est prête, elle ne laisse aucune trace.
Le vrai danger, ce n’est pas une attaque spectaculaire. C’est une série d’incidents sans auteur.
- Un drone qui s’écrase sur une foule par erreur, parce que son IA a mal interprété les données météo.
- Un faux message vocal généré par IA, diffusant un ordre d’attentat en direct à la radio.
- Un réseau électrique saboté par une IA qui a « appris » à pirater des systèmes critiques en analysant des fuites de données.
Personne ne sera condamné. Personne ne sera arrêté. Parce que ce ne sera pas une attaque. Ce sera un accident.
Pourquoi on ne fait rien ? Parce que ça dérange
Les États ont peur de deux choses :
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Admettre qu’ils ne contrôlent plus rien. Si on interdit les IA militaires, les groupes terroristes continueront à les utiliser. Mais au moins, on aura l’air de faire quelque chose.
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Se réveiller un matin en réalisant que la prochaine guerre ne sera pas gagnée par des soldats. Elle sera gagnée par des algorithmes.
En 2004, on manquait d’imagination. Aujourd’hui, on manque de courage. Parce que parler d’IA et de drones, c’est parler d’un monde où les règles ne s’appliquent plus.
La prochaine fois qu’un attentat fera des morts, demandez-vous : est-ce qu’un humain a appuyé sur le bouton ? Ou est-ce qu’une machine a décidé à sa place ?
La réponse changera tout.