La Sécu paiera enfin l'infirmier à domicile en 2027

Dès 2027, la Sécu prendra en charge l’infirmier présent lors d’une téléconsultation à domicile. Une mesure attendue, mais qui pose plus de questions qu’elle n’apporte de réponses. Qui en profitera vraiment ? À quel prix ? Et surtout, pourquoi si tard ?

Publié le 3 octobre 2026 à 20:03
La Sécu paiera enfin l'infirmier à domicile en 2027

Un infirmier assis à côté du patient, un médecin à l’écran. La scène n’a rien d’exceptionnel, sauf que jusqu’ici, c’était le patient qui payait. Désormais, la Sécu remboursera cet acte à partir de 2027. Officiellement, c’est une avancée. Officieusement, ça sent le rattrapage. Et les libéraux, eux, comptent déjà sur le trou dans la raquette pour facturer 10 à 15 € de plus par séance, comme ils le font déjà aujourd’hui, mais sans garantie de remboursement. La Sécu, en somme, légalise ce qui existe déjà, mais en mettant son nom dessus. Comme si ça changeait quelque chose.

Un remboursement qui arrive après la bataille

Les infirmiers libéraux facturent déjà 10 à 15 € par séance d’assistance à téléconsultation. Le problème ? Personne ne les remboursait. Les patients paient en cash, ou alors ils se débrouillent. Résultat : ceux qui peuvent se le permettre y vont, les autres, non. La Sécu, avec son remboursement prévu pour 2027, arrive donc en retard, comme souvent.

Pourtant, l’idée n’est pas nouvelle. Dès 2020, des expérimentations ont eu lieu en région parisienne, avec des bilans mitigés. L’Assurance Maladie a mis six ans à se décider. Six ans à tergiverser, pendant que les inégalités d’accès aux soins s’aggravaient. Un délai qui en dit long sur les priorités.

Et puis, il y a le détail qui cloche : qui va vraiment en profiter ? Les patients en zone rurale, déjà mal desservis, ou ceux des grandes villes où les infirmiers libéraux pullulent ? Les personnes âgées, souvent seules, ou les jeunes actifs qui préfèrent les solutions rapides ? La réponse dépendra de ceux qui auront les moyens de payer l’acte en attendant le remboursement. Parce que oui, même avec la Sécu, il faudra peut-être avancer.

Les libéraux gagnent, les patients aussi ?

Les infirmiers libéraux, eux, savent déjà qu’ils vont gagner. Pas besoin d’être devin. Ils facturent déjà 10 à 15 € par séance, et maintenant, la Sécu prendra en charge une partie. Le reste ? À la charge du patient, ou alors l’infirmier augmentera ses tarifs. Bref, une victoire à la Pyrrhus.

Du côté des médecins, certains y voient une opportunité. Moins de déserts médicaux, plus de patients suivis. D’autres craignent que ça ne devienne une usine à gaz : un infirmier pour surveiller la tension, un médecin en visio pour prescrire. Le risque ? Une médecine en deux vitesses : celle des urbains, bien suivis, et celle des ruraux, toujours oubliés.

Et puis, il y a la question de la qualité. Un infirmier à domicile, c’est bien. Mais est-ce que ça remplace vraiment un médecin sur place ? Les téléconsultations ont leurs limites, surtout pour les diagnostics complexes ou les urgences. La Sécu mise sur l’efficacité, pas sur la sécurité.

Derrière le remboursement, une vraie question de santé publique

Le vrai sujet, c’est celui des déserts médicaux. La France compte 1 500 communes sans médecin généraliste (source : DREES, 2023). Les téléconsultations avec assistance à domicile, c’est une façon de contourner le problème. Mais est-ce une solution, ou juste un pansement ?

Prenez le cas de Miremont, un village de l’Ariège où le médecin le plus proche est à 40 minutes. Un patient âgé avec une suspicion d’AVC ? L’infirmier à domicile pourra-t-il faire la différence entre un malaise passager et une urgence vitale ? Probablement pas.

Et puis, il y a le coût. La Sécu va dépenser plus, mais est-ce que ça améliorera vraiment la santé des Français ? Les études sur l’efficacité des téléconsultations à domicile sont rares, et celles qui existent montrent des résultats contrastés. On rembourse, mais on ne sait pas si ça marche.

Ce que ça change (et ce que ça ne change pas)

Ce qui est sûr, c’est que les libéraux vont continuer à facturer cher. Ce qui est moins sûr, c’est que les patients en auront vraiment besoin. Parce que la vraie question, c’est : est-ce que cette mesure va réduire les inégalités d’accès aux soins, ou est-ce qu’elle va juste les déplacer ?

Les zones urbaines, déjà bien desservies, vont probablement adopter massivement ce système. Les campagnes, elles, resteront en retrait. Et les patients âgés ou précaires ? Ils continueront à se débrouiller comme avant.

La Sécu fait un pas en avant. Mais est-ce que c’est assez ?

Le vrai problème, c’est l’offre de soins

Le remboursement de l’infirmier à domicile en téléconsultation, c’est une mesure symbolique. Le vrai problème, c’est le manque de médecins et d’infirmiers dans les zones rurales.

En 2022, 1 médecin sur 4 en France était installé en ville (source : Conseil National de l’Ordre des Médecins). Le reste ? Entre hôpitaux saturés et déserts médicaux, les patients se battent pour un rendez-vous. La téléconsultation avec assistance, c’est une solution, mais pas la solution.

Ce qui manquerait, c’est un plan global. Plus de formations pour les infirmiers, des incitations pour les médecins à s’installer en zone rurale, et surtout, une vraie politique de santé publique.

Au lieu de ça, on mise sur des mesures ponctuelles. Comme si un infirmier à domicile pouvait remplacer des années de sous-dotations.

2027, trop tard ?

Six ans après les premières expérimentations, la Sécu finit par bouger. Mais est-ce que c’est suffisant ?

Les patients en zone rurale, eux, attendent depuis bien plus longtemps. Et les libéraux, eux, profitent déjà du système.

Ce remboursement, c’est une avancée. Mais c’est aussi un aveu d’échec.

Parce que si on en est là, c’est qu’on n’a pas su, ou pas voulu, résoudre le problème de fond : le manque de médecins et d’infirmiers là où ils sont nécessaires.

La Sécu paiera l’infirmier à domicile en 2027. Mais ça ne suffira pas.

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R Galaxie Rédaction

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